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Manuel Valls cerné par les contestations de tous bords
par Yves de Kerdrel

Le Premier Ministre voit son image de réformateur s’écorner progressivement au fil des concessions qu’il est amené à faire pour calmer tous les mouvements de grève. Sans compter la contestation à l’intérieur du Parti Socialiste. Pendant ce temps la droite est toujours sans leader. Nicolas Sarkozy réfléchit toujours. La droite de l’UMP réfléchit à une initiative forte. Quant à Fillon et Juppé ils sont sur la défensive, plus soucieux d’être « aimés » que d’aller au combat.

22/06/2014 - 07:14 Temps Lecture 14 mn.

Pour la première fois depuis sa nomination à la tête du gouvernement, Manuel Valls est confronté à une double fronde sociale. D'un côté, le mouvement des intermittents opposés à la future convention chômage qui réforme leur statut ; de l'autre, la grève des cheminots à la SNCF contre la réforme ferroviaire. Ces deux contestations n'ont rien en commun. Mais plusieurs membres de la majorité craignent qu'elles ne finissent par s'agréger pour devenir un casse-tête social pour le gouvernement. D’autant plus qu’une grève des crèches a commencé vendredi dernier, et que les aiguilleurs du ciel ont annoncé un mouvement important pour la semaine prochaine, avec le risque de perturber le premier week-end de transhumances estivales.

Si sur la réforme ferroviaire, le Premier Ministre a tenu bon, à quelques points près – à la différence de quelques personnalités de droite qui appelaient de manière irresponsable au retrait du texte – sa rapidité à céder aux intermittents du spectacle a déconcerté ceux qui voyaient en Manuel Valls un réformateur capable de mettre ses pieds dans les traces d’un Mendès-France. Concrètement, le gouvernement a refusé de remettre en cause l'agrément à l'accord Unedic du 22 mars qui édicte les nouvelles règles de leur indemnisation chômage. En revanche, le premier ministre a concédé plusieurs gestes financiers au milieu de la culture en compensant par le recours aux fonds publics le manque à gagner, pour les intermittents, de l’accord Unedic. Non seulement ce geste crée un précédent grave. Non seulement il montre que le locataire de Matignon n’est pas si droit que cela dans ses bottes. Mais de surcroit, cela s’avère être un coup d’épée dans l’eau puisque les intermittents entendent poursuivre leur mouvement et mettent en péril les festivals de l’été.

LES EMBUCHES DE LA REFORME TERRITORIALE

A cela s’ajoutent les mécontentements créés au sein de la majorité par la réforme territoriale, avec notamment la création de régions n’ayant aucun sens. A peine les deux projets de loi sur cette « mère des réformes » étaient-ils déposés au Sénat, mercredi dernier, qu'a débuté la guérilla parlementaire contre les textes du gouvernement. Avec d'un côté, les communistes et les radicaux de gauche, et de l'autre, la droite. Le gouvernement, lui, souhaite aller vite et, pour des raisons légales – il ne peut être procédé à un redécoupage des circonscriptions électorales l'année précédant le renouvellement des assemblées concernées –, il lui faut impérativement que le texte délimitant les futures régions ait été promulgué un an avant la date prévue pour la tenue des prochaines élections départementales et régionales, en décembre 2015.

Pour éviter un camouflet, c'est le président du Sénat lui-même, Jean-Pierre Bel, qui a repris à son compte la proposition de parlementaires de droite de créer une commission spéciale. Celle-ci devrait commencer ses travaux à partir de demain.

Les principales difficultés sont encore à venir car, si les deux textes sont scindés, ils restent liés. Le second, qui porte sur les compétences des collectivités, ne viendra en discussion qu'en octobre au Sénat, alors que l'examen du premier ne sera pas encore achevé. Selon toute probabilité, c'est un nouveau Sénat, dominé par une droite redevenue majoritaire, qui aura alors la main sur ce texte. Le problème c’est que le premier projet de loi motive le report des élections départementales et régionales en décembre 2015 par la nouvelle délimitation des régions et l'évolution des compétences des conseils départementaux qui, elle, figure dans le second texte. En cas de saisine – quasi certaine – du Conseil constitutionnel sur le redécoupage des régions et la modification du calendrier électoral, celui-ci risque de censurer un report justifié par un motif quasi virtuel.

SARKOZY RESTE MAITRE DU JEU A DROITE

A droite, c’est toujours le grand vide. Si l’on se dirige vers un congrès autours du 22 novembre, date qui arrange les sarkozystes, puisqu’ainsi le dépôt des candidatures pourrait intervenir à la fin de l’été, rien n’est encore décidé dans la tête de l’ancien Président de la République. D’autant plus que les représentants de la droite de l’UMP, c’est-à-dire, Henri Guaino, Guillaume Peltier, Rachida Dati et d’autres pourraient préparer une initiative particulière. Dans ces conditions Alain Juppé et François Fillon qui voulaient éviter le retour de Nicolas Sarkozy ont créé, nolens volens, un climat qui fait de l’ancien Chef de l’État celui qui tient les clés de l’avenir du Parti. Car François Fillon ne se présentera à l’élection pour la présidence de l’UMP que si son principal ennemi décide d’y aller. Quant à Alain Juppé, il a bien trop peur d’écorner son image et de voir ressortir d’anciennes affaires le concernant pour accepter de descendre de l’Aventin.

Reste à savoir dans quelle mesure le scandale Bygmalion peut affecter Nicolas Sarkozy. Dans un premier temps cette affaire pourrait écorner une grande partie de la classe médiatique. Dans la mesure où un grand nombre de journalistes réputés étaient rémunérés par Bygmalion pour permettre à des hommes politiques de faire des « media-training ». En principe, cette affaire ne devrait pas remonter, juridiquement jusqu’à l’ancien Chef de l’État, même si elle va l’affecter en termes d’image. Mais il va continuer d'envoyer des cartes postales, comme mercredi prochain, où il interviendra lors d'un colloque à l'Assemblée Nationale. Les fillonistes, qui ont investi massivement l’immeuble de l’UMP depuis une semaine s’emploient à rechercher des éléments leur permettant d’accabler Nicolas Sarkozy. Mais en même temps, selon des informations de WanSquare, des rebondissements à venir autour de l’affaire Tapie pourraient affecter directement François Fillon.

LES AMBITIONS EUROPEENNES D’AYRAULT

Enfin sur le front européen, les décisions concernant l’avenir de la Commission Européenne devraient être prises au cours des jours qui viennent. David Cameron n’arrive toujours pas à accepter l’idée que Jean-Claude Juncker remplace José Manuel Barroso. Et cela en dépit des pressions amicales d’Angela Merkel. Il est de plus en plus soutenu dans cette idée par Matteo Renzi, le premier ministre italien. Certains évoquent toujours le nom de Pascal Lamy, comme « sortie de secours ». L’intéressé ne dément pas. Mais pour l’heure, le nom de Juncker reste le plus probable, même s’il risque d’avoir des conséquences très négatives auprès de l’opinion britannique. La France est totalement absente de ces négociations. Quant à sa place dans le prochain dispositif européen, elle n’est toujours pas arrêtée. Plusieurs pays ont envoyé à l’Élysée le signal qu’ils ne voulaient pas de Pierre Moscovici comme commissaire européen. Ce qui relance les chances d’Elizabeth Guigou. En même temps, l'ex-premier ministre Jean-Marc Ayrault qui aurait refusé le poste de commissaire européen chercherait à obtenir la présidence du Conseil européen.

Sur le plan macro-économique, l’actualité a été dominée cette semaine par les avertissements du FMI sur des signes de faiblesse de l’économie américaine.

Désormais l’institution dirigée par Christine Lagarde n’anticipe que 2 % de croissance pour les États-Unis cette année au lieu de 2,8 % précédemment. Sur le plan monétaire, le FMI a même estimé que la Réserve fédérale pouvait attendre au-delà de la mi-2015 pour relever ses taux d'intérêt. Le message a été bien reçu par la présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen, qui, mercredi, a prévenu qu'une politique monétaire hautement accommodante était encore nécessaire alors que l'inflation reste bien au-dessous de l'objectif de la Fed et que le plein-emploi est encore loin.

PREMIERES INQUIETUDES SUR LES MARCHES

Concernant la zone Euro, Christine Lagarde a aussi mis en garde contre un « faux sentiment de sécurité », alors que l'inflation est au plus bas depuis quatre ans, à 0,5 % environ. La patronne du FMI a aussi supplié la Banque centrale européenne de continuer à donner une impulsion à la croissance. Elle s'est faite plus précise, jeudi dernier, sur la chaîne américaine CNBC : « Si l'inflation devait rester obstinément faible, alors nous espérerions certainement que la BCE prenne des mesures d'assouplissement quantitatif par le biais d'achat d'obligations souveraines ». Sujet toujours tabou pour les allemands.

Pour beaucoup d’experts la situation favorable que connaissent actuellement les marchés, et qui se traduit par une accélération des introductions en bourse, est devenue anormale. Surtout compte tenu des risques qui s’accumulent avec cette déflation en Europe, la surabondance de liquidités, le record de l’endettement des états, la bulle immobilière chinoise, et un choc convergent en Libye, en Irak et en Ukraine qui pèserait fortement sur le prix des énergies fossiles. Rien de tout cela ne semble être pris en compte par les marchés tellement ceux-ci sont noyés par l’abondance des liquidités.

PATRICK KRON SORT VAINQUEUR DE SON DEAL

S’agissant des grands dossiers industriels du moment, l’État a donc fait connaître vendredi soir sa préférence pour General Electric dans l’affaire Alstom. Même si le tandem germano-nippon Siemens-Mitsubishi Heavy Industries a rehaussé son offre en dernière minute, en mettant 8,2 milliards d'euros sur la table en numéraire, contre 7 milliards d'euros dans une première mouture présentée lundi, c’est l’américain qui a obtenu la faveur du gouvernement en proposant de créer trois coentreprises à parité (turbines à vapeur, réseaux et énergies renouvelables) avec Alstom, lui cédant son activité de signalisation ferroviaire, et en établissant le siège de quatre activités en France. Dans l'alliance dans les turbines à vapeur, l'État français aurait donc un droit de veto assorti de droits de gouvernance. L’opération a été aussitôt validée par le conseil d’administration d’Alstom.

Arnaud Montebourg a accepté de « manger son chapeau » en obtenant de l’Élysée de poser comme condition à cette opération le rachat par l’État de 20 % du capital d'Alstom. Un rachat qui devrait se faire, non pas sur le marché mais auprès du groupe Bouygues. Reste à savoir à quel prix l'État est prêt à acquérir ces titres. Vendredi, Arnaud Montebourg, a indiqué qu'il comptait acheter « au prix du marché », ce qui valoriserait ces 20 % d’Alstom à 1,73 milliard d'euros. Selon les informations recueillies par WanSquare, cette proposition serait jugée inacceptable par Martin Bouygues, qui a acquis cette participation sur la base d’un prix de revient moyen bien plus élevé.

CARREFOUR JOUE UN MAUVAIS TOUR A CASINO

Selon nos informations, c'est dans la nuit de jeudi à vendredi que Martin Bouygues, alors en déplacement en Asie, a été prévenu par l'État de cette volonté d’entrer au capital. Ce qui l’a amené à écourter son voyage, afin de rentrer à Paris pour discuter de cela directement avec Bercy. Samedi soir un accord semblait très proche entre les deux parties avec la perspective d’une annonce officielle aujourd’hui dimanche. De manière à ce que tout soit réglé pour l’ouverture de la Bourse demain matin.

Sur un autre dossier important, Carrefour a annoncé, vendredi soir, qu'il allait racheter plus de 800 magasins de l'enseigne Dia en France, pour une valeur de 600 millions d'euros, comme WanSquare l’avait laissé envisager. L'enseigne espagnole avait annoncé en mai qu'elle vendait toutes ses activités en France, où elle emploie 7 500 personnes, après une chute de 11 % ses ventes dans l'Hexagone. Plusieurs noms circulaient pour une potentielle reprise, notamment ceux des groupes Carrefour et Casino. Cette transaction qui est encore subordonnée à la consultation des instances représentatives du personnel de Dia France et à l'approbation des autorités de la concurrence, devrait vivement contrarier Jean-Charles Naouri qui avait déployé de grands moyens pour éviter que son principal concurrent étende son emprise. Selon nos informations le montant de l’opération est estimé à 600 millions d’euros, en termes de valeur d’entreprise, avec un montant de dette qui serait important.

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