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Yves de Kerdrel

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Un anniversaire sans lampions
par Yves de Kerdrel

En un an Emmanuel Macron a fait un parcours sans faute sur le plan économique et international, mais plus discuté sur le plan sociétal. Sa popularité se renforce grâce à sa capacité de résistance face aux cheminots. Il lui reste à être aussi ferme face aux zadistes.

06/05/2018 - 07:05 Temps Lecture 13 mn.

Après une visite d’état quasi-historique aux Etats-Unis, Emmanuel Macron est reparti à l’autre bout du monde, d’abord en Australie où il a beaucoup parlé défense avec les autorités locales, très inquiètes face à l’activisme naval chinois dans cette partie du Pacifique, puis en Nouvelle-Calédonie, afin de préparer le référendum qui se déroulera dans quelques mois et dont le résultat est encore très incertain. Après ce déplacement, le Chef de l’Etat doit encore se rendre dans deux semaines à Saint-Pétersbourg à l’invitation de Vladimir Poutine pour des discussions qui porteront sur la Syrie et bien sûr l’Iran. Car, d’ici là, tout le monde s’attend à ce que Donald Trump déchire le fameux accord sur le nucléaire iranien.

Edouard Philippe est resté aux manettes cette semaine. Ce qui lui a permis d’aller passer deux jours dans le Cher avec son gouvernement afin de montrer son attachement à la cohésion des territoires. Comme tous ces séminaires interministériels décentralisés, il y a quelque chose d’un peu artificiel. Mais pour le Premier Ministre, qui s’est révélé être une bonne surprise au cours des douze mois écoulés, cela lui a permis de montrer qu’il existait, soutenu en cela par une bonne couverture du magazine Le Point. Et cela à la veille de sa reprise en main du dossier de la SNCF, ce lundi à travers des discussions avec l’intersyndicale des cheminots.

SATISFECIT DE L’IFRAP

Un an donc après son élection à la magistrature suprême le premier bilan d’Emmanuel Macron est très flatteur dans tout ce qui touche à l’économie. En dépit de la suppression d’un bon nombre d’emplois aidés, les chiffres du chômage sont très satisfaisants. L’investissement des entreprises a nettement redémarré. Les réformes satisfont les entrepreneurs aussi bien que nos voisins européens, en termes de flexibilité du marché du travail, de formation professionnelle ou de fiscalité. Et la trajectoire des finances publiques montre que la France est désormais sortie d’affaires, notamment vis-à-vis de Bruxelles.

Même l’Ifrap, think-tank très libéral, animé par Agnès Verdier-Molinié, qui est régulièrement consultée par les pouvoirs publics, a dressé un premier bulletin de notes très flatteur à l’égard du Président et de l’action du gouvernement. L’Ifrap a analysé les effets potentiels des politiques mises en œuvre par le chef de l'État, notamment les ordonnances réformant le Code du travail et le projet de loi de finances pour 2018. Ses projections s'appuient sur des simulations du modèle macro-économétrique NEMESIS, qui établit deux trajectoires: une trajectoire de référence pour la période 2017-2022 décrivant l'évolution de l'économie française sans prendre en compte les mesures économiques gouvernementales, et une autre trajectoire qui les prend en considération.

LE PROBLEME DE LA DEPENSE PUBLIQUE

D'après les projections de l'Ifrap, les mesures votées par le gouvernement depuis son arrivée au pouvoir permettront de dégager un surplus de croissance de 0,45% sur la période 2017-2022. Grâce à ces mesures, environ 264.000 emplois supplémentaires seraient créés en cumulé à l'horizon 2022, ce qui permettrait une diminution de 0,9 point du taux de chômage par rapport à la trajectoire de référence. Le taux de chômage serait ainsi de 5,9% à l'horizon 2022 (contre 6,8% dans la trajectoire de référence). En revanche, l'Ifrap se montre bien plus critique concernant l'évolution de la dette publique. Sans mesures nouvelles, si la dette baissera en part de produit intérieur brut, elle continuera de progresser en valeur d'environ 280 milliards de plus d'ici la fin du quinquennat, analyse Agnès Verdier-Molinié.

Le seul reproche que font les patrons à l’égard de la politique macronnienne, c’est de n’avoir pas touché à la dépense publique, par peur d’un effet récessif. Sachant que différents instituts établissent à 1,7 le coefficient multiplicateur d’une baisse des deniers publics sur le taux de croissance. Avec les seules mesures structurelles que l'on peut d'ores et déjà identifier, la dépense publique par rapport au PIB serait encore de 54% en 2022, soit toujours 7 points de plus que les pays de la zone euro. Ce qui ne permettra pas au niveau des prélèvements obligatoires de reculer de manière sensible. De fait, la compétitivité de nos entreprises est toujours grevée par les taxes pesant sur la production, notamment pour plus de 72 milliards d'euros par an.

LES NOUVEAUTES DE LA LOI PACTE

La prochaine échéance importante va être la présentation de la loi Pacte à l’occasion du conseil des ministres du 23 mai. Cette semaine les pouvoirs publics ont préparé les esprits au fait que cette loi pourrait ne rien comporter concernant la privatisation de la Française des Jeux et d’Aéroports de Paris. Il faut dire que ces deux opérations ne sont pas populaires. Et dans le cas d’ADP, il y a un problème technique majeur lié aux immenses réserves foncières que possède la société, notamment autour de Roissy. Dans le cas très probable où Vinci se porterait acquéreur de la participation de l’état, le transfert de propriété de ces réserves foncières justifierait une surcote importante par rapport au cours de bourse, ou bien un redécoupage de la société.

Concernant les produits d’assurance-vie, Bernard Spitz, le Président de la Fédération Français de l’Assurance a beaucoup bataillé auprès de Bruno Le Maire qui souhaitait développer les produits de retraite par capitalisation (PERP, loi Madelin…). A priori, des avantages fiscaux plus importants devraient être accordés aux souscripteurs de ces produits, de même que la possibilité d’une sortie en capital, qui était jusqu’ici un obstacle majeur pour les établissements financiers. En contrepartie, Bernard Spitz a obtenu que les contrats EuroCroissance, à l’origine desquels il se trouve, et qui constituent une version plus dynamique du classique fonds euros, avec une garantie en capital (80 à 100 % selon les offres) au terme d’une certaine durée de détention (généralement huit ans) soient rendus plus attrayants. Bernard Spitz a obtenu de Bruno Le Maire que leur fonctionnement soit drastiquement simplifié. Outre un capital garanti, ces fonds offriront un rendement unifié et lisible pour tous les épargnants. L’objectif est ambitieux : puisqu’il s’agirait de multiplier par dix l’encours des fonds euro-croissance, et passer ainsi de 2 à 20 milliards d’euros d’ici deux ans.

UNE INFLATION TROP FAIBLE EN EUROPE

Au chapitre économique, l’actualité est naturellement dominée par les mouvements sur les taux d’intérêt et les anticipations de hausse. La Réserve fédérale a enfin pu annoncer mercredi que le taux d'inflation aux Etats-Unis s'était rapproché de sa cible des 2%. Pour la Banque centrale européenne, en revanche, les chiffres de l'inflation publiés jeudi sont beaucoup moins rassurants. La première estimation de l'inflation dans la zone euro pour le mois d'avril est ressortie inférieure aux attentes, à 1,2% pour l'ensemble des prix à la consommation et 0,7% pour l'inflation hors énergie, alimentation, alcool et tabac. La période de Pâques, qui tombait cette année plus tôt qu'en 2017, est peut-être en partie responsable de ce ralentissement, mais l'inflation de base s'est néanmoins révélée étonnement faible, bien en-deçà du consensus de FactSet qui tablait sur un taux de 0,9%.

L'objectif de la BCE ne porte pas sur l'inflation de base, mais l'institution suivra ce taux très attentivement pour déceler les signes d'un renforcement durable des tensions inflationnistes. Or l'estimation rapide du mois d'avril se situe dans le bas d'une fourchette de 0,6% à 1,2% observée depuis maintenant cinq ans. Le redressement de la croissance l'an dernier a permis au président de la BCE, Mario Draghi, d'évoquer une confiance accrue dans une future convergence de l'inflation globale vers l'objectif de la BCE, soit un taux un peu inférieur à, mais proche de, 2% sur le moyen terme. Un futur qui semble maintenant plus éloigné que jamais.

VICTOIRE D’ELLIOTT FACE A BOLLORE

La zone euro se situant dans une phase nettement moins avancée de son cycle économique que les Etats-Unis, il reste encore des capacités inutilisées à exploiter. Ce n'est pourtant déjà plus le cas en Allemagne, première économie de la zone euro, dont le taux de chômage ressort à ses plus bas niveaux depuis la réunification et dont les contraintes de capacité s'accentuent. L'inflation outre-Rhin a reculé en avril à 1,4% sur un an, contre une moyenne de 1,6% au cours des dernières années. Pour que l'union monétaire atteigne son objectif à brève échéance, il faudrait que l'inflation allemande accélère, or peu d'indices penchent dans ce sens pour le moment. La BCE préfère donc temporiser avant de distiller des informations sur l'évolution probable de sa politique monétaire cette année.

Coté business, le dossier Telecom Italia a connu un nouveau rebondissement lors de l’assemblée générale de vendredi. Les actionnaires de l’opérateur se sont prononcés vendredi en faveur du fonds activiste Elliott Management, par ailleurs très proche du groupe Berlusconi, qui a réussi à placer sa liste de 10 candidats indépendants au conseil d'administration. Tout en disant soutenir le plan industriel du directeur général mis en place par Vivendi - et candidat du groupe français au conseil d'administration- Elliott a marqué sa préférence pour une accélération des cessions d'actifs de Telecom Italia, notamment de son réseau de télécommunications Netco, afin de désendetter le groupe et lui permettre de verser à nouveau un dividende. Elliott a réaffirmé son soutien au directeur général Amos Genish, nommé par Vivendi, tout en demandant au nouveau conseil d'administration d'examiner ses propositions de création de valeur. Vivendi a pour sa part réaffirmé dans un communiqué son engagement de long terme dans Telecom Italia.

Grosse surprise également chez Air France où le référendum d’entreprise initié par Jean-Marc Janaillac pour sortir de la crise sociale actuelle s’est transformé en un vote largement négatif contre son action (55 %). Dés mercredi, il remettra donc son mandat de président au conseil d’administration d’Air France. Il est question que dans un premier temps Anne-Marie Idrac, membre du conseil, assure l’intérim. Mais l’Élysée chercherait un industriel pour reprendre en main la compagnie durement affectée par cette grève, dont le coût est déjà supérieur à 300 millions d’euros. Il est notamment question de nommer Fabrice Brégier, ancien d’Airbus, forcé injustement au départ, après le coup de force de Tom Enders.

DECEPTION A LA SOCGEN

Sur le plan bancaire, autant l’épisode de la démission-succession de François Pérol a été géré de main de maître par l’intéressé qui va retrouver la sérénité de la maison Rothschild à un moment où celle-ci ouvre une nouvelle ère, avec le remplacement de David de Rothschild par son fils Alexandre, autant la réorganisation du staff de la Société Générale a semblé relever du bricolage. Son conseil d'administration a décidé de proposer la reconduction du mandat de directeur général de Frédéric Oudéa pour quatre ans, à l'occasion de l'assemblée générale de la banque, qui se tiendra le 23 mai. Ce dernier qui ne veut voir personne lui faire de l’ombre s'appuiera sur quatre directeurs généraux délégués. Diony Lebot, actuellement directrice des risques, est nommée directrice générale déléguée, en charge des fonctions de contrôle (risques, finance et conformité).

Philippe Aymerich, actuellement directeur général de Crédit du Nord, est nommé directeur général délégué, en charge des activités de banque de détail en France et de sa direction de l'innovation, technologies & informatiques ainsi que des ressources du groupe (informatique, immobilier et achats). Séverin Cabannes, actuellement directeur général délégué en charge des fonctions de contrôle et des ressources du groupe, prend en charge la supervision des activités de banque de grande clientèle et solutions investisseurs (banque de financement et d'investissement). Heureusement Philippe Heim, actuellement directeur financier du groupe, est nommé directeur général délégué, en charge des activités de banque de détail à l'international, services financiers et assurances. Bernardo Sanchez Incera, jusqu'alors directeur général délégué en charge des activités de banque de détail, a décidé de poursuivre sa carrière en dehors du groupe. Quant à William Kadouch-Chassaing, actuellement directeur de la stratégie, il est nommé directeur financier du groupe. Le marché attendait mieux et plus articulé de la part de la Banque de La Défense.

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