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Réforme fiscale US : les mensonges du parti républicain

Après la Chambre des Représentants jeudi, le Sénat américain compte voter ce plan de coupes fiscales d’ici à la fin de l’année, au mépris du débat contradictoire. Les républicains font valoir que la réforme consiste à augmenter les impôts des plus riches et incitera les entreprises à investir, ce que les études contestent.
Gary Cohn et Steven Mnuchin
Gary Cohn et Steven Mnuchin

« Des foutaises », « je méprise toute personne qui dit que je fais cela pour les riches », « vous en rajoutez tout le temps », l’échange de mots entre le sénateur républicain Orrin Hatch, et son collègue démocrate Sherrod Brown en dit long sur l’animosité qui règne actuellement entre les deux camps du Congrès américain, en pleines discussions sur le grand plan de réforme fiscale. Car ce projet massif de 1.500 milliards de dollars de coupes fiscales est mené tambour battant par les législateurs : il a été voté à la vitesse de l’éclair par la Chambre des Représentants jeudi, sans qu’aucune audition publique n’ait été organisée.

L’objectif établi par le Président Trump est clair : que la réforme fiscale soit sur son bureau pour être signée avant Noël. Le secrétaire au Trésor, Steve Mnuchin, a confirmé ce calendrier vendredi, et promis que seuls les contribuables qui gagnent 1 million de dollars ou plus par an paieront plus d’impôts personnels avec cette loi. Tout en estimant que certains seront aussi plus avantagés du côté de l’impôt sur les sociétés, en particulier dans les petites structures. Or, cette affirmation est contredite par la plupart des études : selon le Tax Policy Center, l’essentiel de l’impact de la réforme fiscale profitera aux 1% les plus riches du pays d’ici à 2025, tandis que la charge fiscale s’appliquera surtout à la frange haute de la classe moyenne. D’autres jugent que le problème de financement de ce plan obligera à restreindre les programmes sociaux en faveur des populations défavorisées. C’est en substance le texte en discussion au Sénat, qui propose de supprimer une disposition phare de l’Obamacare, qui oblige tous les contribuables à cotiser pour une assurance-maladie.

Surtout, la réforme fiscale est basée sur un postulat : ce coup de rabot sur l’impôt sur les sociétés va être réinjecté dans l’économie, car il va inciter les entreprises à investir et créer des emplois. C’est d’ailleurs le rebond de croissance annuelle attendu qui est censé financer l’essentiel de ce projet de loi, selon Steve Mnuchin : « cette réforme sera auto-financée », a-t-il fait valoir la semaine dernière. Mais il n’a pas été en mesure de présenter des études du Trésor qui confirment ces prévisions. Seul le Joint Committee on Taxation, un organe non partisan du Congrès, a estimé que ce texte ferait perdre 1.400 milliards de dollars de revenus fiscaux à l’administration fédérale, avant de comptabiliser les bénéfices en termes de croissance. En intégrant le bond de PIB, les études anticipent entre 1.100 et 1.700 milliards de manque à gagner fiscal.

Les divergences de vues entre démocrates et républicains tiennent en un seul point : les dirigeants vont-ils utiliser ces profits supplémentaires pour investir davantage ? A l ‘heure où les profits record du S&P 500 se matérialisent par des politiques de dividendes et rachats d’actions au plus haut, il est permis d’en douter. Ce qui a valu à Gary Cohn, le conseiller économique du Président, un moment gênant lors du sommet CEO organisé par le Wal Street Journal à Washginton la semaine dernière. A la question : « allez-vous augmenter vos capex si la réforme fiscale passe ? » posée par le journaliste, seules quelques mains se sont levées dans l’auditoire. Ce qui a provoqué la réflexion de Gary Cohn : « mais où sont les autres mains ? ». Une réponse à méditer.

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