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Yves de Kerdrel
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La discussion budgétaire polluée par l’affaire de la taxe dividendes
par Yves de Kerdrel
Si Emmanuel Macron peut se targuer d’une discussion budgétaire plutôt facile avec un volet recettes déjà voté à l’Assemblée, et de bons résultats sur le front du chômage, en revanche il voit revenir comme un boomerang l’affaire de la taxe de 3 % sur les dividendes.
Rarement un budget a été aussi critiqué à cause des baisses d’impôts favorables aux entreprises, aux investisseurs et aux épargnants et rarement la première partie du projet de loi de finances, consacrée aux recettes, a été votée aussi rapidement. Ce qui a permis aux députés d’attaquer la discussion du Projet de loi de financement de la Sécurité Sociale dés mardi dernier. Un débat mené de main de maître par Agnès Buzyn, la ministre de la Santé qui a multiplié les annonces de bon sens en matière d’économies à réaliser, de nécessité de développer la médecine ambulatoire, et du besoin de revoir la tarification à l’acte.
Malgré tout l’étiquette de « Président des Riches » continue de coller au Chef de l’état. C’est sans doute ce qui fait que la cote de popularité d'Emmanuel Macron, et celle d'Édouard Philippe dans son sillage, a une nouvelle fois chuté en octobre, selon un sondage BVA diffusé mercredi. Seule une minorité parmi les Français interrogés (42%) a une opinion positive du chef de l'État, alors que les mauvaises opinions grimpent de 5 points par rapport à septembre à 56%, dix jours après son interview télévisée de rentrée. Emmanuel Macron perd notamment des points auprès des sympathisants socialistes (-11) et du Front national (-7). Depuis son entrée en fonction mi-mai, sa popularité a chuté de 20 points auprès de l'ensemble des Français interrogés, selon ce baromètre réalisé pour Orange et La Tribune. Édouard Philippe connaît une baisse comparable, avec 44% d'opinions favorables, tandis qu'un Français sur deux (50%, +4) a une mauvaise opinion de lui en tant que chef du gouvernement.
L’AFFAIRE DE LA TAXE DIVIDENDES
Mais le plus compliqué dans cette séquence budgétaire, c’est de voir revenir les conséquences de la fameuse taxe de 3 % sur les dividendes mise en place à l’été 2012 dans l’urgence et déclarée inconstitutionnelle il y a quelques semaines après que la justice européenne, saisie par l’Afep, l’ait également dénoncée. D’une part il y a la perte de revenus liée à cette taxe et d’autre part il y a tous les contentieux lancés par les grands groupes français. Au total l’addition va coûter pas moins de 10 milliards d’euros. Emmanuel Macron a décidé que cette ligne spéciale serait réglée par un collectif budgétaire. Avec sans doute une surtaxe de l’impôt sur les sociétés imposées aux groupes pesant plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires. Ce qui consiste à faire payer les réparations dues aux victimes par ces mêmes victimes…
Même si ce point reste complexe et réservé au microcosme du business il a passablement noirci l’ambiance de ces derniers jours à l’Élysée comme à Bercy. D’autant qu’Emmanuel Macron était secrétaire général adjoint de François Hollande et son principal conseiller économique, lorsque cette taxe a été mise en œuvre. Toute la problématique de Bruno Le Maire comme d’Édouard Philippe est de faire en sorte que l’engagement européen de 3 % soit préservé pour 2017 et pour 2018, de manière à sortir de la procédure de sanction pour déficit excessif qui frappe la France depuis 2011.
LA FAUSSE NOTE DE LA DESIGNATION DE CASTANER
A cela s’est ajoutée la fausse note liée à nomination par Emmanuel Macron lui-même de Christophe Castaner, actuel porte-parole du gouvernement et surnommé à l’Élysée « le vice-Premier Ministre » à la tête du parti présidentiel La République En Marche. Même si cette nomination doit encore être ratifiée par les cadres du parti, elle est apparue comme le fait du Prince. C’est ce qui explique, sans doute, que pour une majorité de Français, le président de la République prend trop de place dans l'exécutif selon un sondage Elabe pour BFMTV. A la question : " de manière générale, diriez-vous que la répartition des rôles entre Emmanuel Macron et son gouvernement est trop concentrée sur Emmanuel Macron, sur le gouvernement ou équilibrée ?" 54% des Français ont choisi la première option. 39% ont évoqué un "équilibre" et 6% ont estimé que le gouvernement s'arrogeait trop de prérogatives.
C'est naturellement du côté des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen qu'on est le plus nombreux à penser que les choses tournent trop autour d'Emmanuel Macron au sommet de l'État, avec respectivement des taux de 68% et 67%. Les soutiens de Benoît Hamon et François Fillon renvoient le même son de cloche, mais avec des scores un peu plus empruntés: 58% et 52%. Parmi les différentes sympathies politiques, seuls ceux qui ont voté Emmanuel Macron lors de la première phase du scrutin du printemps ont trouvé une majorité, à 65%, pour appuyer l'idée d'un équilibre entre la présidence et le gouvernement dans la division des tâches.
VERS UN POSSIBLE REMANIEMENT
Le sondage a aussi voulu en savoir plus sur la perception par les Français de ce président qu'ils jugent donc, pour une bonne part d'entre eux, trop puissant. L'institut Elabe a donc demandé aux personnes interrogées de comparer Emmanuel Macron à ses prédécesseurs de la Ve République. Il était question de savoir auquel d'entre eux il ressemblait le plus dans la façon d'exercer le pouvoir et d'incarner la fonction. Pour près d'un Français sur deux (49%), Emmanuel Macron ne rappelle aucun président en particulier. Lorsqu'ils se prononcent toutefois, les Français lui trouvent le plus souvent des airs de Nicolas Sarkozy dans sa manière d'aborder la fonction suprême et d'agir, avec un taux de 27%. Viennent ensuite son ancien protecteur François Hollande, qui recueillent 7% et François Mitterrand, avec 5%. Tous les autres présidents de la République sont sous cette barre des 5%.
Il reste que près de six mois après son élection beaucoup de nuages sont dissipés. Les ordonnances ont été approuvées sans que la Rue ne soit envahie. Les mesures budgétaires promises ont été en grande partie votées. Et le gouvernement aborde maintenant la réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle qui constitue un enjeu important. Le seul bémol qui va contrarier les semaines à venir réside dans un possible remaniement gouvernemental, lié au départ de Christophe Castaner et à une possible décision judiciaire qui pourrait affecter Muriel Pénicaud à l’horizon de la mi novembre. Ce qui pourrait faire les affaires d’une valeur montante du mouvement La République En Marche, la député de l’Essonne, Amélie de Montchalin.
LA BCE DIMINUE SES RACHATS D’ACTIFS
Après avoir été lycéenne au Lycée Hoche à Versailles, et étudiante à Ginette, elle a fait HEC et obtenu en parallèle une licence en histoire à l'université Paris-Sorbonne et une licence en économie appliquée à l'université Paris-Dauphine. En 2014, elle a obtenu un Master en Administration Publique à la Harvard Kennedy School. Ce qui lui a permis de devenir Directrice de la Prospective et du suivi des politiques publiques pour le Groupe AXA de 2014 à 2017. D’abord très proche des Républicains, elle a fait partie du think-tank « La Boîte à idées » qui a supporté la campagne d’Alain Juppé. Après la défaite de ce dernier à la primaire, elle rejoint En Marche ! en décembre 2016 et se fait élire députée de la sixième circonscription de l'Essonne, avec plus de 61 % des voix.
Au chapitre économique la principale actualité de la semaine a été la décision de la Banque Centrale Européenne, annoncée jeudi, de prolonger son programme de rachats d'actifs en divisant son montant mensuel de moitié à 30 milliards d'euros à compter de janvier et jusqu'en septembre prochain au moins. Conçu il y près de trois ans pour prévenir tout risque de déflation au sein de la zone euro, ce programme de rachats massifs d'actifs a déprimé les rendements au sein de la zone euro, ranimé le crédit et soutenu la croissance économique sans parvenir jusqu'à présent à stimuler la hausse des prix pour la ramener vers l'objectif de la BCE d'une inflation proche mais inférieure à 2% l'an.
PREVISIONS PRUDENTES DE L’UNEDIC
La BCE a dit que le montant des achats d'actifs pourrait être relevé à nouveau si les perspectives se dégradaient et a confirmé sa prévision d'un maintien des taux directeurs à leur niveau actuel bien après la fin de son programme de rachats d'actifs. Si les perspectives deviennent moins favorables ou si les conditions financières ne sont plus en phase avec de nouveaux progrès vers un ajustement durable de la trajectoire d'inflation, le Conseil des gouverneurs se tient prêt à augmenter le programme de rachats d'actifs en termes de montant et/ou de durée. Par ailleurs la banque centrale européenne présidée par Mario Draghi a maintenu ses taux à leurs niveaux actuels - nul pour le taux de refinancement, -0,40% pour le taux de dépôt, 0,25% pour le taux de facilité de crédit.
Sur un plan plus hexagonal, l'Unedic a confirmé mercredi que son déficit se réduirait en 2017 et 2018. Ces évolutions financières sont influencées par l'embellie de la conjoncture économique. En ce qui concerne l'évolution du nombre de bénéficiaires, l'Unedic prévoit une progression des effectifs cette année et une stabilisation l'an prochain, avec le contrecoup de l'arrêt du dispositif Embauche PME le 30 juin. Pour la seule catégorie A, l'Unedic prévoit désormais 76.000 demandeurs d'emploi en plus cette année (52.000 précédemment) et une stabilisation en 2018 avec une baisse de 2.000 inscrits dans cette catégorie (-35.000 dans sa prévision de juin).
LOMBARD EN PISTE POUR LA CAISSE
Du côté du business, il faut noter que Scor a vu ses comptes tomber dans le rouge au troisième trimestre à cause des ouragans qui ont frappé le sud des Etats-Unis et les Caraïbes et des séismes au Mexique. Mais le plus important est que tout cela est sans conséquence sur sa solvabilité financière. Pour le groupe français, la facture s'est élevée à 430 millions d'euros sur le troisième trimestre, conformément à la prévision donnée début octobre. A titre de comparaison, le groupe Munich Re a prévenu jeudi qu'il s'attendait à une perte de 1,4 milliard d'euros au troisième trimestre à cause des ouragans dont le coût devrait s'élever à 2,7 milliards d'euros. Pour Scor, la facture des ouragans et des séismes s'est du coup traduit par une perte nette trimestrielle de 267 millions d'euros contre un bénéfice de 163 millions d'euros un an plus tôt. Interrogé sur le quatrième trimestre et l'ensemble de l'exercice 2017, Denis Kessler n'a pas donné de prévision ou d'indication sur les résultats. Mais Scor a néanmoins indiqué qu'il maintenait sa politique de dividende et son programme de rachat qui doit être bouclé d'ici la mi-2019.
L’événement de la semaine en matière d’assurance a été le dîner officiel de jeudi soir offert par la FFA et son Président Bernard Spitz en présence de Matteo Renzi probable prochain premier Ministre italien et de Bruno Le Maire. Le lendemain, la journée de travail qui a réuni tous les assureurs français sur le thème de la disruption a été émaillée par de nombreuses interventions passionnantes dont celle de la directrice du Trésor Odile Renaud-Basso. Elle a notamment expliqué, que pour son institution, la disruption consistait à accompagner l’évolution de la réglementation, notamment à l’égard des FinTech, avec l’annonce d’un cadre normatif plus flexible de manière à simplifier l’activité des nouveaux acteurs et de sécuriser le consommateur. Sur Solva 2, la directrice du Trésor a expliqué que les positions qu’elle défendra viseront à améliorer le traitement prudentiel des actifs de long terme notamment des produits de retraite et à homogénéiser le traitement des produits de retraite professionnels et personnels.
Enfin s’il n’y a toujours pas de fumée blanche s’agissant du prochain patron de la Caisse des Dépôts, selon nos informations, Emmanuel Macron aurait choisi la candidature d’Eric Lombard qui a quitté la présidence de la filiale de l'assureur italien Generali France avant l'été. Il s’agit là d’un profil particulier pour la Caisse, car il n’est pas énarque, mais HEC, et qu’il a une carrière d’assureur. En revanche sur le plan politique il est très proche des Gracques, a été conseiller au cabinet de Michel Sapin sous la période Rocard-Bérégovoy, et bénéficie d’une très bonne réputation dans le tout-Paris des affaires. Il serait cornaqué par un proche du Chef de l’État, Thomas Cazenave, l'actuel secrétaire général adjoint de l'Élysée.
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