Accord européen: les marchés n'attendront pas
Malgré le renforcement budgétaire et fiscal, les dirigeants n'ont pas pris la mesure de l'urgence de la crise. En attendant un changement de cap de la BCE, les Etats fragiles seront de nouveau sous pression.
Les marchés sont repartis à la baisse aujourd'hui, désappointés par les conclusions du sommet européen de vendredi. Moody's n'a pas caché sa déception non plus et confirmé que les Etats de l'UE pourraient être placés sous surveillance négative en raison du "manque d'initiatives décisives des dirigeants".
A long terme pourtant, les chefs d'Etat ont pris des mesures allant dans le sens d'une plus grande intégration fiscale et budgétaire. " Les dirigeants ont reconnu que le coeur de la crise était de nature institutionnelle, ce qui est un point positif ", explique Didier Borowski, responsable stratégie et recherche économique chez Amundi. Les chefs d'Etat ont donc mis en place des mesures pour parer au manque de coordination fiscale et budgétaire de l'UE, via la mise en place de sanctions automatiques, l'inscription d'une règle d'or et des stabilisateurs automatiques dans les constitutions de chacun des Etats pour éviter qu'ils ne dévient de leur trajectoire de dette.
Des propositions qui, selon les membres de l'agence Moody's, n'ont rien de très nouveau : le renforcement du contrôle des budgets nationaux ex ante avait déjà été annoncé lors d'un précédent sommet début 2011, tandis que la mise en place de mécanismes pour empêcher les dérives budgétaires avait été dévoilé en octobre. L'agence dénonce surtout le manque de mesures destinées à régler le problème de la crise à court terme.
Concernant les outils de stabilisation tels que le FESF et le MSE, les dirigeants européens ont tout de même retenu les leçons de leurs erreurs des derniers mois, où le processus institutionnel avait été bloqué à cause d'un ou deux Etats récalcitrants (la Slovaquie notamment). Désormais, l'aide à un Etat en crise sera décidée à la majorité qualifiée (85%) et la mise en place du MSE dès 2012 nécessitera l'accord des Etats représentant 90% du capital du véhicule.
Il reste que la mise en place de ces outils, ainsi que ces changements dans les constitutions, prendront du temps. Car l'ensemble des parlements de l'UE (sauf la Grande-Bretagne, qui a refusé de signer l'accord) devront valider les conclusions du sommet. Et les marchés ne seront sans doute pas prêts à attendre mars 2012, date à laquelle les dirigeants se sont engagés à ce que le FESF leveragé soit fonctionnel. Moody's a d'ailleurs annoncé que les dégradations pourraient avoir lieu dès début 2012.
"A court terme, les marchés continueront d'être inquiets pour le refinancement de l'Italie. Tant que la BCE n'aura pas décidé d'intervenir, les taux risquent de nouveau de repasser la barre des 7%", explique Marie-Anne Allier, responsable euro aggregate chez Amundi. Autre motif d'inquiétude pour les investisseurs : l'incertitude concernant l'intervention ou non du FMI sur le marché européen. Car si tel était le cas, l'ensemble des créanciers ayant déjà investi dans les PIIGS deviendraient des créanciers juniors en raison du statut de créancier privilégié du FMI.
Le manque de détails sur la façon de traiter la crise à court terme risque donc de peser sur les marchés souverains des périphériques. A moins que la BCE ne sorte de son mutisme et annonce un programme de grande ampleur.
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