Seb et Arkéma profitent des nouveaux appétits des assureurs
Le Fonds Stratégique de Participations constitué de BNP Paribas Cardif, CNP Assurances, Predica, et Sogécap fait ses premières emplettes. La deuxième grosse opération de la semaine pour Predica.
Les initiatives fusent de partout pour venir en aide au tissu industriel français. On ne compte plus à ce jour les nouveaux fonds, procédés et projets, qu'ils soient bancaires ou désintermédiés pour permettre aux entreprises de trouver des financements. Financiers de tous poils, qu'ils soient banquiers ou assureurs, publics ou privés, leur imagination n'a pas de limites ces derniers mois. Entre les prêts participatifs, quasi-fonds propres qui ne demandent pas de garanties particulières, les "schuldschein", ces certificats de dette que l'on peut émettre sur le marché allemand de façon peu contraignante en passant par les fonds de dette, les solutions se multiplient.
Mercredi, c'était au tour du Fonds Stratégique de Participations (FSP) et ses fondateurs -BNP Paribas Cardif, CNP Assurances, Crédit Agricole Assurances (via sa filiale Predica), et Sogécap (groupe Société Générale)- d'annoncer leurs premiers investissements en actions. Ils se sont focalisés sur deux grands noms de l'industrie française, Seb et Arkéma, en acquérant 5,25% et 6,05% de leur capital. Deux entrées symptomatiques, puisque manifestement le FSP s'intéresse à des entreprises matures mais en quête de fonds propres pour mener à bien des projets de développement, et surtout à des sociétés en bonne santé financière. "Ces participations bénéficient d'un management de qualité, d'un modèle robuste et d'une gouvernance forte, offrant des perspectives de développement de long terme", stipule d'ailleurs un communiqué du FSP. A noter que ce fonds est géré par le groupe Edmond de Rotschild.
Arkéma a positionné son activité de chimie de spécialités sur des tendances porteuses à long terme, telles que l'efficacité énergétique, les énergies renouvelables et l'allègement des matériaux ou encore le traitement de l'eau. La société bénéficie depuis un peu plus de deux ans de l'indéniable intérêt des investisseurs pour le secteur de la chimie/pharmacie/biotechnologie, qui présente les meilleures performances depuis 2008. La performance boursière de cette valeur est d'ailleurs éloquente avec un gain de...145% sur trois ans. Seb, de son côté, profite de la puissance de sa marque pour essaimer à l'international et surtout d'un formidable "pricing power", lui permettant de ne pas rogner sur ses marges.
Côté assureurs, cette initiative leur permet de démontrer leur intérêt pour l'économie réelle et la place qu'ils comptent y donner à travers l'enveloppe de l'assurance-vie. Les pouvoirs publics avaient demandé aux compagnies d'assurance de participer à l'effort national vis-à-vis des entreprises en puisant dans la très profonde poche (évaluée à 1.400 milliards d'euros) de l'assurance-vie. Stratégie d'investissement qui n'est d'ailleurs pas pour leur déplaire, bien contents d'arbitrer leurs actifs en obligations souveraines (surtout de la zone euro) pour des actions. De même le gouvernement compte-t-il sur ces interlocuteurs pour relancer l'investissement dans les logements. De nouvelles mesures sont en cours d'élaboration pour les inciter à se lancer dans cette direction. Reconnaissant des efforts des assureurs, Bercy a épargné l'assurance-vie dans son dernier projet de loi de finance, et maintenu ses avantages fiscaux.
Depuis le début de la semaine, c'est la deuxième prise de participation significative de la part de Predica, la filiale assurance du Crédit Agricole. Après ADP aux côtés de Vinci, c'est au tour de Seb et Arkéma de tomber dans son escarcelle. Cette entité, déjà très présente dans l'immobilier, semble décidée à mettre les bouchées doubles dans les sociétés cotées françaises. Elle en a les moyens, avec 180 milliards d'euros sur ses seuls fonds en euros. Cette participation au FSP lui permet d'ailleurs de montrer au grand jour ce qu'elle fait dans le domaine des actions, d'être associée à la gouvernance des cibles retenues, de profiter de leur potentiel de rentabilité tout en s'adaptant aux futures règles de Solvency II. Des avantages qui appellent d'autres investissements du même acabit.
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