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Le face-à-face Hollande-Sarkozy se prépare pour 2017
par Yves de Kerdrel

Trois quarts des français de ne veulent plus de François Hollande après 2017. Ils sont le même nombre à ne pas vouloir le retour de Nicolas Sarkozy. Et pourtant tout se met en place, à gauche, comme à droite pour que l’un et l’autre soient les deux principaux candidats de la présidentielle. Ce qui donnera à ce scrutin un goût de bataille de coqs sans idées, sans projet, et sans vision pour la France.

31/05/2015 - 06:50 Temps Lecture 13 mn.

La justice n’a pas donné raison à tous ceux – notamment la fédération des élus socialistes – qui voulaient empêcher l’UMP de s’appeler les Républicains. Et lors d’un vote électronique qui s’est déroulé jeudi et vendredi une grande majorité (83 %) de militants du principal parti d’opposition ont adoubé ce nouveau nom, ainsi que les nouveaux statuts. De fait, le congrès fondateur des Républicains qui s’est déroulé hier à la Villette devant 20.000 sympathisants a été un véritable succès personnel pour Nicolas Sarkozy qui a pu se poser en rassembleur, en bâtisseur et en rénovateur d’un vieux parti miné par les divisions et les haines.

Mais personne n’est dupe, si le Chef de l’État n’est toujours pas candidat aux primaires de l’automne 2016 à la différence de François Fillon, Alain Juppé ou Xavier Bertrand, il entend bien lui aussi concourir. A condition de se lancer le plus tard possible dans la bataille. C’est-à-dire pas avant le début du mois de septembre 2016. Son but : laisser ses concurrents s’épuiser et faire une campagne courte mais choc. Quant au projet présidentiel, si Nicolas Sarkozy affirme en avoir déjà dessiné la matrice, il ne sera construit et élaboré qu’entre janvier et septembre 2016. C’est-à-dire après les élections régionales où le patron des Républicains compte bien s’investir fortement avec trois enjeux principaux : le Nord où Marine Le Pen devrait finalement aller au combat face à Xavier Bertrand, la Paca où Christian Estrosi va devoir mener un combat difficile contre Marion Maréchal et enfin l’Ile-de-France avec le match Bartolone-Pécresse.

ERIC WOERTH EN PISTE POUR DE NOUVELLES FONCTIONS

Pour certains experts du parti de la Rue de Vaugirard le fait que Claude Bartolone supplante Jean-Paul Huchon est en fait une bonne chose pour l’opposition. D’abord parce que chacun sait qu’il est envoyé là par François Hollande, ce qui va permettre de nationaliser le scrutin. Ensuite, parce que le bilan personnel du Président de l’Assemblée Nationale dans son département de Seine Saint-Denis est désastreux. Enfin parce que Claude Bartolone est plus marqué politiquement que Jean-Paul Huchon dont personne ne connaît vraiment les idées. Pour que les chances de Valérie Pécresse soient totales, encore faut-il que la candidate UDI, Chantal Jouanno accepte de retirer sa liste. Cela devrait être chose faite dés que le parti centriste aura été adoubé pour obtenir la tête de file des régions Centre, Normandie et Bourgogne Franche-Comté. Quant à la Corse, son sort a été tranché en faveur de Camille de Rocca-Serra aux dépens de José Rossi.

Le discours de Nicolas Sarkozy, hier, a été naturellement écrit par Henri Guaino autour du thème de la République, comme celui que l’ancien chef de l’État avait prononcé en novembre dernier lors de sa campagne pour l’élection interne à l’UMP. Tous les ténors ont eu le droit à leur temps de parole. Mais à l’applaudimètre, ce sont Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire qui l’ont emporté. Il est maintenant fort probable que le patron des Républicains réorganise son parti en se débarrassant du tandem infernal formé par Nathalie Kosciusko-Morizet et Laurent Wauquiez. La première, car elle ne va pas tarder à se déclarer candidate aux primaires. Le second, en raison de sa campagne pour les élections régionales en Rhône-Alpes-Auvergne. Et c’est Éric Woerth, désormais blanchi par la justice, qui pourrait devenir l’homme fort du parti d’opposition.

THEATRE D’OMBRES RUE DE SOLFERINO

Restera ensuite, pour Nicolas Sarkozy, à gérer le front judiciaire. L’affaire des pénalités que François Fillon a voulu mettre en avant, avec la fameuse note rédigée par François Sureau, semble tomber d’elle-même. C’est ce qui se dit dans l’entourage du juge Van Ruymbeke. L’affaire libyenne tourne en rond. L’affaire Bygmalion semble circonscrite au staff de cette société et éventuellement à deux ou trois signataires de bons de commande au sein du parti gaulliste. Le plus compliqué demeure cette affaire d’écoute téléphonique avec une suspicion de trafic d’influence en faveur du juge Azibert. La Cour de Cassation est désormais saisie. Et le pronostic est impossible à faire selon les experts tant ce dossier est géré en direct par la Chancellerie et notamment par le Directeur des affaires criminelles et des grâces, camarade de régiment de François Hollande.

Du côté du Parti socialiste qui tiendra son Congrès à Poitiers le week-end prochain, un certain nombre d’hypothèques ont déjà été levées. D’une part avec la victoire de la Motion A qui réunit aussi bien des libéraux comme Gérard Collomb que des symboles de la gauche dure comme Martine Aubry. D’autre part avec l’élection par une poignée de militants (seulement 65.000) de Jean-Christophe Cambadélis à la tête du parti. Personne n’est dupe. Tout cela a été organisé et suivi de très près par l’Élysée qui entend bien éviter le recours aux primaires pour la désignation du candidat aux prochaines présidentielles. Même si certaines voix continuent à l’évoquer. De son côté Manuel Valls se prépare toujours à être un hypothétique Plan B au cas où l’impopularité de François Hollande l’empêcherait de se représenter.

LA COUR DES COMPTES SONNE L’ALERTE

Pour l’heure, à gauche, les perdants sont les frondeurs qui n’ont réussi ni à imposer leur motion, ni à faire progresser le score de leur candidat, Christian Paul. De fait ils pourraient décider de ne pas participer à la nouvelle direction collégiale. Surtout leur prochain coup de pied de l’âne sera pour la deuxième lecture de la Loi Macron prévue lors d’une session extraordinaire en juillet et pour l’examen de la Loi Rebsamen sur le dialogue social. Benoit Hamon a d’ailleurs commencé à faire de la surenchère en demandant que ce texte reconnaisse le burn-out comme maladie professionnelle. Quant au Ministre du Travail et de l’Emploi, il s’attend d’ores et déjà à ce que le gouvernement ait recours au 49-3 afin de faire passer son texte.

A noter le signal d’alarme tiré cette semaine par la Cour des Comptes sur le déficit budgétaire. Les sages de la Rue Cambon ont douché l’enthousiasme de Michel Sapin en considérant que la réduction du déficit budgétaire de l’Etat, amorcée depuis 2010, a été interrompue en 2014, dans un contexte de croissance et d’inflation plus faibles que prévu et de taux d’intérêt très bas. Dès lors, ce n’est pas d’une baisse de la dépense qu’il convient de parler mais tout au plus d’une stabilité, alors même que la charge de la dette a diminué de 1,73 milliard grâce à des taux exceptionnellement bas. Ce qui conduit la Cour à considérer que les normes de dépenses ont été respectées au prix de débudgétisations importantes et de reports de charges accrus. Une manière élégante de ne pas utiliser le mot « cavalerie ».

UN GREXIT DE PLUS EN PLUS PROBABLE

Toujours en matière macro-économique, cette semaine a eu lieu à Dresde le G7 des ministres des finances. Pour la première fois sept experts de renom, comme Nouriel Roubini ou Kenneth Rogoff, avaient été conviés pour donner leur avis sur les ressorts de la croissance. Globalement l'optimisme était de mise. La reprise est là, dit-on, portée par un contexte macroéconomique favorable. Le patron de la BCE, Mario Draghi, a donc exhorté les pays industrialisés à profiter de ce moment pour mettre en œuvre les réformes structurelles indispensables. Le cas de la Grèce, qui occupe pourtant la première ligne de l'agenda économique européen, n'a pas été évoqué officiellement. Un consensus semble s’être établi sur le fait qu’une éventuelle crise, si aucun n'accord n'était conclu, ne représenterait pas une menace.

Pour la patronne du FMI, Christine Lagarde aucun résultat ferme n'a encore été obtenu avec Athènes. Et il est hors de question d'aboutir sans l'aval de toutes les institutions. Dans une interview au quotidien allemand FAZ de vendredi, la directrice générale du Fonds monétaire international a confié qu’une sortie de la Grèce de l’euro (le « Grexit ») était une « possibilité », qui ne signifierait probablement pas la fin de l’euro. Une déclaration qui en dit long sur les pressions qui s’exercent en coulisse sur Athènes. Hier, les négociations n’avaient toujours pas abouti entre la Grèce et ses créanciers. Si le gouvernement d’Alexis Tsipras a multiplié les déclarations optimistes ces derniers jours, Bruxelles et Washington se montrent bien plus prudents.

UNE BANQUEROUTE EN PLEIN ETE ?

Or, il y a urgence. Sans accord rapide, le pays ne touchera pas la dernière tranche d’aide de 7,2 milliards d’euros du plan de sauvetage européen. Athènes ne serait alors probablement pas en mesure de verser le 1,6 milliard d’euros qu’elle doit rembourser au FMI en juin. Selon plusieurs sources, la Grèce aurait encore de quoi assurer le versement de 306 millions d’euros prévu le 5 juin. Le doute porte en revanche sur les échéances du 12, 16 et 19 juin. Si Athènes manquait ces remboursements, cela ne déclencherait pas la mise en défaut immédiate du pays, car le FMI est un créancier à part. Selon les textes de l’institution, le pays retardataire dispose d’un mois avant que le directeur général du fonds ne notifie le défaut au conseil d’administration.

Dans ce cas de figure, Athènes et ses partenaires européens disposeraient de quatre semaines de plus pour trouver un compromis avant les grosses échéances de juillet et août puisque la Grèce devra verser 4,4 milliards d’euros en tout à la Banque centrale européenne. Mais la situation pourrait devenir explosive si les désaccords entre Athènes et ses partenaires se prolongeaient au-delà de juin. Les tensions monteraient alors avec les autres créanciers du pays. À commencer par le Fonds européen de stabilité financière, qui a prêté en tout 141,8 milliards d’euros à Athènes depuis 2010. Dans le cas où la Grèce ne remboursait pas à temps le FMI, celui-ci peut en théorie exiger le remboursement total ou partiel des prêts déjà accordés, voire annuler les suivants. La Banque centrale européenne serait elle aussi dans une situation délicate.

EUROPCAR SEDUIT LES MARCHES

Du coté des entreprises, l’actualité reste dominée par le secteur des télécoms. Avec comme sujet d’actualité le déploiement du très haut débit en France, via notamment la fibre optique. Alors qu’un accord a été signé en 2011 entre Orange et SFR pour se répartir les zones dîtes moyennement denses, celui-ci semble être aujourd’hui remis en cause par le second. Ce pacte avait été décidé pour éviter la duplication de deux réseaux privés à un même endroit. Mais pour Numéricâble-SFR, l’enjeu est ailleurs : aujourd’hui il a un coup d’avance sur ses concurrents grâce à son réseau câblé qui lui permet déjà de faire du très haut débit. L’hypothèse d’une remise à plat de l’accord semble toutefois difficile, car cela retarderait l’arrivée de la fibre dans les territoires. Et Emmanuel Macron n’a pas caché qu’il s’impatientait de l’avancée de ce dossier.

Dans un tout autre domaine, Europcar a annoncé cette semaine le succès de son émission obligataire de 475 millions d'euros à échéance 2022. Cette émission représente une nouvelle étape du programme de refinancement démarré en juillet 2014. Son produit net sera mis à la disposition d'Europcar à l'issue de l'introduction en Bourse. Europcar l'affectera au remboursement intégral de l'obligation subordonnée à échéance 2018. Le loueur entend également rembourser l'obligation subordonnée à échéance 2017 via le produit de l'augmentation de capital concomitante à l'introduction en bourse envisagée. Les conditions de ces opérations de refinancement sont meilleures que les attentes initiales d'Europcar. D’autant plus que concernant 2015, Europcar a relevé à 125 millions d'euros sa prévision de résultat net.

Mais l’opération la pus spectaculaire de la semaine a été le rachat surprise du Parisien et d’Aujourd’hui en France par Les Échos, filiale de LVMH afin de créer un nouveau poids lourd de la presse française. Une combinaison des deux journaux afficherait une diffusion d’environ 500.000 exemplaires et près de 10 millions de lecteurs numériques. Le rachat inclut aussi la filiale de diffusion du groupe Amaury et son imprimerie de Saint-Ouen, qui devrait fermer prochainement, peut-être dès fin 2015. Selon les informations de WanSquare le groupe de Bernard Arnault n'aurait offert que 50 millions d'euros, soit le quart des 200 millions réclamés par Amaury lors d'une précédente tentative de vente en 2010. L’opération a été menée avec les bons offices de Rothschild & Cie.

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