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Réconcilier les Français et la Bourse : vaste gageure

Les indices boursiers sont résolument à la hausse depuis 2 ans. Pour autant le nombre d'épargnants détenteurs d'actions en direct a été divisé par 2 depuis 2008. Les professionnels de la finance et les entreprises réunis ce jour à l'invitation d'Euronext dans le cadre de sa 7ème conférence annuelle en conviennent : leur retour sera lent et dépendra d'une meilleure connaissance des mécanismes et des entreprises, d'une fiscalité plus douce et d'une protection efficace.
Stéphane Boujnah - Euronext
Stéphane Boujnah - Euronext

Réconcilier les Français avec la Bourse : un combat perdu d’avance ? C’est notamment pour débattre de ce sujet crucial pour les entreprises hexagonales qu’Euronext, dans le cadre de sa 7ème conférence annuelle du marché boursier, avait invité un panel de professionnels chargés de répondre. Le constat de base est effectivement assez alarmant : s’ils étaient un peu plus de 7 millions à détenir des actions en direct en 2008, ils ne sont plus que 3,5 millions à ce jour, le nombre des inconditionnels de la Bourse ayant donc été divisé par deux sur la période. Plus édifiant encore, selon Robert Ophèle, le nouveau patron de l’AMF, une récente étude révèle que pour 63% des personnes interrogées, les épargnants « se font toujours avoir » et seuls 17% pensent que non. Difficile en effet de remonter la pente avec un tel a priori négatif. D’autant qu'à la suite de la crise des subprimes la Bourse a effectivement piqué du nez, cédant 42% en 2008 ou 16% en 2011.

« On n’a pas réussi à créer une histoire d’amour entre les Français et les grandes et moins grandes entreprises. Tout reste à faire », convient Grégoire Sentilhes, président et fondateur de la société d’investissement qui vient de s’introduire, NextStage. Et parmi les principaux obstacles, selon Catherine Nini, présidente du directoire de Bourse Direct, la fiscalité, devenue beaucoup moins attrayante ces dernières années pour la détention d’actions et surtout l’aversion culturelle au risque. « Et ce, pour la bonne raison que les Français ont une méconnaissance des mécanismes boursiers et plus globalement financiers », ajoute-t-elle. Méconnaissance qui pousse donc les épargnants à se tourner soit vers le Livret A soit vers des gérants qui les orientent plus volontiers sur des produits plus sophistiqués comme l’assurance-vie (les fonds en euro essentiellement).

« Il faut donner envie de prendre des risques. Pour cela, il faut raconter une histoire. C’est ce qu’a fait avec le succès que l’on connaît Air Liquide. La société a démontré qu’il était possible de construire une histoire avec une logique de long terme et cela marche ! Les actionnaires particuliers représentent aujourd’hui 36% du capital de l’entreprise », assure Grégoire Sentilhes.

Pour Robert Ophèle, un retour des particuliers vers les actions n’est possible que sous certaines conditions : « Il faut, pour cela, que l’épargnant sache qu’il est bien protégé, développer l’information, être implacable dans la détection et la répression des abus et délits et renforcer les droits des actionnaires minoritaires ».

Euronext a d’ailleurs profité de cette conférence annuelle pour dévoiler une étude très intéressante sur le profil des actionnaires du CAC 40 et son évolution, sachant que les chiffres avancés ne portent que sur 60% de l’ensemble de la capitalisation boursière de ces entreprises (1.400 milliards d’euros), certains actionnaires n’ayant pas répondu au questionnaire.

Les plus gros détenteurs sont, sans surprise, les gestionnaires d’actifs avec 25,9% de ce sous-total à fin 2016 (+4% par rapport à 2012). Arrivent ensuite, de façon stable, les familles et fondateurs avec 10%. Les investisseurs individuels se placent juste derrière avec 5,3% (5,4% en 2012, 4,9% en 2013), puis viennent les salariés (3,5%), les investisseurs industriels (3,1%) et l’Etat (3%). A noter que ce dernier a vu sa part sensiblement baisser ces trois dernières années en raison de la sortie du CAC 40 d’EDF, sa plus grosse participation. Les Etats étrangers et les fonds souverains pointent, eux, à 2,7%. Sans oublier toutefois que parmi les 40% n’ayant pas répondu peuvent se trouver d’autres investisseurs institutionnels, fonds ou Etats. Parmi les principaux enseignements de cette étude : la stabilité dans le temps des familles fondatrices et des actionnaires salariés. De même, la part des fonds passifs est-elle passée de 3,5% en 2012 à 6,5% en 2016, la preuve que cette gestion rencontre un succès croissant à la Bourse de Paris.


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