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Yves de Kerdrel
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L’unité nationale n’efface pas les mauvais chiffres
par Yves de Kerdrel
Les drames qui ont frappé la France cette semaine avec trois attentats – dont l’odieuse tuerie de Charlie Hebdo – ont créé de fait une unité nationale et placé François Hollande dans un rôle de chef de l’Etat incontestable. En dépit de cela, le début d’année s’annonce bien plus poussif sur le plan de l’activité que ce qu’espéraient les hommes de Bercy. Sans compter l'épée de Damoclès grecque.
L’horrible attentat qui a frappé le journal Charlie Hebdo, le massacre de certains membres des forces de l’ordre et le climat de guerre qui s’est installé, de fait, en France avec un plan Vigipirate au plus haut niveau d’alerte ont placé toute actualité politique entre parenthèses. Un climat d’unité nationale, affectant les principaux partis de gouvernement s’est tout naturellement formé. Comme en a témoigné l’entretien très serein et courtois entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Ce dernier a parfaitement endossé les habits de chef de l’état, faisant preuve d’un grand sang-froid au point d’aller immédiatement au siège de Charlie Hebdo en dépit des consignes de sécurité que lui donnaient ses proches.
Bien sûr depuis mercredi tout l’agenda présidentiel a été bouleversé, notamment s’aggissant des cérémonies de vœux. François Hollande suit de près la traque des terroristes. Jeudi midi, il était à la Préfecture de police de Paris pour la minute de silence. Il y est resté plus de deux heures avec le ministre de l’intérieur, le préfet de police Bernard Boucault et le procureur François Molins, pour un point sur les opérations. Vendredi matin, il s’est longuement entretenu avec Manuel Valls et Bernard Cazeneuve avant une réunion de crise consacrée à la traque, elle-même interrompue pour permettre au président de suivre en direct la prise d’otage en Seine-et-Marne.
PAS D’HUILE SUR LE FEU
Sur le plan politique, ses appels à l’union nationale ont jusqu’ici été quasi unanimement suivis et relayés par l’ensemble de la classe politique. Comme après les tueries perpétrées à Toulouse par Mohamed Merah, en mars 2012, qui avaient interrompu la campagne présidentielle le temps d’une trêve. Pour l’heure, cette position tient le choc. Même si le Front National a naturellement tout fait pour rompre cette unité nationale, de manière à tenter de tirer profit d’un faux sentiment d’exclusion liée à la grande manifestation de ce jour.
L’autre sujet qui commence à poindre et à enfoncer un coin dans ce sentiment d’unité nationale concernant les risques d’amalgame entre les musulmans modérés et les terroristes, qui se revendiquent de l’islam radical. Si la grande majorité des responsables politiques des partis républicains martèlent ce message ceux de l’UMP ont particulièrement insisté sur ce point. Les prises de position se veulent sans ambiguïté dans les rangs du principal parti d’opposition. Objectif affiché : ne pas mettre de l’huile sur le feu, alors qu’une partie de l’électorat de droite se montre à cran sur la question de l’islam et peut céder à la tentation de mettre tous les musulmans dans le même sac.
VALLS A PLEINEMENT JOUE SON ROLE
Nicolas Sarkozy, a donné le ton mercredi en appelant « tous les Français à refuser la tentation de l’amalgame et à présenter un front uni face au terrorisme, à la barbarie et aux assassins », dans une déclaration solennelle au siège du parti. Tous redoutent que le pays s’embrase, à cause de tensions communautaires exacerbées par ces attentats multiples. Dans ce climat inflammable, les élus de droite estiment que leur devoir est plus que jamais d’appeler au calme pour contenir ceux qui poussent à des représailles. Ce besoin est d’autant plus grand sur les terres où le rejet de l’islam se fait sentir.
Il reste que dans l’entourage de François Hollande on s’estime totalement dépassé par la situation. La France n’a pas connu de situation semblable depuis la fin de la guerre d’Algérie, période où les attentats avaient lieu, presque quotidiennement dans la Capitale. Depuis les méthodes ont évolué, l’information va aussi vite que les faits et le pouvoir politique est paradoxalement moins bien armé pour faire face à de tels drames et à une telle situation de crise. Il semble même que Manuel Valls ait fait entendre une voix légèrement dissonante au cours des différents conseils de défense, plaidant pour la mise en œuvre très rapide de mesures comparables à celles que la Maison Blanche avait retenues après le 11 septembre 2001.
RECUL DE L’ACTIVITE EN FRANCE
Du coté de la macro économie l’actualité n’est pas plus enthousiasmante. Selon l’indice PMI établi par Markit, l'activité économique de la zone euro a augmenté pour le dix-huitième mois consécutif en décembre, les dernières données signalant une légère accélération de la croissance en fin d'année. Le taux d'expansion continue toutefois d'afficher l'un de ses plus faibles niveaux des 18 derniers mois. La légère accélération de la croissance enregistrée en décembre dans l'ensemble du secteur privé de la zone euro repose sur un renforcement de l'expansion de l'activité dans le secteur des services. Si la production continue également d'augmenter dans l'industrie manufacturière, le taux de croissance fléchit toutefois par rapport à novembre.
La conjoncture demeure fragile dans les trois principales économies de la région: l'Allemagne, la France et l'Italie. Outre-Rhin, la croissance de l'activité s'accélère légèrement en décembre, mais le taux d'expansion reste modeste par rapport aux niveaux enregistrés en début d'année 2014. En France, l'activité globale recule pour le huitième mois consécutif, la légère reprise de l'activité dans le secteur des services n'ayant pas suffi à compenser le renforcement de la contraction de la production dans l'industrie manufacturière. Le volume global des nouvelles affaires enregistre une croissance modeste pour la première fois depuis quatre mois, mais cette amélioration de la demande repose uniquement sur le secteur des services, le volume des nouvelles commandes dans l'industrie manufacturière affichant une forte réduction au cours du mois.
LA DEFLATION EST INSTALLEE
L'inflation des prix payés par les entreprises privées de la zone euro ralentit, comme l’indique Markit et affiche un plus bas de huit mois en décembre, la baisse des prix des achats dans le secteur manufacturier, associée au recul du prix du pétrole et des matières premières, compensant en partie la hausse des coûts enregistrées dans le secteur des services. Parallèlement, les prix facturés continuent de reculer, les entreprises réduisant leurs tarifs afin de faire face à la faiblesse de la demande et aux fortes pressions concurrentielles.
La déflation est en effet bel et bien là. Mercredi dernier, l’institut Eurostat a indiqué que l’inflation en zone euro est tombée à – 0,2 % en décembre 2014, après + 0,3 % en novembre. C’est la première fois que les prix reculent depuis octobre 2009, lorsque l’union monétaire s’enfonçait dans une sévère récession (– 4,5 %). La chute des cours du pétrole est pour beaucoup dans cette statistique. Les prix de l’énergie ont en effet reculé de 6,3 % en décembre, après – 2,6 % en novembre. L’inflation sous-jacente, qui exclut les prix des produits les plus volatils tels que ceux des hydrocarbures, a en revanche progressé de 0,8 %, contre 0,7 % en novembre.
LES SCENARIOS DE LA BCE
Officiellement, pour l’instant, la zone euro n’est pas en déflation. Pour beaucoup d’observateurs, si les cours du pétrole ne remontent pas, l’inflation pourrait plonger jusqu’à – 1 % ces prochains mois. Ce scénario serait dramatique pour l’économie française comme pour toute l’Europe, puisque la déflation alourdit le poids des dettes. Les efforts des pays périphériques pour redresser leurs finances publiques seraient donc laminés. De fait, la BCE, qui est mode panique, pourrait annoncer de nouvelles mesures lors de sa réunion du 22 janvier. Selon le quotidien néerlandais Het Financieele Dagblad du 6 janvier, citant des sources anonymes, la BCE étudierait trois modalités de quantitative easing. La première consisterait à racheter des obligations souveraines en proportion de la participation de chaque Etat membre dans son capital. La seconde serait de racheter uniquement la dette publique des Etats notés triple A, comme celle de l’Allemagne. La troisième serait que les banques centrales nationales, rachètent elles-mêmes la dette de leurs Etats respectifs.
Mario Draghi est d’autant plus sur les charbons ardents qu’en Grèce tout est possible y compris un scénario de sortie de l’Euro. Cette hypothèse plane de nouveau sur l’union monétaire depuis les informations dévoilées le 5 janvier par Der Spiegel. Selon l’hebdomadaire allemand, Angela Merkel jugerait qu’une sortie grecque de la zone euro serait inévitable si le parti de gauche radicale Syriza remportait les législatives du 25 janvier. Et surtout si son leader, Alexis Tsipras, renonçait à rembourser la dette du pays.
LES HYPOTHESES DE LA TRAGEDIE GRECQUE
Fin septembre 2014, la dette publique grecque s’élevait à 321,7 milliards d’euros (175 % du produit intérieur brut), détenus à 70,5 % par les créanciers publics internationaux comme le Fonds monétaire international (32 milliards d’euros), et les autres pays de la zone euro. Dans le détail, l’Allemagne, plus gros contributeur, a versé 15,1 milliards d’euros, tandis que la France a déboursé 11,3 milliards, l’Italie 10 milliards et l’Espagne 6,6 milliards. Des sommes auxquelles il convient d’ajouter les 141,8 milliards d’euros de prêts accordés en 2012 par le Fonds européen de stabilité financière. Or, le FESF n’a pu emprunter sur les marchés que parce qu’il a bénéficié des garanties des pays membres. Si la Grèce ne lui remboursait pas les sommes dues, la note finale incomberait donc à ces derniers. Sur les 141,8 milliards, l’Allemagne perdrait alors 41,3 milliards, la France 31 milliards et l’Italie 27,2 milliards.
Par ailleurs, les états sont également exposés indirectement à la dette grecque, par exemple par le biais des obligations du pays détenues par la Banque centrale européenne. Au total, l’exposition directe et indirecte à la dette grecque se monte donc à 256,4 milliards pour la zone euro, dont 72,7 milliards pour l’Allemagne, 55,2 milliards pour la France, 48,3 milliards pour l’Italie et 32,7 milliards pour l’Espagne. Précisons que les prêts bilatéraux accordés au pays sont régis par le droit anglais. En cas de non-remboursement, les créanciers pourraient donc se retourner contre Athènes devant les tribunaux anglo-saxons.
LEVY MET EN ORDRE LE NOUVEAU EDF
En termes de business l’année démarre très mollement affirme-t-on dans la plupart des banques d’affaires, comme dans les salles de marché. D’autant plus que les marchés financiers font preuve d’une extrême volatilité. L’OPA sur le Club Méditerranée va bientôt pouvoir commencer, avec à la clé une belle plus-value pour Andrea Bonomi qui a jeté l’éponge. Par ailleurs Michelin a annoncé le lancement d’un processus de rachat d’actions portant sur un million de titres.
Enfin, Le nouveau patron d’EDF, Jean-Bernard Lévy a annoncé à une partie de ses équipes, ce jeudi, la composition de son comité exécutif. A l’exception du secrétaire général Pierre Todorov, qui arrive de PSA, et d’Alexandre Perra, venu de Thalès et qui devient secrétaire du comité, tous les membres du nouveau « comex » sont déjà dans le groupe. De neuf membres, il passe en revanche à onze, ce qui, compte tenu des départs attendus, permet à plusieurs dirigeants d’EDF d’intégrer l’organe de direction, conformément au souhait de Jean-Bernard Lévy de rendre celui-ci plus opérationnel : c’est le cas de Bruno Lescoeur (qui gère la filiale italienne Edison), Philippe Torrion (trading), Antoine Cahuzac (EDF EN) et Xavier Ursat (hydraulique). Ce dernier se voit confier une mission sur le « nouveau nucléaire », ce qui présage d’une redéfinition de son périmètre. Comme pour Philippe Torrion, appelé à plancher sur la stratégie et l’innovation.
Dominique Minière fait son entrée au comité exécutif, succédant ainsi à Hervé Machenaud, 67 ans, dont il était le numéro deux au poste stratégique de la production et de l’ingénierie. Quant aux autres piliers du comité exécutif, ils sont confirmés. Le maintien du directeur financier Thomas Piquemal, débauché de Veolia par Henri Proglio avait qui il formait un duo soudé, a été acté dès l’arrivée de Jean-Bernard Lévy. Henri Lafontaine (Commerce) et Marianne Laigneau (DRH), seule femme du comité exécutif, restent aussi, tout comme Vincent de Rivaz, le patron de la filiale britannique d’EDF.
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