éditorial
François Hollande peine à reprendre la main et son gouvernement redoute un raz de marée dimanche prochain.
par Yves de Kerdrel
L'ambiance était pour le moins morose à l'occasion du séminaire économique qui s'est tenu vendredi matin à l'Elysée et guère plus enthousiaste l'après-midi à Matignon sur la croissance et l'emploi. Aucune mesure nouvelle n'en est sortie. Et ces deux réunions ont surtout servi à recadrer les membres du gouvernement. Jusqu'à quand ?
06/01/2013 - 07:35

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En ce début d'année, alors qu'il doit multiplier les interventions, les déplacements en province et les prises de parole, jamais le Président de la République n'a bénéficié d'une aussi courte marge de manoeuvre. Le conseil constitutionnel a bloqué la mesure phare de son programme destinée à donner des gages à son aile gauche. Et par la même occasion, les sages de la rue de Montpensier (dont un tiers sera bientôt renouvelé) en ont profité pour établir une jurisprudence en "creux" estimant que tout impôt supérieur à 68 % est, de fait, spoliateur. Ce qui va compliquer la réécriture du texte, qui pourrait finalement accoucher d'une mesure a minima avec une nouvelle tranche à 50 % lors de la loi de finances pour 2014. C'est ce que l'on commence à murmurer dans l'entourage de François Hollande.
Coté emploi, les chiffres vont continuer de se dégrader de mois en mois. Le Ministre du travail et de l'emploi n'est pas dupe, en raison notamment de la cure d'amaigrissement que la plupart des grandes entreprises font subir à leurs sièges sociaux, bien plus qu'à leurs implantations industrielles. Bien sûr le contrat de génération et les emplois aidés devraient limiter les dégâts mais les prévisionnistes les plus sérieux n'attendent pas d'inversion de la courbe du chômage en 2013 contrairement au seul voeu que François Hollande a formulé lors de son allocution du 31 décembre. Surtout les français n'accordent aucun crédit à cette nouelle promesse. Selon un sondage Ifop réalisé pour le Journal du Dimanche, seuls 25% des Français pensent que le chef de l'Etat réussira à inverser la courbe du chômage d'ici un an...
HOLLANDE DANS L'ARENE
Coté gouvernement, il sait bien que Jean-Marc Ayrault est incapable de remonter la pente des sondages et d'asseoir son autorité sur le gouvernement. Plusieurs ministres font une comparaison peu flatteuse entre l'actuel locataire de Matignon et Edith Cresson, lors des onze mois durant lesquels elle a été premier ministre. De fait, sur les conseils de Claude Sérillon, son nouveau "spin-doctor" en matière de communication, François Hollande s'est laissé convaincre de descendre davantage dans l'arène, quitte à donner l'impression qu'il fait le travail de son premier ministre, voire de ses ministres. Alors qu'à l'occasion du débat des présidentielles il s'était engagé à respecter l'équilibre des pouvoirs entre l'Elysée et Matignon. Une promesse de plus qui vole en éclats.
Et comme si tout cela ne suffisait pas, il va y avoir dimanche prochain la grande manifestation nationale contre le "mariage pour tous". La préfecture de police redoute une telle affluence (plus d'un million de personnes), qu'elle a demandé aux organisateurs de prévoir trois "convois" différents, convergeant tous vers le Champ de Mars (le seul endroit de Paris capable d'accueillir un million de personnes). Le pire, c'est qu'en attaquant l'école libre vendredi dernier, Vincent Peillon, a sans doute mis de l'huile sur le feu et incité 200.000 à 300.000 français encore hésitants à se rendre à cette manifestation.
LE ROLE CRUCIAL DE POIGNANT
Le comble, dans cette affaire, pour le président de la république - qui ne s'est jamais marié - c'est que cette affaire de mariage homosexuel ne fait pas partie de ses convictions. C'est pourquoi sa main donne l'impression de trembler sur la liberté de conscience des maires, sur la procréation médicale assistée et sur la gestation pour autrui. Malgré tout il va devoir gérer l'après-13 janvier et trouver le moyen de sortir par le haut, en dépit de l'agitation des parlementaires. Son fidèle conseiller, Bernard Poignant, qui occupe le bureau au dessus de celui du Chef de l'Etat, à l'Elysée, et qui n'a jamais caché son hostilité à ce projet de loi, a repris langue avec les représentants des différents cultes, de manière confidentielle, afin de trouver une porte de sortie à ce dossier bien encombrant.
Sur le plan économique, après la commission européenne la semaine passée, c'est le FMI ces jours-ci, qui a rappelé à Pierre Moscovici que l'objectif d'une croissance de 0,8 % pour 2013 et celui d'un déficit budgétaire ramené à 3 % étaient irréalistes. Si bien que l'institution que préside Christine Lagarde recommande maintenant à la France de lâcher du lest pour éviter de sombrer dans la déflation.
VERS UN ACCORD PATRONAT-SYNDICATS
Cette semaine, la discussion patronat-syndicats sur la sécurisation de l'emploi devrait reprendre avec deux négociations cruciales prévues les 10 et 11 janvier. Il n'est pas impossible que le Medef, la CGPME et l'UPA finissent par accepter un compromis sur les contrats courts. A condition qu'une éventuelle taxation frappe aussi le secteur public, qui abuse, bien plus que le privé de ces CDD d'une ou plusieurs semaines. Laurent Berger, le nouveau leader de la CFDT est lui aussi partisan que l'accord s'applique aussi dans la fonction publique, qui emploie de nombreux contrats précaires. Même si chacun est d'accord avec Laurence Parisot lorsqu'elle souligne : "Est-ce que ça augmentera le nombre de contrats à durée indéterminée ? Je ne crois pas". Autant dire, que, cette fois-ci les chances sont élevées de voir les partenaires sociaux arriver à un accord. Ne serait-ce que parce que des deux côtés de la table on a bien conscience que le plat ne repassera pas deux fois.
Du côté des entreprises et des fusions et acquisitions l'activité reste atone en dépit d'une bonne tenue des marchés. C'est le dossier Vivendi qui focalise toujours la plupart des attentions. Il est désormais clair que toutes les activités de téléphonie sont à vendre. Le problème, c'est que pour le brésilien GVT il n'y a pas d'acheteur. s'agissant de Maroc Télécom il y a trois acheteurs avec des propositions fermes très inférieures au cours de bourse. Quant à SFR, après le blocage par l'Autorité de la concurrence du projet de rapprochement avec Free, on assiste au retour de Carlyle, actionnaire par ailleurs de Numericable. L'avantage, c'est que Carlyle a du cash et a de surcroit la capacité de lever de l'endettement en dollars. Ce qui faciliterait un tel deal.
LE DOSSIER ELIOR SEUL EN VUE
La seule autre opération dont on parle sur le marché est la cession et simultanément la scission d'Elior. Les plus optimistes parient sur un débouclage du dossier avant la fin du premier semestre. Autres transactions en vue : des cessions de participations détenues par les grandes banques françaises. Comme cela a été le cas l'an passée, pour BNP Paribas avec un morceau de Klépierre ou pour la Société Générale avec Salvepar. Mais si le marché boursier repart durablement il ne faut pas exclure aussi un retour en force des introductions en bourse. Des opérations qui n'ont eu lieu qu'au compte goutte depuis cinq ans.
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