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Yves de Kerdrel

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François Hollande n’a jamais été aussi affaibli
par Yves de Kerdrel

Même si le Président de la République mène une campagne effrénée pour sa réélection en 2017, ses chances de mener le combat politique sont infimes. D’abord parce que les Français ne veulent plus de lui. Ensuite parce que son gouvernement ne fait plus rien. Enfin parce que la gauche ne souhaite pas le voir figurer sur l’affiche en 2017. Mais la situation n’est pas plus claire à droite.

11/10/2015 - 07:52 Temps Lecture 13 mn.

C’est sans doute la première fois que cette situation se produit dans l’histoire politique du pays. A dix huit mois des prochaines élections présidentielles, personne ne peut savoir qui représentera la gauche au second tour. Et Personne peut savoir qui incarnera la droite. La seule certitude qui existe réside dans la présence de Marine Le Pen au second tour, qui après avoir surfé sur les déboires de l’ex-UMP, bénéficie aujourd’hui des errements du pouvoir en place sur la réponse à donner à la vague migratoire qui déferle en Europe.

Dans un sondage Elabe réalisé en fin de semaine pour les Echos, la cote de confiance du Chef de l’Etat vient de retomber à 22 % soit son plus bas niveau de l’année. Cela correspond à une chute de 5 points en l’espace d’un mois. En dépit d’une conférence de presse de rentrée, de très nombreux déplacements de terrains, de rencontres internationales surmédiatisées et de frappes aériennes en Syrie et même sur la capitale proclamée de l’Etat Islamique. Quelle que soit la situation et quel que soit le rôle que s’attribue François Hollande, il fait l’objet aujourd’hui d’un tel rejet des français que personne ne peut imaginer qu’il puisse figurer au second tour de l’élection présidentielle.

SARKOZY TOUJOURS REJETE

D’autant que les élections régionales qui vont se conclure dans deux mois seront quoiqu’il arrive un désastre pour la gauche. Celle-ci va perdre le Nord, son bastion traditionnel et la région Paca où elle régnait depuis des années. A priori c’est Xavier Bertrand qui devrait gagner dans la première et Christian Estrosi dans la seconde. La seule incertitude concerne l’attitude des socialistes au second tour. Actuellement il se murmure que la Rue de Solferino donnera l’ordre aux deux candidats de se retirer pour éviter un risque de basculement de ces régions au Front National et surtout pour recréer de fait l’ex-UMPS et gêner ainsi les républicains dans leur discours vis-à-vis du Front National. Il reste que les français retiendront de ces élections l’énorme débâcle qui devrait en sortir avec un bémol lié sans doute à un fort taux d’abstention.

A droite la situation n’est guère plus favorable. Dans le sondage Elabe pour Les Echos, Nicolas Sarkozy ne bénéficie d’une image positive que pour 26 % des français. Cela signifie qu’il ne profite en rien de l’impopularité record de l’exécutif actuel. C’est là une situation très rare. D’après ce même baromètre Nicolas Sarkozy et François Hollande partagent la même aversion des Français (43 % ont une image négative du premier, et 44 % du second). Cela signifie que nos compatriotes n’ont aucune envie de subir une revanche de l’élection de 2012. Mais pour la droite la situation est différente, dans la mesure où le candidat sera celui désigné par les primaires et non par l’opinion.

FILLON COMMENCE A MORDRE SUR JUPPE

C’est ce qui fausse tous les raisonnements chez les Républicains qui n’ont donc en tête que ces élections réservées aux sympathisants de la droite et du centre et qui se dérouleront à l’automne 2016. Or aujourd’hui si Nicolas Sarkozy bénéficie d’une longueur d’avance pour ces primaires, car il tient le parti, il tient les fédérations et qu’il est le mieux préparé à ce type d’exercice, rien ne dit que c’est son nom qui sortira du chapeau à l’issue d’une élection à deux tours. Pour l’heure les sondages – très peu fiables – concernant ces primaires donnent l’avantage à Alain Juppé. Mais les études menées par les politologues sur la base des primaires américaines montrent que c’est toujours les 5 à 10 % de militants les plus extrêmes de chaque camp qui font basculer le résultat. Dans ces conditions Nicolas Sarkozy garde toutes ses chances.

D’autant plus que la règle de parrainage par vingt parlementaires va empêcher des candidats très droitiers de se présenter. Notamment Nadine Morano qui ne cache pas sa volonté de se venger en faisant échouer l’ancien chef de l’état. Par ailleurs Christian Estrosi qui s’était déclaré candidat commence à faire marche arrière. De même que Xavier Bertrand. En revanche la candidature de Nathalie Kosciusko-Morizet serait plus gênante pour Alain Juppé ou Bruno Le Maire que pour Nicolas Sarkozy. Reste l’inconnue Fillon. Personne ne sait situer le score potentiel de l’ancien Premier Ministre qui bénéficie d’un vrai regain de popularité comme en témoigne les fortes ventes de son livre (comparées au piètre score du livre d’Alain Juppé sur l’école). Mais sa résilience après trois années défavorables semblent avoir transformé le député de Paris en homme d’état.

MESAGE SUBLIMINAL DU FMI A LA FED

Sur le plan macro-économique la semaine a été marquée par la publication du rapport annuel du FMI. Un rapport qui écrit noir sur blanc que les risques financiers, longtemps si prégnants dans la zone euro, ont désormais basculé du côté des pays émergents, aujourd’hui les plus exposés au ralentissement économique. Il est vrai que les pays émergents affichent aujourd’hui une situation de surendettement avec 3.000 milliards de dollars de créances, qui en dit long sur leur vulnérabilité. De nombreux pays ont relancé leur économie après la crise de 2008 en s’endettant. Globalement, les pays émergents sont plus sensibles au durcissement en cours des conditions financières mondiales.

Le FMI a tenu également à prévenir que, dans les prochains mois, le système financier mondial devra s’ajuster à la hausse des primes de risque sur une série d’actifs, à la remontée progressive des taux directeurs et à un modeste redressement cyclique. Un alourdissement rapide des primes ne serait pas sans dangers, prévient le FMI. L’institution s’inquiète aussi de l’ampleur des effets de levier utilisés par les fonds d’investissement sur le marché des dérivés, qu’il évalue à 1 500 milliards de dollars. Pour répondre à ces défis, le Fonds invite à la fois les émergents et les économies avancées à solder l’héritage de la crise, notamment dans une zone euro où le règlement de la question des créances douteuses permettrait d’accroître de 600 milliards d’euros la capacité de prêt. S’agissant de la politique monétaire américaine le FMI exhorte la Fed à différer de plusieurs mois, c’est-à-dire jusqu’en 2016 la première hausse de ses taux directeurs.

CONJONCTURE TOUJOURS ATONE EN FRANCE

S’agissant de la France, l'indice final Markit composite de l'activité globale en France - mesurant l'activité combinée du secteur des services et de l'industrie manufacturière – s’est redressé de 50,2 en août à 51,9 en septembre, ne signalant toutefois qu'une hausse modérée de l'activité du secteur privé. Le renforcement de la hausse de l'activité dans les services reflète une accélération de la croissance des nouvelles affaires en septembre. L'emploi recule pour la deuxième fois au cours des trois derniers mois dans le secteur, et bien que restant modéré, le taux de suppression de postes affiche un plus haut de 10 mois.

Par ailleurs la Banque de France, en s'appuyant sur ses enquêtes mensuelles de conjoncture vient de réviser sa prévision de croissance de l'économie française au troisième trimestre 2015. Selon l'Institut d'émission, le PIB ne progresserait que de 0,2 % pendant l'automne et non plus de 0,3 % comme les experts le pensaient il y a un mois. Ces prévisions s'alignent de fait sur celles de l'Insee qui ne publiera que le 13 novembre prochain les premiers résultats de la croissance pour cette période. L'enquête de conjoncture pour septembre réalisée par la Banque de France montre, de fait, une petite érosion du climat des affaires dans l'industrie à 97 (-1 point). Tandis que celui dans les services progresse légèrement (+1 point). Ce qui corrobore les données fournies par Markit

LE CALME REVIENT CHEZ AIR FRANCE

Dans l'industrie, les chefs d'entreprise interrogés font état d'une très légère progression de la production le mois dernier, avec un secteur des matériels de transport, notamment l'automobile, en repli après plusieurs mois dynamiques. Et ils s'attendent à une production plus dynamique en octobre. Dans les services, l'activité accélère nettement avec une quasi-totalité de secteurs en croissance, particulièrement le travail temporaire et les activités de conseil. L'activité devrait poursuivre son essor en octobre selon les chefs d'entreprises. Quant aux bâtiment, il voit son activité se stabiliser, tant dans le gros-oeuvre que le second oeuvre. Les chefs d'entreprise font état de carnets de commande qui se maintiennent et s'attendent à ce que l'activité accélère légèrement en octobre.

Du côté des entreprises l’actualité a été marquée par les incidents du début de semaine chez Air France à l’issue d’un comité central d’entreprise agité. Malgré tout les représentants des pilotes et les membres de la direction d'Air France ont renoué le dialogue vendredi matin dans les locaux de la compagnie, aux Invalides à Paris. Selon les informations de WanSquare, la crise qui a succédé au comité central d'entreprise de lundi aurait en partie apaisé les esprits. En parallèle les autres organisations syndicales sont convenues de se retrouver mardi prochain pour décider de la suite à donner à leur mouvement.

POSSIBLE CESSION D’I-TELE

Le dossier Vivendi continue d’agiter les esprits avec notamment ses effets visibles sur Canal+. Désormais Vincent Bolloré passe quatre jours par semaine au sein de la chaine cryptée à Boulogne où il a repris le bureau de Bertrand Meheut. Selon les informations de WanSquare il consacre l’essentiel de son temps à la stratégie à long terme de la chaine cryptée, notamment au dossier du sport et à celui du cinéma. C’est pour cette raison que les mauvais scores d’émissions en clair le laissent serein. S’il s’intéresse aussi de près à ce qui se passe chez D8, dont il a té le fondateur, il ne s’occupe pas du tout d’I-Télé. Plusieurs sources assurent que Delphine Ernotte lui aurait fait une proposition de rachat, à laquelle il pourrait ne pas rester insensible. D’autant que la nouvelle présidente de France Télévisions a besoin de lancer très vite la chaine d’info qu’elle a promise. Ce rachat lui ferait gagner plusieurs mois.

Les milieux financiers continuent de suivre de très près la perte de confiance dont le groupe de Patrick Drahi est victime sur les marchés depuis quelques séances. Désormais il faut attendre les chiffres d’abonnés de Numéricâble SFR pour le troisième trimestre afin de savoir si cette défiance est justifiée. Pour l’heure un grand nombre d’abonnés ont déserté la marque au carré rouge, sans que cela ne pèse sur la rentabilité. Mais il ne faudrait pas que ce mouvement se prolonge trop longtemps. Dans l’entourage de Vincent Bolloré comme de Martin Bouygues on surveille tout cela de très près. Parce que désormais il n’est plus exclu que le dossier SFR revienne sur le marché en cas d’échec d’intégration.

LA MAUVAISE AFFAIRE DU TRESOR AVEC RENAULT

Toujours dans le domaine des médias, on a appris cette semaine qu’Arnaud Lagardère envisageait la possibilité d’une cession de trois journaux historiques de son groupe : Télé 7 jours, France Dimanche et Ici Paris. Les trois titres sont pourtant des poids lourds de la presse. Mais cela n'en fait pas pour autant des actifs de choix, selon Arnaud Lagardère. Ce sont des magazines dont les ventes papier déclinent et qui, surtout, ne recèlent pas ou peu de potentiel numérique. De la même manière, Télé 7 Jours a beau être un historique de la presse télé qui dispose encore d'une diffusion puissante (1,2 million d'exemplaires par semaine), il a raté son virage numérique.

Enfin, l’Agence des participations de l’Etat a réaffirmé jeudi qu’elle avait bien l’intention de revendre comme promis les 4,8 % du capital de Renault acquis en avril, en dépit de l’opposition de Carlos Ghosn. Bercy n’a pas encore commencé à faire redescendre sa participation, alors que la couverture souscrite à l’époque est valable entre le 7 octobre et le 28 décembre. Vu la chute de près de 27 % de l’action Renault depuis avril, l’APE a choisi d’exercer les premières options arrivant à échéance et de conserver les titres afférents, en espérant un rebond. Au printemps, Bercy avait acheté 14 millions d’actions Renault pour plus de 1 milliard d’euros, en couvrant ses arrières : jusqu’à Noël, ces titres peuvent être revendus à Deutsche Bank à 90 % du prix d’achat initial. Si le cours de Renault ne rebondit pas d’ici à fin décembre, l’Etat pourrait enregistrer une perte de 100 millions d’euros au cours actuel.

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