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Yves de Kerdrel
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L’affaire Hulot embarrasse l’exécutif
par Yves de Kerdrel
Après une séquence corse très réussie où le Chef de l’état est resté ferme sur les grands principes républicains, il a dû gérer à son retour les dégâts collatéraux de l’affaire Nicolas Hulot. Une affaire d’autant plus gênante qu’elle pourrait en cacher d’autres...
La semaine avait pourtant bien commencé pour Emmanuel Macron avec sa séquence corse très réussie, et les messages clairs qu’il a délivrés à destination des indépendantistes. Un non à l’amnistie, un non au statut de résident et un non à la reconnaissance de la langue corse, dont Jean-Claude Casanova reconnaît lui-même qu’il ne s’agit que d’un dialecte oral. Ces trois niets ont été très largement approuvés par l’opinion publique comme l’a démontré un sondage publié en fin de semaine par le Figaro. Le seul bémol de cette séquence a été la rencontre –prétendument – impromptue avec la femme d’Yvan Colonna, l’assassin du Préfet Erignac, qui a interpellé le Chef de l’État sur les conditions de détention de son mari. Soit cette rencontre a été organisée par les services de communication de l’Élysée, en présence de toutes les télévisions, soit n’importe quel inconscient aurait pu approcher le Chef de l’État et l’agresser.
Mais là dessus est arrivée l’affaire Hulot révélée par le journal Ebdo vendredi dernier. En fait c’est l’intéressé lui-même qui a dévoilé son affaire sur BFM TV la veille afin de déminer le terrain. De quoi s’agit-il ? D’une prétendue agression sexuelle sur une salariée de la Fondation Hulot, aujourd’hui en poste au cabinet de François de Rugy. Ce que l’intéressée a elle-même démenti. Et d’une plainte pour viol déposée en 2008 par la petite-fille de François Mitterrand sur des faits ayant eu lieu en 1997. Nicolas Hulot se défend en expliquant que la plainte a été classée sans suite. Le problème c’est qu’elle n’a pas été instruite à cause des délais de prescription. La famille Mitterrand, si elle s’est désolidarisée de l’article à charge a tout de même tenu à expliquer par avocat interposé qu’elle contestait la version du Ministre quant au fameux viol qu’il nie avoir exécuté sur la fille de Gilbert Mitterrand.
PAS DE LISTES TRANSNATIONALES AUX EUROPEENNES
Naturellement Édouard Philippe et Emmanuel Macron ont très vite pris la défense du Ministre d’état. Et plus que cela ils l’ont incité à tenir bon selon nos informations. D’après Gérard Collomb, toujours très bavard sur le déroulement des conseils des ministres, le président de la République a exprimé sa compréhension face à des moments difficiles vécus par Nicolas Hulot à qu'il a expliqué qu'il devait tenir. Il n’est pas question ici d’amplifier ces affaires sordides, comme cela l’a été il y a quelques semaines pour Gérald Darmanin. Mais il reste que le Chef de l’Etat et celui du gouvernement se placent dans une situation difficile en jetant un doute sur la séparation des pouvoirs, entre l'exécutif et le judiciaire. Selon certaines sources, d’autres informations pourraient paraître concernant Nicolas Hulot, mettant à mal sa stratégie de défense et le forçant à quitter le gouvernement. Mais dans ce domaine la prudence s’impose.
En dehors de ces péripéties, Emmanuel Macron prépare les prochaines élections. Le Parlement européen, réuni en plénière à Strasbourg, a voté mercredi, à une forte majorité de 368 voix contre 274, contre la création de listes transnationales lors des élections européennes, une idée défendue avec passion par Emmanuel Macron. C’est la droite du Parti populaire européen, alliée pour l’occasion aux eurosceptiques (dont les conservateurs britanniques, qui ne seront pourtant plus là lors des élections européennes de mai 2019), aux europhobes et à une partie des députés d’Europe centrale et orientale et d’Europe du Nord allergiques à toute intégration européenne supplémentaire, qui a infligé ce camouflet au chef de l’État français, alors que la commission des affaires constitutionnelles du Parlement en avait validé le principe à une large majorité.
PRIORITE AUX MUNICIPALES
Malgré tout, Emmanuel Macron a obtenu un lot de consolation. Puisque la France gagne dans l’affaire cinq sièges de députés européens supplémentaires, la représentation française passant de 74 à 79. En effet, les 73 sièges (sur 751) que les députés britanniques occupent deviendront vacants le 31 mars 2019 : si, en bonne logique, le nombre d’eurodéputés aurait dû passer de 751 à 678, le Parlement a préféré utiliser une partie de ces sièges pour corriger les déséquilibres les plus scandaleux dans la représentation des citoyens européens.
Mais de fait la priorité pour Emmanuel Macron comme pour Christophe Castaner devient la séquence des élections municipales de 2020. Et pour cause, le scrutin s'annonce périlleux. Les sénatoriales de l'automne dernier, puis les législatives partielles perdues il y a une semaine l'ont montré : le parti du président manque encore cruellement d'implantation politique territoriale. Un scrutin comme les municipales se prépare donc dès maintenant. Le 26 janvier dernier, Christophe Castaner, délégué général de LREM, a donc désigné quatre délégués nationaux aux Élections et aux Territoires, chargés de piloter la stratégie du parti en vue des européennes et des municipales. Avec le sénateur François Patriat, la députée Marie Guévenoux et l'ancienne sénatrice Bariza Khiari, Pierre Person, député de Paris, a hérité de cette lourde tâche.
L’ENJEU MAJEUR DE PARIS
Le parti d’Emmanuel Macron n'a ni les moyens ni l'envie de prendre les 36.000 communes de France d'assaut. Tout l'enjeu pour le mouvement est donc de diviser les villes en deux catégories. D'un côté, les forteresses ennemies où LREM n'aura d'autre choix que de partir au combat avec ses propres listes. De l'autre, les endroits où les maires sont Macron-compatibles et des alliances envisageables. En 2020, Emmanuel Macron devrait d'abord s'attaquer aux bastions socialistes : Lille, le fief de Martine Aubry, mais aussi Nantes, Rennes, Brest, Rouen ou encore Strasbourg. Et bien sûr, Paris, convoitée par le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. L'ancien secrétaire d'État à Bercy a repéré les arrondissements clefs que LREM peut prendre dans deux ans.
À Marseille aussi, où l'indéboulonnable maire de droite Jean-Claude Gaudin ne se représentera pas en 2020, LREM compte partir au combat. Et même si le nom de Christophe Castaner est avancé pour s'emparer de la cité phocéenne, rien n'est gagné. Impossible aussi pour LREM de ne pas être présent à Toulouse. À l'inverse, dans une cinquantaine de grandes villes, LREM espère bien pouvoir négocier avec les élus sortants ou leurs équipes. C'est le cas à Vannes, Quimper, Le Mans, ou encore Valenciennes. À Nice, Christian Estrosi a été l'un des élus LR à montrer le plus d'allant à l'égard d'Emmanuel Macron. Logiquement, Alain Juppé ne devrait pas voir fleurir de liste LREM à Bordeaux s'il garde le même état d'esprit bienveillant à l'égard du gouvernement. Tout l'enjeu consiste donc à définir ce qu'est le macronisme au niveau local, puis une stratégie d'implantation.
5000 MILLIARDS PARTIS EN FUMEE
Au chapitre économique l’actualité a été marquée par le retournement net de la majorité des marchés boursiers dans le sillage d’une hausse des rendements de la plupart des obligations d’état. En l’espace de quelques jours ce ne sont pas moins de 5.000 milliards de dollars qui sont partis en fumée sur les marchés d’actions. A noter aussi la déconnexion historique entre le Vix, l’indice de la volatilité outre l’Atlantique et son équivalent européen. La correction boursière n'a pas encore modifié les prévisions économiques globales et il n'appartient pas aux régulateurs d'éviter aux investisseurs de subir des pertes, a déclaré vendredi Andreas Dombret, membre du directoire de la Bundesbank. L'annonce, il y a dix jours d'une hausse prononcée des salaires aux Etats-Unis a renforcé le scénario d'une accélération de l'inflation, contribuant à une montée des rendements sur le marché obligataire. Depuis, les marchés actions connaissent une poussée de fièvre. L'indice mondial MSCI a enregistré sa baisse hebdomadaire la plus marquée depuis septembre 2011, quand les craintes de défaut de la Grèce étaient les plus fortes et que la zone euro menaçait d'éclater.
Cette agitation sur les marchés a également mis en lumière des instruments de marchés complexes liés à la volatilité. Credit Suisse et Nomura ont ainsi été contraints de retirer un certain nombre de produits financiers liés à la volatilité des marchés actions après les pertes qu'ils avaient enregistrées. La remontée des anticipations d'inflation a pu aussi soutenir les cours de métal jaune, mais la récente accélération des premières n'a pas empêché le retournement des seconds. La relation entre les anticipations d'inflation à long terme aux Etats-Unis et les cours de l'once d'or est d'ailleurs très instable. En revanche, les cours de l'or sont traditionnellement très étroitement corrélés aux rendements réels américains - rendements nominaux diminués de l'inflation - qui se sont fortement redressés depuis le début de l'année sans entraver la progression du métal jaune, jusqu'à la fin janvier.
THIERRY BOLLORE, DAUPHIN DE GHOSN ?
Par ailleurs dans ce contexte de fébrilité des marchés la France et l'Allemagne ont saisi le G20 pour lui proposer des mesures de régulation du bitcoin, la crypto monnaie dont le cours a perdu la moitié de sa valeur depuis décembre. Le bitcoin valait environ 8.500 dollars vendredi, alors qu'il avait atteint près de 18.700 dollars en décembre. Cette monnaie virtuelle qui permet d'effectuer des transactions internationales parfaitement anonymes est accusée notamment de servir d'outil de blanchiment pour des réseaux criminels. Il doit s'agir notamment de définir correctement le bitcoin et ses cousins, en affirmant qu'il ne s'agit pas de monnaies au sens propre, mais plutôt de crypto-actifs. Il s'agit également de construire un corpus commun au niveau du G20 sur la protection des investisseurs non-professionnels. Selon les experts, la capitalisation totale des crypto monnaies est aujourd'hui de l'ordre de 300 à 400 milliards de dollars, à comparer avec une masse monétaire totale de la zone euro de 7.500 milliards d'euros.
Du côté du business, la succession de Carlos Ghosn se précise comme nos l’écrivions ici il y a une semaine. Selon nos informations l'allemand Stefan Mueller, directeur délégué à la Performance de Renault dont le nom était cité pour seconder Carlos Ghosn, va quitter le constructeur automobile, ce qui devrait laisser le champ libre à Thierry Bolloré pour le poste de numéro deux. Stefan Muller est Chief Performance Officer (CPO) depuis 2016. Avec son départ, il est probable que Renault annonce la nomination de l'actuel directeur délégué à la Compétitivité (CPO) Thierry Bolloré au poste de directeur général délégué (Chief Operating officer) du groupe français, lors de la publication de ses résultats annuels vendredi prochain.
L’OREAL PREPARE L’APRES NESTLE
Stefan Mueller et Thierry Bolloré ont tous deux rejoint Renault en 2012. Agé de 54 ans, Thierry Bolloré a commencé sa carrière chez Michelin avant de rejoindre Faurecia en 2005, puis Renault en septembre 2012. En prévision d'une nouvelle feuille de route pour l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi et de la redéfinition de la gouvernance qui l'accompagnera éventuellement à terme, Carlos Ghosn a déjà cédé la direction opérationnelle de Nissan à un numéro deux pour n'en conserver que la présidence, comme chez Mitsubishi. Renault, qui échappait encore à ce schéma, devrait finalement avoir choisi un Français pour seconder Carlos Ghosn. L'homme fort du constructeur français et de l'alliance avec ses deux partenaires nippons n'a plus de véritable numéro deux chez Renault depuis 2013, année du départ de Carlos Tavares.
De la même manière les choses commencent à se préciser autour de L’Oréal dans le sens que nous avions indiqué. Le groupe s'est dit prêt à racheter la participation de Nestlé dans son capital si le groupe suisse souhaitait la céder. Le PDG de l'Oréal Jean-Paul Agon a réaffirmé que le groupe avait les moyens de racheter les 23,2% de Nestlé mais que la balle était dans le camp du géant suisse de l'agroalimentaire. La part de Nestlé dans L'Oréal est valorisée à 22,5 milliards d'euros, celle de L'Oréal dans Sanofi à 7,5 milliards. Si Nestlé veut vendre sa part, un jour, nous serions prêts à la racheter, a indiqué Jean-Paul Agon. Le suisse, qui a déjà cédé une participation de 8% dans L'Oréal en 2014, est sous la pression du fonds activiste américain Third Point, qui réclame notamment qu'il se sépare d'actifs non stratégiques comme sa part dans le groupe français.
GROS SHORT SUR VALLOUREC ET SODEXHO
Les analystes rappellent qu'un éventuel rachat de la part de Nestlé par L'Oréal serait relutif, l'opération qui serait suivie d'une annulation de titres ferait mécaniquement progresser le bénéfice net par action du groupe français. Le pacte d'actionnaires liant Nestlé à la famille Bettencourt-Meyers, premier actionnaire de L'Oréal avec 33% du capital, arrivera à échéance le 21 mars 2018, six mois après le décès de Liliane Bettencourt, fille du fondateur du groupe français. Ce pacte leur interdit d'accroître leurs parts respectives dans le géant mondial des cosmétiques. Le suisse est en revanche libre de céder sa participation à qui bon lui semble depuis 2014, date de la fin des accords de préemption passés entre les parties. Les héritiers de Liliane Bettencourt ont pour leur part déjà exprimé à plusieurs reprises leur attachement et leur engagement envers L'Oréal.
Demain on regardera avec attention les résultats annuels de Coface, de Icade, De Michelin et de la Foncière Lyonnaise. Mardi, on suivra ceux de Kering et de Natixis. Mercredi, on attendra ceux du Crédit Agricole, d’Imerys, de Mercialys, de Rexel et de Solocal. Jeudi, ce sera au tour d’Air Liquide, d’Airbus, de CapGemini, d’Ipsen, de Nexans, de Plastic Omnium, de Schneider, de Vivendi et de Nestlé. Enfin la semaine devrait se terminer avec les publications de résultats de Air-France KLM, de Danone, de EDF et d’Eutelsat Communications. Par ailleurs il faudra surveiller l’évolution de l’action Bic qui a fait l’objet de nombreuses positions « short » la semaine passée. Mais de toutes les actions françaises, ce sont Sodexho et Vallourec qui restent les plus survendues avec pas moins de 11 % du capital en short.
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