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Yves de Kerdrel
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La droite a deux mois pour éviter le drame
par Yves de Kerdrel
Pendant tout ce week-end les tractations s'activent afin de trouver (ou non) un nouveau candidat pour la droite. Tout cela fait la prospérité sondagière d'Emmanuel Macron qui ne peut plus éviter d'apparaitre comme l'héritier de François Hollande.
Comme me le disait en fin de semaine à Londres l'éditeur d'un grand magazine anglo-saxon : "En France vous êtes vraiment très forts. Il y a tellement de rebondissements dans votre vie politique que le scénariste de la série américaine House of Cards ressemble à un amateur". Qui pouvait en effet imaginer que Manuel Valls, encore premier ministre, il y a deux mois n'est plus rien aujourd'hui après sa défaite cinglante face à Benoit Hamon dans le match de la primaire socialiste ? Qui pouvait imaginer qu'Emmanuel Macron, dont personne ne connaît encore le programme, serait aujourd'hui qualifié pour le second tour si l'on en croit de récents sondages ? Surtout qui pouvait imaginer il y a deux mois que François Fillon, champion de la droite, serait aujourd'hui une sorte de fantôme plombé par une minuscule affaire, et que tous ses amis appellent à se désister.
Car depuis jeudi dernier, et la diffusion par France 2 d'une vidéo où Pénélope Fillon déclare n'avoir jamais "assisté" son mari, la plupart des ténors de la droite estiment que la candidature de François Fillon. Il est probable, selon les informations de WanSquare, que l'enquête policière menée actuellement, à la demande du parquet financier, ne débouche sur rien, ou plus précisément sur un classement sans suite. Mais les cafouillages dans la défense du député de Paris - amplifiés par la communication désastreuse gérée par Anne Méaux - l'ont décrédibilisé aux yeux de l'opinion publique. Déjà en début de semaine seulement 28 % des français le jugeaient "honnête". Ce qui est un score terrible pour un candidat qui a construit toute son image sur la probité et l'exemplarité.
QUAND JUPPE POSE SES CONDITIONS
De fait, le quartier général du candidat officiel de la droite est littéralement déserté depuis quelques jours. Les parlementaires et les ténors des Républicains s'activent en revanche tous azimuts pour trouver un Plan B qui puisse sauver la droite en un peu plus de deux mois et faire en sorte qu'elle soit qualifiée pour le second tour de la présidentielle. Alain Juppé a été très sollicité, mais il a posé quatre conditions à son retour. 1. Que François Fillon le lui demande. 2. Que Nicolas Sarkozy le supplie également. 3. Que cent parlementaires lancent un appel public dans la presse. 4. Qu'il puisse reprendre son projet et tirer un trait sur celui de François Fillon qu'il avait vivement combattu. Autant dire qu'à cette heure il y a encore loin de la coupe aux lèvres.
Les autres solutions envisagées tournent autour de trois noms : François Baroin qui en meurt d'envie, Xavier Bertrand qui fait preuve d'une très grande prudence. Et Laurent Wauquiez qui, comme toujours, joue "perso" et semble vouloir brusquer les choses. Il est également question d'un ticket Baroin-Bertrand compliqué à organiser compte tenu de l'ego des uns et des autres. Même le nom de Gérard Larcher revient. Il est aujourd'hui probable que si une décision doit être prise elle le sera soit lundi soir à l'occasion d'un bureau politique des Républicains (toujours tenu par les sarkozystes) ou mardi matin à l'occasion de la réunion hebdomadaire des députés LR.
LES SERVICES FISCAUX POINTES DU DOIGT
Ce qui est certain, c'est que contrairement aux habituelles théories du complot, Nicolas Sarkozy n'est pour rien dans cette affaire. Et lorsqu'il reçoit les uns ou les autres Rue de Miromesnil, il est d'une prudence de sioux. Il a même profité de cette fin de semaine pour partir très loin de la France. En revanche, Rachida Dati est clairement pointée du doigt par les fillonnistes comme l'une des sources possibles du Canard Enchainé. L'autre main armée pourrait être simplement l'Élysée qui est, depuis cinq ans, le premier informateur du journal satirique, avec pour base des documents fournis par l'administration fiscale.
Il reste que dix jours après le début de cette tempête médiatique, François Fillon n’est pas mort. Et l’on aurait bien tort de l’enterrer. D’abord l’homme a une très forte capacité de résistance aux attaques extérieures comme il l’a déjà prouvé dans le passé. Son pari est donc de jouer la montre et d’attendre un classement sans suite. En espérant rebondir ensuite comme la victime d’un coup monté. A la manière de son comportement juste avant le premier tour des primaires et lors de l’entre-deux tours. C'est la raison pour laquelle ses proches pourraient lui organiser pour les 48 heures à venir une émission confession-contrition sur une grande chaine de télévision. Un face à face avec les français lui permettant de s'expliquer et de reprendre la main.
MACRON A MANGE SON PAIN BLANC
Le principal bénéficiaire de tout ce chamboulement politique, avec l'élimination de Manuel Valls et la mise hors-course - peut-être temporairement - de François Fillon, ç'est Emmanuel Macron. Le leader d’En Marche ! a tenu un grand meeting hier à Lyon. Il n'a toujours pas été plus prolixe sur ses mesures de redressement du Pays. Selon les informations de WanSquare, la publication de son projet, qui devait intervenir avant la fin du mois de février, a été repoussée à début mars, c'est-à-dire quarante jours seulement avant le premier tour. C'est dire si sa popularité sondagière du moment ne repose que sur du sable.
Surtout le gros problème que va devoir gérer l'ex-Ministre de l'économie, c'est l'arrivée en masse de députés Vallsistes ou socialistes mais anti-Hamon. Si bien que son mouvement qui se voulait "ni de droite, ni de gauche" va désormais ressembler à une annexe de la Rue de Solferino, avec comme figures de proue, Ségolène Royal, et la plupart des conseillers de l'ombre de François Hollande comme Robert Zarader, Jean-Pierre Mignard ou Bernard Poignant. Tout cela fait désormais d'Emmanuel Macron l'héritier direct de François Hollande, avec ses fidèles et son même goût pour l'ambiguïté.
QUAND LE SPREAD VACILLE
En dehors de cela, il faut noter la prouesse de Benoit Hamon qui ne pesait, il y a une semaine, que 7 à 8 % au premier tour de la présidentielle et qui désormais tutoie les 20 % et pourrait repasser devant Emmanuel Macron, dés que celui-ci aura fait son premier faux pas. Le candidat du "futur désirable" semble avoir séduit un électorat très jeune (souvent des primo-votants) à la manière de Bernie Sanders aux Etats-Unis ou de Jeremy Corbin en Grande-Bretagne. Il est devenu, de facto, le principal ennemi à abattre pour le Medef dans la mesure où il est porteur de toutes les idées fausses sur la fin du travail et donc celle des entreprises.
Au chapitre économique, l’actualité reste liée aux soubresauts de la vie politique tricolore. Cela se traduit par les inquiétudes de certains investisseurs. Mercredi les taux de référence pour l’obligation d’état sont grimpés à 1,13 %, au plus haut depuis dix-sept mois, avant de retomber un peu. Surtout, l’écart entre les taux tricolores et allemands est monté à 0,64 point, retrouvant son niveau d’il y a trois ans. Et celui avec les taux belges est passé à 0,26 point. La principale source d’inquiétude se situe en Asie où les investisseurs commencent à craindre réellement l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen. Ce qui signifierait sortie de l’Euro et explosion de notre dette publique. Un scénario validé par Bloomberg qui estime importantes les possibilités d’élection de la patronne du Front National.
REMONTEE GENERALISEE DES TAUX
Partout dans le monde, et chaque jour, certains gérants se délestent de quelques obligations françaises. Juste au cas où. Car après tout, ils n’avaient pas vu venir le Brexit et la victoire de Donald Trump. A chaque sondage ou rebondissement dans le « Penelopegate », le spread avec l’Allemagne pourrait même remonter encore. La remontée des taux ne signifie pas que les investisseurs ne veulent plus acheter notre dette. Il est important de distinguer ce qui se passe sur le marché secondaire et sur le marché primaire. Sur celui-ci, la dette française s’arrache toujours autant. Pour preuve, les 7 milliards d’euros d’obligations vertes émises par l’État le 24 janvier ont remporté un succès fou. La demande a dépassé les 23 milliards !
Sur le marché primaire aussi, les taux remontent un peu. Mais ce mouvement concerne l’ensemble des pays occidentaux. Et c’est une bonne nouvelle, car cela signifie que l’économie va mieux. De plus, lorsqu’elle s’accompagne d’une croissance suffisante, la hausse des coûts d’emprunt n’est pas un problème pour les finances publiques car les recettes fiscales augmentent elles aussi. Le vrai test commencera donc après les élections présidentielle et législatives. Lorsque les inquiétudes politiques cesseront de parasiter leurs réflexions, les investisseurs se concentreront de nouveau sur la santé réelle de notre pays. Et la capacité du nouveau président à l’améliorer. Si ce dernier ne convainc pas, le spread reflétera alors surtout notre moindre performance économique face à celle de l’Allemagne…
TRUMP S’ATTAQUE A LA REGLEMENTATION FINANCIERE
En fin de semaine, et comme il s’y était engagé, Donald Trump a lancé officiellement le processus de démantèlement de la réforme sur la réglementation financière menée par Barack Obama au lendemain de la crise de 2008. Le président américain a signé deux décrets qui visent à revenir sur la loi Dodd-Frank votée en 2010 par le Congrès. Le geste est pour le moment symbolique. Le premier décret donne cent vingt jours au secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, pour faire des recommandations dans l’objectif d’amender cette loi, dont le but était de renforcer la stabilité du secteur financier. Mais, in fine, toute abrogation substantielle de la loi nécessitera l’accord du Congrès.
Dans un premier temps, le Congrès devra se saisir des modifications, avant que les régulateurs interprètent la nouvelle loi et disent comment elle devra être appliquée. Cela peut prendre des années. En revanche, à court terme, la nouvelle administration peut tenter d’affaiblir certains régulateurs en mettant, par exemple, à leur tête des dirigeants avec des positions beaucoup plus conciliantes à l’égard des banques ou en réduisant leurs moyens. Deux dispositions sont particulièrement dans le viseur de Donald Trump. Il s’agit d’abord de s’attaquer à la règle dite « Volcker » qui interdit aux établissements bancaires de pratiquer la spéculation pour leur propre compte. Autre point de la loi Dodd-Frank dans le collimateur : le Bureau de protection financière des consommateurs. Cette agence est chargée de réguler les prêts hypothécaires et les cartes de crédit, qui avaient fait l’objet de nombreux abus au cours de la crise financière de 2008.
LONDRES CHERCHE A MINIMISER LE BREXIT
Donald Trump souhaite permettre aux banques de prêter de nouveau. Le nouveau président estime que les établissements financiers sont trop contraints par la réglementation pour faire des crédits. En l’allégeant, il espère améliorer la situation des Américains. Cette vision est toutefois partiellement contredite par les chiffres. Selon les statistiques de la Réserve fédérale le montant total des prêts auprès des établissements ont dépassé les 9 000 milliards de dollars en 2016, soit 25 % de plus qu’en 2013. Certes le montant total des prêts accordés aux PME n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant-crise, mais, désormais, les banques sont obligées d’être beaucoup plus scrupuleuses sur les capacités de remboursement de leurs clients.
Le fameux Livre blanc sur le Brexit a été enfin publié jeudi par le gouvernement britannique au lendemain d’un vote massif du Parlement, autorisant Theresa May à déclencher la procédure de divorce. Ce document de 75 pages reprend les principaux points développés le 17 janvier par la première ministre, lorsqu’elle avait annoncé à ses « frères d’Europe » sa décision de rompre avec le marché unique européen, tout en réclamant un statut douanier favorable. Annoncé comme stratégique, le Livre blanc dresse en réalité un catalogue des ambitieux objectifs de Londres sans préciser la méthode retenue pour les atteindre.
PLAIDOYER POUR UN ACCORD DE LIBRE-ECHANGE
En matière économique, il est de nouveau question de parvenir à un accord de libre-échange ambitieux et global avec l’Union européenne, afin d’établir les relations commerciales les plus libres et les plus fluides possible en matière de biens et de services. Le déficit commercial du Royaume-Uni avec l’Union est, comme de coutume, présenté comme un avantage pour les Britanniques. Ce qui signifie que l’Europe aurait davantage à perdre de l’établissement de barrières douanières que Londres. Une autre vision consiste à mettre en regard le fait que 46 % des exportations du Royaume-Uni sont destinées à l’Europe tandis que le Royaume-Uni ne représente que 5 % du commerce extérieur des Vingt-Sept.
Le Livre blanc décrit la City de Londres comme la seule plate-forme financière mondiale dont continuera de dépendre l’Union Européenne. Celle-ci aurait donc intérêt à rechercher des arrangements en vue d’une coopération mutuelle. Sur la question sensible du futur statut des expatriés, le document s’en tient à la position connue depuis des semaines : Londres souhaite stabiliser le droit au séjour et au travail des Européens. Mais le gouvernement britannique, faisant mine d’oublier qu’il est en position de demandeur et que les Vingt-Sept souhaitent négocier collectivement ce dossier, assure que cela n’a pas été possible jusqu’à présent faute d’une garantie de réciprocité pour ses ressortissants.
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Éditorial / Yves de Kerdrel
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22/01/2017 - 07:27

