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Sur les marchés
Marchés : pause dans le rallye ou panique à bord ?
L’image était embarrassante pour Donald Trump, grand amateur de médias et en particulier de télévision : alors qu’il prononçait un discours dans l’Ohio et se félicitait du rebond de l’économie et des créations d’emplois, les chaînes CNN et Fox News ont divisé l’image en deux, pour diffuser la déconfiture des marchés en temps réel. Car la correction est sévère en ce début de semaine : le Dow Jones a ainsi clôturé en baisse de 1.175 points, soit 4,6%, ce qui représente la plus forte baisse quotidienne en points de son histoire. « Cela faisait un moment que nous n’avions pas vu des mouvements de vente proches de la panique », analyse Tim Anderson, managing director chez le broker TJM Investments. Preuve de la nervosité des investisseurs, l’indice VIX de la peur a lui aussi connu son plus fort bond en un seul jour et a plus que doublé à 37, soit un plus haut depuis septembre 2011, en pleine crise de la zone euro. En Europe, le CAC 40 a lui aussi reculé mais plus modestement, en clôturant en baisse de 1,48%. Mais c'était quelques heures avant ce coup de grisou.
Quelle a été la cause de cet accès de stress sur les marchés américains ? Au départ, des statistiques sur l’emploi oubliées vendredi, et qui montrent un marché du travail au plein-emploi, et surtout le rebond tant attendu des salaires. De bonnes nouvelles pour l’économie américaine donc, mais pas pour les investisseurs obligataires puisque cela signifie une probable accélération de la normalisation monétaire par la Fed pour contrer la reprise de l’inflation. Les taux des Treasuries ont ainsi déjà nettement rebondi depuis début décembre, et ont accéléré ce lundi, à 2,88%, soit un record depuis 2014.
L’équation de ces derniers jours est donc contre-intuitive : alors que dans un scénario d’expansion économique - comme le Président se plaît à qualifier le contexte actuel – les actions et les taux obligataires évoluent dans le même sens, l’inverse s’est produit avec fracas ces deux derniers jours. Ici, les mauvaises nouvelles pour les acteurs du marché sont causées par de bonnes nouvelles pour les salariés. De deux choses l’une donc, soit la déconfiture actuelle est causée par la complaisance des investisseurs, qui étaient tellement euphoriques qu’ils sont très aisément déstabilisés par le probable retour de l’inflation. Soit cet accès de panique est révélateur d’un malaise plus profond, celui d’un marché survalorisé et décorrélé des fondamentaux.
D’où le retour à Donald Trump. Ce dernier se targue depuis des mois d’avoir provoqué le grand rallye boursier et créé tant de richesses sur les marchés. La Maison Blanche a d’ailleurs réagi et exprimé son inquiétude lundi, avant d’indiquer qu’elle se focalisait avant tout sur le long terme. En réalité, la grande victoire du Président américain, sa réforme fiscale, pourrait se retourner contre lui côté marchés financiers, en raison de l’explosion de l’inflation. Plusieurs grands pontes des marchés, de l’économiste Alan Greenspan au gérant de hedge fund Daniel Loeb, ont tiré la sonnette d’alarme de l’inflation ces dernières semaines, sans pouvoir prédire quand aurait lieu ce sursaut. Il se pourrait qu’ils aient aujourd’hui une réponse.
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