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Yves de Kerdrel
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Le plan Valls pose plus de problèmes qu’il apporte de solutions
par Yves de Kerdrel
Après la présentation du plan d’économies portant sur 50 milliards d’euros d’ici à 2017, Manuel Valls se voit contraint d’affronter une gauche de la gauche de plus en plus remontée. Quant à ceux qui pensaient que le Premier Ministre était capable de mener des réformes de structures, ils découvrent un nouvel habitué du rabot budgétaire.
En l’espace de deux semaines, Manuel Valls a déjà perdu
beaucoup de son crédit, même si dans l’opinion sa personnalité reste forte.
Bien sûr le premier Ministre a mieux compris que son prédécesseur l’importance
de la communication gouvernementale. Et il en joue parfaitement, après les
leçons qu’il a apprises du temps où il était chargé de vendre l’action du
gouvernement Jospin à Matignon. Bien sûr, son activisme, sa rapidité de
manœuvre et sa fermeté apparente plaisent aux français. Mais vient un moment où
le fond l’emporte sur la forme.
Cela a commencé cette semaine avec le plan d’économies de 50
milliards d’euros de dépenses publiques destinées à être réalisées d’ici à 2017
afin de respecter les engagements européens. S’il n’y a rien à dire concernant
la partie « train de vie de l’État » ou collectivités territoriales,
les 21 milliards d’euros d’économies prises sur la sécurité sociale ou les
dépenses d’intervention sont davantage sujettes à caution. Tant à gauche de la
gauche pour des raisons politiques, que chez les verts, pour des raisons
idéologiques, qu’au centre gauche pour des raisons techniques. Le principal
reproche qui peut être fait à ce plan est qu’il repose exclusivement sur
l’usage intensif du rabot budgétaire et qu’il exclut toute réforme de
structure, et notamment la réforme de l’État. C’est même à se demander ce qui
justifiait la présence de Marylise Lebranchu, lors de la conférence de presse
improvisée de Manuel Valls afin d’expliciter ce plan.
Tous ceux qui espéraient que Manuel Valls s’attaquerait enfin aux réformes de structures que le pays attend depuis des années, voire des décennies, en sont pour leur frais. Rien sur les retraites, notamment celles des fonctionnaires. Rien sur l’indemnisation chômage et la revalorisation du travail. Rien même sur la compétitivité des entreprises où l’essentiel de l’effort gouvernemental repose toujours sur l’usine à gaz du CICE qui aide les entreprises les moins exportatrices et les moins soumises à la concurrence extérieure.
MORELLE VICTIME D'UN REGLEMENT DE COMPTES
Il n’empêche que Manuel Valls reste le héros du moment comme
l’a montré le concert de jeudi dernier à la Salle Pleyel où sa femme Anne Gravoin,
était en vedette comme premier violon devant un parterre rempli par le tout
Paris politico-médiatique. Avec notamment plusieurs membres du gouvernement
comme Bernard Cazeneuve ou Aurélie Filipetti. Il se trouve qu’à ce moment là,
l’affaire Aquilino Morelle avait déjà commencé. Et ce principal soutien de Manuel
Valls à l’Élysée – ils sont très proches depuis leur passage dans l’écurie de
Lionel Jospin – savait déjà qu’il devrait démissionner le lendemain. Cette
affaire révélée par Médiapart est un règlement de comptes interne au PS.
D’abord parce que Morelle y a beaucoup d’ennemis personnels. Ensuite, parce que
certains ont trouvé là le moyen de se rappeler au bon souvenir de Manuel Valls.
Il reste que cette affaire – et ses cotés insupportables
liés au détournement des moyens de l’État – vont laisser de nouvelles traces
durables dans l’opinion. Au moment même où Dominique Voynet est recasée par le
fait du Prince à l’IGAS, et où le Préfet Pierre-René Lemas se voit offrir sur
un plateau d’argent, la direction générale de la Caisse des Dépôts. Sans
compter la nomination toujours incompréhensible de Harlem Désir au
gouvernement, à un poste stratégique pour les relations européennes. Le Parti
socialiste voudrait réaliser un score pathétique dans un mois, à l’occasion du
scrutin européen qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Pour l’heure il arrive,
dans toutes les enquêtes d’opinion comme le troisième parti de France après
l’UMP et le FN. Mais il se pourrait bien qu’il affiche un score très inférieur
à 18 %. Ce qui serait un nouveau coup dur pour Manuel Valls et redonnerait à la
gauche du PS des raisons de critiquer ses premières mesures.
PREMIERS IMPACTS SUR LA CROISSANCE DU PLAN VALLS
A droite la situation n’est guère reluisante. Les débats
internes à l’UMP sur la ligne à tenir pour les européennes tournent au
vinaigre. Les propositions formulées notamment par Laurent Wauquiez de
reconsidérer Schengen, de reconstruire une Europe à six et de penser à une
forme de protectionnisme intelligent sont loin de faire l’unanimité rue de
Vaugirard. Par ailleurs le choix d’Alain Lamassoure comme tête de liste pour
l’Ile de France est également très contesté. Henri Guaino n’a pas caché son
mécontentement à l’égard du choix de ce partisan d’une Europe fédérale. Mais
cela va plus loin encore, puisque Rachida Dati, la numéro deux de cette liste,
se montre plus proche des thèses défendues par Henri Guaino et quelques autres
que par son colistier.
C'est un
diagnostic très nuancé qu'ont délivré, jeudi 17, les économistes de
l'Observatoire français des conjonctures économiques. Notant que le paysage
s'est « notablement éclairci » en Europe, avec un « retour de la croissance et
un raffermissement des indicateurs conjoncturels », ces experts estiment que,
pour la France, les enquêtes de conjoncture « témoignent également d'un retour
de la confiance dans les secteurs productifs ». Mais ils soulignent aussi que
les mesures d'économies supplémentaires sur la dépense publique, annoncées par
le premier ministre, Manuel Valls, devraient amoindrir le taux de croissance.
Selon l'OFCE, le produit intérieur brut devrait croître de 1,2 % en 2014 et de 1,6 % en 2015. La prévision pour 2014 est supérieure à l'estimation du gouvernement, qui a arrêté un chiffre de 0,9 %, mais marque tout de même une accélération par rapport à la croissance enregistrée en 2013 (+0,3%). Même si l'OFCE pointe un desserrement de l'austérité, l'observatoire note que la politique budgétaire restrictive restera le principal déterminant de la croissance en 2014 et 2015. L'économie française devrait ainsi se voir amputer de 0,9 point de croissance en 2014 et de 0,7 point en 2015, du fait des mesures de rigueur prises par la France. Dans ce scénario, le déficit public se situerait à 3,7 % du PIB en 2014 et 3 % en 2015. Cette estimation ne tient cependant pas compte des annonces faites par le premier ministre.
DES TAUX D'INTERET TOUJOURS AU PLUS BAS
A ce scénario central, établi avant la déclaration de
politique générale du 8 avril, l'OFCE a ajouté une rapide évaluation de
l'impact des mesures annoncées par Manuel Valls et notamment l'annonce d'une
économie supplémentaire sur la dépense de 4 milliards d'euros. Dans le cas où
ces mesures seraient adoptées telles quelles dans le cadre d'un budget
rectificatif, les économistes estiment que le PIB ne progresserait finalement
que de 1 % cette année au lieu de 1,2 % dans leur scénario actuel. Se livrant
au même exercice pour 2015 avec la prise en compte de l'impact des mesures du
pacte de responsabilité, celles du pacte de solidarité et les conclusions des
assisses de la fiscalité, pronostic une croissance de 1,5 % en 2015 (au lieu de
1,6 %), un taux de chômage à 10 % et un déficit public à 3,1 %.
En attendant, les taux d’intérêt n’ont jamais été aussi
faibles pour la zone Euro en général et pour la France en particulier. Le pays
prévoit donc d'emprunter entre 6,6 et 7,8 milliards d'euros à court terme
mardi, a annoncé vendredi l'Agence France Trésor (AFT), qui place la dette
publique sur le marché obligataire. Lors de cette émission, la France prévoit
d'emprunter entre 3,6 et 4 milliards d'euros à échéance 3 mois (12 semaines),
entre 1,5 et 1,9 milliard d'euros à échéance 6 mois (23 semaines) et entre 1,5
et 1,9 milliard d'euros à échéance un an (49 semaines). Lors de la dernière
opération similaire le 14 avril, le pays avait emprunté à un taux de 0,190% à 3
mois, 0,190% à 6 mois et 0,188% à un an.
L'AMF A PRIS EN MAINS LE DOSSIER STERIA
Comme WanSquare a été le premier à le révéler la semaine
passée, l’opération de rapprochement entre Steria et Sopra annoncée début avril
connaît des rebondissements à la suite des révélations sur le fait qu’Atos
avait proposé à Steria un prix plus élevé et que son offre n’a même pas été
examinée en conseil de surveillance. Le groupe de Thierry Breton aurait fait
parvenir le 4 avril dernier une lettre au président de Steria proposant une
offre de rachat entièrement en cash au cours de 22 euros par action, valorisant
Steria 729 millions d’euros. Mais l’intéressé a alors répondu qu’il s’était
déjà prononcé en faveur du « projet de rapprochement avec
Sopra, avec lequel il était en négociations exclusives depuis plusieurs mois »,
indique Steria.
L’affaire est jugée suffisamment grave pour la réputation de
la Place de Paris, pour que l’Autorité des Marchés Financiers s’en soit saisie.
Selon nos informations elle étudierait notamment la manière dont les membres du
conseil de surveillance de Steria ont bien été informés de l’offre d’Atos, bien
plus intéressante pour l’ensemble des actionnaires de la société. Chez Atos on
ne considère pas l’affaire comme close en affirmant que sa proposition reste
valable jusqu’au 27 mai prochain.
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