éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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Week-end de tous les dangers pour la majorité
par Yves de Kerdrel
La conjonction de la révolte des bonnets rouges, de la protestation des routiers qui menacent de paralyser le pays, et de la marche fiscale du Front de Gauche crée un climat électrique dans le pays. Et réduisent à néant les marges de manoeuvres retrouvées par Jean-François Ayrault depuis deux semaines.
01/12/2013 - 08:05
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L'effet d'annonce de la grande réforme fiscale annoncée par Jean-Marc Ayrault il y a moins de deux semaines aura vite tourné court. D'abord parce que les couacs se multiplient au sein même de la majorité sur les contours de cette réforme. Depuis qu'elle a été annoncée dans une interview aux Échos, la petite musique autour du coup de force de Matignon sur la réforme fiscale, relayée par certains au sein de la majorité, a tendu les relations entre François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Le président n'a pas apprécié non plus l'acte d'autorité du premier ministre, qui a fait fuiter le départ programmé des directeurs du Trésor et du Budget. A tel point que le week-end dernier, selon les informations recueillies par WanSquare dans l'entourage présidentiel le chef de l'État, furieux, a appelé son premier ministre.
Lundi dernier, à l'occasion de leur déjeuner hebdomadaire François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont reparlé à nouveau longuement de cet incident. Et pour couper court à l'hypothèse d'une dissension au sein du couple exécutif, le chef de l'État est convenu d'intervenir au Conseil des ministres mercredi, pour accompagner la remise à plat fiscale. De manière à rectifier l'impression de flottement qu'il avait pu donner. Il reste que la fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG, qui serait au c?ur de cette réforme, est de plus en plus contestée. A commencer par une étude réalisée à la demande du Parlement et bouclée début 2012, qui a été menée par la direction de la législation fiscale et la direction de la Sécurité sociale. Sur le papier, la fusion de l'IR et de la CSG doit permettre de rendre la CSG plus progressive. Celle-ci représente des recettes considérables ? 90 milliards d'euros par an ? alors que son taux n'augmente pas en fonction des revenus des contribuables. Mais rapprocher les deux impôts présente des risques très nombreux, listés dans le détail par les auteurs, le principal écueil résidant dans les transferts d'impôts massifs et non maîtrisés qui en résulteraient.
LE RAPPORT QUI GENE AYRAULT
Trois scénarios ont été testés dans ce rapport resté secret. Ce qui est intéressant, c'est que dans tous les cas, le nombre de perdants excède 9 millions de foyers, et 35?% à 45?% des perdants disposent de moins de 26.000 euros de revenus. Près de 1 million de foyers perdants déclarent en outre moins de 14.000 euros de revenus. Les familles avec enfants apparaissent également perdantes car une partie des sommes consacrées à la famille est dirigée vers les non-imposables. Les trois scénarios, enfin, conduisent à une légère baisse de la pression fiscale sur les salaires et une hausse mesurée pour les pensions.
Ce rapport qui va bientôt se retrouver dans la presse tombe bien mal pour Jean-Marc Ayrault. D'autant plus que ce week-end, plusieurs cortèges battent le pavé, à Paris et en région. Le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon organise aujourd'hui une marche sur Bercy, pour dénoncer la hausse de la TVA en 2014 et appeler à une révolution fiscale en France. De son côté, le mouvement des bonnets rouges - né il y a plusieurs semaines pour protester contre l'écotaxe - a mené un rassemblement à Carhaix pour réaffirmer ses revendications pour l'emploi et la Bretagne. Par ailleurs certains routiers ont également bruyamment manifesté hier autour de la capitale, pour obtenir l'annulation de l'écotaxe, alors que Matignon a précisé vendredi qu'aucune date n'était arrêtée pour l'entrée en vigueur de cette mesure.
COUACS EN STOCK SUR LE CHOMAGE
La multiplication des mécontentements catégoriels s'accentue et prennent tous racine dans le fameux ras-le-bol fiscal, sur fond de grogne de l'opinion: selon un sondage Tilder-LCI-OpinionWay publié jeudi, huit Français sur dix se déclarent mécontents de la politique économique et sociale du gouvernement. Une insatisfaction qui augmente par rapport au mois dernier. Dans ce contexte le nouveau couac intervenu à l'occasion de la publication des chiffres du chômage pour octobre ne va pas contribuer à lever le doute des français. D'abord les chiffres ne marquent toujours d'inversion réelle du nombre de vrais chômeurs. Ensuite, le nettoyage des statistiques brouille le message présidentiel. Enfin les 85.000 contrats aidés financés avec l'argent du contribuable ne sont même pas suffisants pour permettre à François Hollande de tenir sa promesse.
Un nouveau front périlleux pour le gouvernement pourrait s'ouvrir dés demain à 9 heures précises avec la remise au Premier Ministre du rapport commandé début octobre à Jean-Paul Bailly, l'ex patron de La Poste, suite à la fronde des bricoleurs du dimanche. Fruit d'une soixantaine d'auditions menées avec le soutien de la Direction générale du travail, le rapport s'attache avant tout à clarifier et simplifier un cadre juridique unanimement décrit comme "kafkaïen". Selon les informations obtenues par WanSquare Jean-Paul Bailly continue d'estimer, dans ce rapport que "le dimanche doit rester un jour différent". Dans ces conditions le rapport repousse toute dérogation à de nouveaux secteurs. En revanche, pour le bricolage, "une dérogation transitoire" pourrait toutefois être accordée, le temps que la réforme plus globale soit adoptée. Par ailleurs le rapport va recommander une vaste remise à plat, en redéfinissant, par un dialogue social local, les zones où le travail dominical est autorisé. Enfin, dans les futures zones où le travail dominical sera autorisé, des accords collectifs devront définir les contreparties pour les salariés concernés (majoration salariale, repos compensatoire, etc.).
FILLON CONTINUE A DEVISSER
Du côté de l'opposition, c'est toujours le grand calme plat. En attendant la publication par Jean-François Copé d'un grand projet en janvier prochain. Une chose est certaine : Nicolas Sarkozy reste le candidat préféré des sympathisants UMP pour porter les couleurs du parti à la présidentielle de 2017 avec 60%, loin devant François Fillon, en nette baisse, selon un sondage Ifop pour Atlantico. La candidature de l'ancien chef de l'État est souhaitée par 60% des sympathisants UMP, contre 62% en septembre et 54% en août. Il devance nettement Alain Juppé, stable à 13%, et François Fillon, qui recule de 5 points entre septembre et novembre pour atteindre 7%. Suivent ensuite Christine Lagarde et Laurent Wauquiez (4%), Nathalie Kosciusko-Morizet (3%) et Bruno Le Maire (2%). La candidature du président de l'UMP, Jean-François Copé, n'est elle voulue que par 1% des sympathisants.
Sur le plan macro-économique, l'inquiétude gagne à nouveau les prévisionnistes s'agissant du continent européen. En effet, au cours du mois d'octobre, l'octroi de crédits au secteur privé en Europe a reculé de 2,1 %, après un repli de 2 % en septembre, selon les statistiques publiées jeudi 28 novembre par la Banque centrale européenne (BCE). Si l'on excepte août, il s'agit de la plus forte contraction mensuelle enregistrée en la matière depuis le début de la crise. Le constat est très alarmant du côté du crédit aux entreprises non financières : ils se sont effondrés de 3,7 % sur un an, après - 3,6 % en septembre. Mais tous les pays ne sont pas dans ce domaine logés à la même enseigne. Si les entreprises françaises ne s'en sortent pas trop mal, avec des prêts en recul de 0,6 % seulement sur un an, leurs homologues italiennes ont vu les leurs plonger de 5,7 %, les portugaises de 6,6 % et les espagnoles de 19,3 %. Selon toute vraisemblance, ce sombre tableau devrait convaincre la BCE de prendre de nouvelles mesures susceptibles de relancer le crédit. Depuis le 7 novembre, date où elle a baissé son principal taux directeur à 0,25 %, ses membres ne cessent d'ailleurs de répéter qu'ils disposent de nombreuses armes pour agir sur l'économie. Et qu'ils n'hésiteront pas à les utiliser en cas de besoin.
ENATTENDANT LA BCE JEUDI
Le 20 novembre dernier, un article du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, passé inaperçu de ce coté-ci du Rhin, a ainsi révélé que l'institution envisageait d'accorder un nouveau prêt massif aux banques, via un nouveau LTRO (long term refinancing operation). Mais contrairement aux deux précédentes opérations de ce genre, grâce auxquelles les établissements de crédit s'étaient vu accorder un prêt de 1 000 milliards d'euros au total sans condition, seules les banques qui en contrepartie accroîtront leurs crédits aux entreprises pourraient cette fois en profiter.
D'autres sources soufflent aussi que la BCE étudie le rachat de titres de dette privée. Ou encore, la mise en place d'un taux de dépôt ? celui rémunérant les liquidités que les banques placent dans ses coffres ? négatif. De quoi les inciter à augmenter leurs prêts à l'économie. Il n'est pas sûr, cependant, que la BCE annoncera de telles mesures lors de sa prochaine réunion, jeudi 5 décembre. Car certains de ses dirigeants, en particulier les Allemands Jorg Asmussen et Jens Weidmann, s'y montrent très réticents. Tout le problème qui se pose aux grands argentiers européens, c'est qu'en février ou en mars, la Réserve fédérale américaine devrait annoncer la réduction de ses colossaux achats d'actifs sur les marchés, soit 85 milliards de dollars par mois (62 milliards d'euros). Une mesure qui, par ricochet, pourrait faire grimper les taux d'intérêt en zone euro, menaçant ainsi la reprise.
BAL TRAGIQUE AU SEIN DU CAC 40
Du côté des affaires la semaine a été marquée par deux grands dossiers. D'abord PSA avec le débarquement peu nuancé de Philippe Varin de la présidence du directoire de PSA-Peugeot-Citroën et son remplacement par Carlos Tavares (ex-Renault). Même si cette transition interviendra dans quelques mois rien ne justifiait une telle précipitation dans l'annonce et une aussi mauvaise communication. Les débats au sein du conseil de surveillance du constructeur automobile auraient été assez houleux sur ce sujet. Avec un Thierry Peugeot, président de cette instance, très désireux d'en finir avec Philippe Varin, et des membres indépendants bien plus indulgents à l'égard du travail effectué par l'ancien patron de Corus. S'en est suivie l'incroyable histoire de sa retraite chapeau à laquelle il a renoncé sous la pression conjointe de Pierre Pringuet et de Pierre Gattaz. Sans que le Parti socialiste ne renonce de son côté à légiférer sur cette question. A ce quitte ou double, le patronat pourrait donc tout perdre alors qu'il espérait protéger sa fameuse autorégulation.
L'autre dossier important concerne la prise de pouvoir de Vincent Bolloré chez Vivendi. L'industriel breton est désormais assuré de présider aux destinées du groupe, avec seulement 5 % du capital. Il aura également, de fait, comme c'était déjà le cas pour Jean-René Fourtou, après le départ de Jean-Bernard Lévy, la mainmise sur le directoire. Il se murmure même que le successeur de Philippe capron, l'actuel directeur financier de Vivendi, en partance pour Veolia, serait Hervé Philippe, actuellement directeur financier d'Havas. Agé de 55 ans, il a longuement travaillé à la COB avant de rejoindre la Sagem où il a été directeur financier. Depuis novembre 2005, Hervé Philippe est Directeur Financier du Groupe Havas.?En mai 2010, il a été nommé Directeur Général Délégué du groupe.
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