Private equity: les américains multiplient les deals en Europe
Brexit ou pas, le Vieux Continent attire plus que jamais des corporates et fonds de private equity américains, qui viennent y chercher les relais de croissance dont ils ont besoin, à des prix plus abordables. Ainsi, les acquisitions d'entreprises européennes par des acteurs américains ont bondi de 37,5% depuis le début de l'année selon Dealogic, à 70,5 milliards d'euros. Parmi ces M&A, le private equity est lui aussi particulièrement dynamique: les LBO européens ont atteint 35,8 milliards d'euros au 20 juin dernier, en hausse de 36,6% par rapport à fin 2016, avec pas moins de 11 transactions à plus d'1 milliard d'euros (contre 10 sur l'ensemble de 2016, selon le Centre for Management Buyout Research).
Deux nouvelles opérations témoignent de cet emballement pour le private equity européen. Tout d'abord Wendel qui vient d'annoncer non pas un build-up, mais au contraire une cession d'actifs au sein de sa participation autrichienne, Constantia Flexibles, un spécialiste du packaging flexible. Celle-ci a cédé son activité étiquettes et habillages de conditionnement à Multi-Color, pour 1,15 milliard d'euros. L'acquéreur est un industriel américain du secteur basé dans l'Ohio et coté au Nasdaq, où sa capitalisation équivaut à celle de la cible (1,32 milliard de dollars). Il va régler l'essentiel du prix en numéraire mais aussi en titres, si bien que Constantia Flexibles sera actionnaire à 16,6% de Multi-Color à l'issue de cette transaction, d'ici à la fin de l'année.
Une belle plus-value latente se profile ainsi pour Wendel, qui a investi 565 millions d'euros dans la société depuis son entrée en mars 2015 et détient 60,5% du capital. La firme emmenée par Frédéric Lemoine a déjà accompagné sa participation dans 5 opérations de build-up, et le numéro quatre mondial du packaging flexible se dégage ainsi les moyens de continuer à participer à la consolidation du secteur.
Le même jour, PAI Partners a officialisé sa sortie d'ADB Safegate, un fournisseur belge de systèmes d'éclairage pour les pistes d'atterrissage, qu'il a vendu à Carlyle pour 900 millions d'euros. La transaction est emblématique de la rotation accélérée des actifs et de la hausse des prix dans le private equity. Ce vétéran des LBO était au départ un spin-off de Siemens, vendu à Montagu PE en 2009. Puis, fort de son expérience dans Swissport et Nuance, deux groupes dans les services aéroportuaires et le duty free, PAI Partners a racheté ADB Airfield Solutions pour 208 millions d'euros en mai 2013. Il a ensuite œuvré à faire croître la société et l'a notamment accompagnée pour un build-up transformant, celui de la cible suédoise Safegate spécialisée dans les systèmes de guidage d'avions. A peine quatre ans plus tard, il la confie donc à un nouvel actionnaire financier, Carlyle, avec un très beau TRI à la clé.
De son côté, Carlyle met au travail l'enveloppe de 3,75 milliards d'euros levée en juin 2015. A l'époque, le fonds souhaitait mettre un ticket d'equity de 125 à 275 millions d'euros en solo, mais il a semble-t-il relevé ses ambitions à la hausse, face à des opportunités de taille comme celle d'ADB Safegate. Il pourrait donc repartir prochainement à la chasse aux capitaux, lui qui avait réussi à amasser 5,4 milliards d'euros pour son fonds précédent, en 2006. Etant donné la liquidité à l'œuvre et l'appétit pour le non coté en Europe, il devrait parvenir sans problème à ses fins.
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