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Yves de Kerdrel

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Hollande a perdu une occasion de se taire
par Yves de Kerdrel

La prestation télévisée du Chef de l’Etat a été un succès d’audience, mais s’est révélée catastrophique tant sur le fond que sur la forme. Au lendemain de cette opération l’entourage du Président de la République était abattu. Quant au Premier Ministre, il préparerait son départ juste après le vote de la réforme territoriale et de la loi Macron.

09/11/2014 - 08:18 Temps Lecture 14 mn.

Tout le petit monde médiatico-politique attendait beaucoup de la prestation télévisée de François Hollande programmée jeudi dernier, trente mois précisément après son élection et trente mois avant la prochaine élection présidentielle. D’aucuns pensaient même que cette émission diffusée à la fois sur TF1 et sur RTL serait l’occasion pour le chef de l’Etat d’aborder le sujet de la réforme institutionnelle et l’instauration de la proportionnelle pour les élections législatives. Au lieu de cela les téléspectateurs ont eu droit à une fausse confession intimiste et à un dialogue décalé avec quatre français avant une interview un peu fade avec les deux journalistes vedettes de l’émission.

En fait François Hollande a surtout fait apparaître une impression de décalage, avec les français, voire même un sentiment de franche impuissance. Il n’est pas certain que la parole présidentielle, s’en trouve revalorisée. La confrontation fut particulièrement cruelle avec Joëlle, demandeuse d’emploi à Drancy, et Karine, patronne d’une entreprise familiale dans le Nord. Le président a eu beau tenter de saisir ces occasions pour défendre son contrat de génération ou son pacte de responsabilité, une saisissante forme d’inadaptation du propos aux besoins de ses interlocuteurs s’est fait jour.

Quant à la dernière partie de l’émission, elle a été l’occasion, une fois encore, pour François Hollande recadrer son Premier Ministre en déclarant Manuel Valls « est un bon premier ministre, il applique la politique que j’ai moi-même fixée. Toutes les réformes qui ont été engagées, je les ai décidées, décidées moi-même. » Des déclarations accueillies très froidement mais sereinement par un Manuel Valls en déplacement à l’étranger. Ce qui lui a permis d’éviter d’avoir à faire le service après-vente de l’émission.

Juste avant cette émission un nouveau sondage avait fait apparaître, une cote de popularité de 12 % pour le Chef de l’Etat. Du jamais vu dans l’histoire politique française. Ce socle de soutiens de François Hollande se situe toujours parmi les électeurs socialistes. Toutefois, il n’y compte que 41 % de satisfaits, selon l’IFOP. Détail curieux : s’il atteint son niveau le plus faible chez les ouvriers, à hauteur de 10 % selon l’IFOP, c’est parmi les professions libérales et les cadres supérieurs, soit au sein l’électorat de gauche aisé, qu’il est le plus soutenu, à 23 %.

Dans l’entourage de Manuel Valls, on insiste sur le fait que le Premier Ministre ne veut plus se faire aspirer à la baisse par le Chef de l’Etat. Selon certains il aurait décidé de quitter son poste juste après le vote du premier volet de la réforme territoriale et celui de la loi Macron. Deux textes très réformistes dont il pourra se prévaloir par la suite. C’est ce qui explique qu’il ait si facilement lâché du lest, jeudi dernier face aux conseillers généraux réunis à Pau, à l’occasion du congrès de l’Assemblée des départements de France en se faisant le grand défenseur du département, soulignant le besoin de cet échelon intermédiaire entre les régions et les communes.

Cela étant, le gouvernement voit revenir sous une autre forme le mouvement des « pigeons » qui avait éclos il y a deux ans. Le Medef et la CGPME ont décidé d’organiser une mobilisation contre la politique du gouvernement de Manuel Valls à partir du 1er décembre. Le vice-président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a annoncé, vendredi, au lendemain de l'intervention télévisée de François Hollande, cette mobilisation des patrons lors d'une interview à BFM. « On va simplement manifester sous diverses formes. Il y aura des réunions, il y aura des témoignages, certains descendront peut-être dans la rue pour dire le ras-le-bol et la souffrance des patrons français ».

La plupart des organisations patronales se sont montrées unies ces dernières semaines pour envisager une mobilisation, notamment contre la loi Hamon, mais sans en préciser jusqu'ici la forme, ni la date précise. Le vice-président du Medef s'exprimait au lendemain de l'intervention de François Hollande sur TF1, jugeant le discours pas à la hauteur. De son côté la CGPME compte appeler les petits patrons à descendre dans la rue le 1er décembre, pour deux manifestations nationales (une à Paris, et l'autre à Toulouse), sur le thème « Arrêter de cadenasser l'entreprise ».

A droite, la campagne de Nicolas Sarkozy a été relancée vendredi soir par le meeting qu’il a effectué porte de Versailles, avec un discours préparé par Henri Guaino. L’équipe qui entoure l’ancien Chef de l’Etat et qui est dirigée, sur le plan des thèmes politiques, par Pierre Giacometti, a pris de manière sérieuse le sondage Odoxa publié par le Parisien il y a une semaine où le retour de Nicolas Sarkozy était jugé « raté » par 75 % des Français et 57 % des sympathisants de droite. De surcroit l’ancien chef de l’Etat chute de manière continue dans les sondages depuis qu’il est redescendu dans l’arène politique, il y a un mois et demi. Aussi bien chez les Français que parmi les sympathisants de la droite et les sympathisants UMP. Au point qu’il est désormais devancé par Alain Juppé. En revanche François Fillon semble condamné à descendre un peu pus bas encore après les révélations portant sur un déjeuner avec Jean-Pierre Jouyet destiné à faire accélérer les procédures judiciaires contre Nicolas Sarkozy.

Pour certains de ses partisans, Nicolas Sarkozy paie avant tout son positionnement contradictoire, entre une campagne de reconquête interne et d’évidentes arrière-pensées élyséennes. Son choix de repasser par la case UMP pour en faire un tremplin vers la présidentielle complique sa stratégie. D’un côté, il veut donner des gages aux adhérents pour consolider sa base électorale en vue du scrutin interne. De l’autre, il tente d’afficher un profil rassembleur dans l’optique de 2017. Cela contraint le candidat à la présidence de l’UMP à tenir des discours à géométrie variable en fonction du lieu où il se trouve. Très à droite dans le Sud-Est, notamment sur l’immigration, il prend des accents plus centristes dans l’Aube ou dans les Yvelines. De quoi donner le tournis à des électeurs qui attendent surtout de savoir ce que propose l’ex-président pour redresser le pays.

Certes, les sondages auprès des sympathisants UMP prédisent une large victoire de Nicolas Sarkozy le 29 novembre face à Bruno Le Maire et Hervé Mariton. Mais le plébiscite espéré n’est pas acquis. Le camp Sarkozy redoute que le député de l’Eure, dont la campagne prend bien auprès des militants, ne crée la surprise en obtenant davantage que les 25 % dont le créditent les sondages. L’ancien chef de l’Etat lui-même se méfie. Lors de ses derniers meetings, il a appelé ses partisans à la mobilisation en demandant un score sans conteste possible le 29 novembre, afin de lui donner la force d’aller jusqu’au bout de son projet de reconquête.

La campagne du second tour de l’élection interne à l’UDI se termine. Les adhérents centristes doivent dire, d’ici au 12 novembre, qui de Jean-Christophe Lagarde ou d’Hervé Morin, succèdera à Jean-Louis Borloo à la tête de l’Union des démocrates et indépendants. Les deux finalistes se sont affrontés mercredi matin dans un débat télévisé de trente minutes, retransmis sur LCP. Ce duel, où Hervé Morin a pris la main, a été assez courtois, malgré plusieurs piques. Il faut dire que la pression est montée d’un cran dans la dernière ligne droite de la campagne. Mais c’est toujours Jean-Christophe Lagarde, arrivé en tête au premier tour (35,9 % des voix contre 31,5 % pour Hervé Morin), qui fait figure de favori. De plus, il bénéficie du soutien de la direction du Parti radical et d’Yves Jégo, arrivé en troisième position.

Sur le plan économique, la France a connu une semaine difficile. D’abord avec la publication de prévisions noires formulées par Bruxelles et qui viennent contredire celles incluses dans le projet de budget pour 2015. Ensuite avec la confirmation par l’Insee, à travers des statistiques publiées vendredi, de l’importance de la panne dont souffre l’économie française. En septembre, la production industrielle française est restée étale, alors qu’elle a nettement redémarré en Allemagne. Sur l’ensemble du troisième trimestre, elle a baissé de 0,1 % par rapport à la même période de 2013.

Les industriels interrogés par l’institut statistique annoncent désormais non plus une hausse, mais une stagnation de leurs investissements en 2014. Puis une baisse de 3 % en 2015. Le recul des dépenses serait particulièrement fort dans l’automobile et l’agroalimentaire (– 8 %). Le rebond de l’économie française ne devrait pas intervenir d’ici la fin de l’année. C’est la conviction de la Banque de France. Se fondant sur les résultats de son enquête de conjoncture menée en octobre auprès de chefs d’entreprises, celle-ci prévoit que le PIB ne progressera que de 0,1 % au quatrième trimestre, après 0,2 %.

L’Insee prévoit, pour sa part, également une croissance de 0,1 % au quatrième trimestre après une progression de même ampleur au troisième. Le chiffre pour la période juillet-septembre sera officiellement publié vendredi prochain. Pour l’ensemble de l’année 2014, la croissance devrait donc être de l’ordre de 0,4 % (après 0,3 % en 2013), selon les prévisions du gouvernement et de 1 % en 2015.

L’économie française ne parvient pas à trouver son second souffle comme en témoignent les deux autres enquêtes publiées vendredi par l’Insee. La première relative à la production industrielle montre que si la production manufacturière a très légèrement rebondi en septembre (+0,6 %) en septembre après une baisse de 0,5 % en août, l’encéphalogramme est quasi plat sur un an. Cela n’est pas plus réjouissant du côté des investissements dans l’industrie. Les chefs d’entreprises interrogés par l’Insee tablent sur une stabilité de leurs investissements en 2014. En juillet, ils espéraient encore une très légère hausse de 1 %.

Comme prévu la BCE a maintenu inchangé, cette semaine, son principal taux directeur, à 0,05 %. Mais elle a précisé que ses programmes d’achat d’actifs destinés à relancer le crédit, dureront au moins deux ans. Surtout, Mario Draghi a révélé que l’institution réfléchit à de nouvelles mesures à appliquer rapidement en cas de besoin. C’est-à-dire, si les soutiens déjà enclenchés, comme les achats d’actifs ou les généreux prêts de long terme accordés aux banques (TLTRO), ne suffisaient pas à relancer une économie européenne en mal de croissance, et si les perspectives d’inflation à moyen terme se dégradaient à nouveau.

Mais l’annonce la plus notable est la confirmation, écrite noir sur blanc dans le communiqué, que l’institution prévoit que ces mesures feront augmenter son bilan. Celui-ci pourrait même gonfler jusqu’à retrouver sa taille de mars 2012. Cela signifie que la BCE pourrait injecter jusqu’à 1 000 milliards d’euros supplémentaires dans l’économie européenne. Depuis plusieurs jours, il se murmurait que plusieurs membres de l’institution, en particulier Jens Weidman, le patron de la puissante banque centrale allemande, critiquaient le management trop secret de Mario Draghi et plusieurs points de sa stratégie, tels que l’objectif chiffré d’augmentation du bilan. En fait toutes les dispositions annoncées ont été votées à l’unanimité.

Faste semaine pour Grégoire Chertok de la banque Rothschild & Cie qui a bouclé deux opérations très importantes. D’une part l’acquisition par Imerys de la société S&B d’origine grecque qui exploite à Milos neuf gisements de bentonite, mais aussi de perlite, une autre roche utilisée dans la construction et l’horticulture. Pour Imerys il s’agit d’une opération majeure, qu’il a accepté de payer au prix fort. Au maximum, l’acquisition devrait lui coûter 793 millions d’euros, y compris la reprise des dettes.

D’autre part avec l’annonce par Publicis de l’achat du groupe américain Sapient, spécialisé dans le marketing et la communication numériques, pour 3,7 milliards de dollars (3 milliards d'euros). Après la fusion avortée en mai avec le groupe américain Omnicom, Publicis s'est félicité d'annoncer cette acquisition d'un joyau.

Achetée pour une prime de 44 % par rapport à son cours de Bourse, Sapient fera de Publicis Groupe un ensemble affichant 8 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 75 000 collaborateurs et 1,3 milliard d'euros d'excédent but d'exploitation.

Enfin parmi les rumeurs du moment notons celle qui voit Groupama envisager le rachat de CNP Assurances afin de donner naissance à un grand groupe mutualiste diversifié entre l’assurance-dommages et l’assurance-vie. Thierry Martel, le directeur général de Groupama aurait obtenu le feu vert de son conseil d’administration pour mener cette réflexion et aurait été tester son projet auprès de l’Elysée et de Bercy. Cet intérêt de Groupama pour CNP Assurances survient alors que ce dernier a annoncé, mardi, un protocole d’accord avec le groupe BPCE sur leur nouveau partenariat dans la prévoyance pour la période 2016-2022.

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