WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Vers duel Macron Montebourg pour 2017
par Yves de Kerdrel

Comme prévu la longue intervention de François Hollande, sur Europe 1, de mardi dernier a été une catastrophe tant la petite musique du « ça va mieux » ne fonctionne pas dans l’opinion. A cela se sont ajoutés les évènements liés aux manifestations de rue et aux casseurs qui anéantissent totalement les chances du chef de l’Etat d’être « reconduit » en 2017.

22/05/2016 - 07:52 Temps Lecture 13 mn.

Les semaines se suivent et sont chacune un peu plus dommageables pour François Hollande. Lui qui espérait fermer la parenthèse Montebourg mardi dernier en intervenant sur Europe 1, et effacer le mauvais souvenir du 49-3 a une nouvelle fois entonné l’air éculé du « ça va mieux » sans que ces arguments ne percutent l’opinion publique. Surtout dés le lendemain et le surlendemain, l’actualité a été dominée par les grèves, les manifestations et surtout les casseurs, donnant l’impression que le pays est chaque jour un peu plus au bord du chaos.

Cela fait maintenant plus de deux mois que ces manifestations se succèdent, sans que le mouvement faiblisse, apportant de l’eau au moulin des frondeurs sur la gauche de la gauche et à celui de l’extrême droite en matière de désordre et de carence de l’autorité au sommet de l’état. Près de trois Français sur quatre (74%) estiment que le gouvernement n’est pas assez ferme avec les casseurs selon un sondage Elabe pour BFMTV publié mercredi. En revanche la mobilisation contre le projet de loi travail bénéficie toujours du soutien ou de la sympathie d'une majorité relative des Français (48%, -2 pts, par rapport à un sondage des 8 et 9 mars), même si l'opposition et l'hostilité est en forte hausse (36%, +11).

LE MOUVEMENT SOCIAL SE DURCIT

Le problème aujourd’hui, c’est que l’on ne voit aucun signe d’affaiblissement de ce mouvement. Au contraire. La CGT pétrole a appelé vendredi au blocage des raffineries, étape supplémentaire en vue d’obtenir un retrait du texte. Jeudi, des blocages ont déjà touché deux raffineries du Havre et l’accès aux terminaux pétroliers du grand port à La Rochelle. En début de soirée, le dépôt de carburant de Douchy-les-Mines, près de Valenciennes, était encore bloqué par une centaine de manifestants. Dans le quart Nord-Ouest, quelque 70 stations-service Total étaient en rupture de carburants, soit presque un cinquième du réseau.

A coté de cela les syndicats veulent poursuivre leur mobilisation contre le projet de loi travail. Les opposants au projet de loi travail ont continué à se mobiliser, jeudi 19 mai. Au moins 128 000 personnes ont manifesté à travers le pays, selon les autorités, environ 400 000 selon la CGT. Une participation plus importante que lors des deux précédentes journées de mobilisation. Malgré les risques de nouvelles perturbations des casseurs une journée nationale de grève, de manifestations et d’actions est d’ores et déjà prévue dans toute la France le 26 mai, et une journée de grève interprofessionnelle avec une manifestation nationale à Paris le 14 juin, lors de l’arrivée du texte au Sénat.

MONTEBOURG ET MACRON EN PISTE

Il est fort probable que la haute assemblée bouscule sérieusement ce texte, comme elle l’avait fait, il y a un an, pour la loi Macron. Ensuite, il y aura donc une deuxième lecture houleuse à l’assemblée. Et selon les informations de WanSquare, il est fort probable, cette fois-ci, qu’une motion de censure soit déposée par les frondeurs et une partie des écologistes. Il y a deux semaines, ils avaient manqué de peu le quota de 58 signatures faute de s’être organisés à temps. Cette fois, ils ont retenu la leçon. Et même si cette motion sera rejetée, ce sera un sacré geste de défiance à l’égard de Manuel Valls et de François Hollande.

Après ses déclarations du week-end dernier, Arnaud Montebourg commence à organiser sa candidature qu’il devrait annoncer à la fin de l’été. Il est déjà à la recherche de locaux. Il va publier un livre à la rentrée prochaine. Une équipe est en cours de constitution. Matthieu Pigasse n’est pas impliqué au quotidien, mais il est le principal aiguillon de l’ancien Ministre de l’Economie. D’autres interventions de sa part sont attendues d’ici l’été. Pendant ce temps Emmanuel Macron continue de se distinguer du gouvernement. Cette semaine, il a fait entendre sa différence en affirmant qu’il ne fallait surtout pas légiférer en matière de rémunération des patrons.

FILLON GRIGNOTE JUPPE

Le locataire de Bercy est maintenant pressé de quitter Bercy. Il lui reste à trouver le bon moment et le bon motif. A priori cela devrait intervenir avant l’été. Quant au motif, c’est lui qui devrait le trouver de manière à pouvoir partir sur « une bonne raison » lui permettant de dire qu’il n’est plus à l’aise dans un gouvernement davantage préoccupé de défendre les avantages acquis que de réformer. Son mouvement En Marche ! a déjà levé 398 570 euros, très loin des 10 millions d’euros qu’un député de l’opposition avait évoqué dans l’hémicycle. Il reste que son équipe est désormais très mobilisée afin de constituer une cagnotte capable de financer une campagne présidentielle.

A droite rien de nouveau. Le programme économique d’Alain Juppé n’a pas beaucoup soulevé l’enthousiasme. Et François Fillon s’est appliqué à l’enterrer avec soin. De fait, Nicolas Sarkozy a pu rester en arrière plan. Ce dernier prépare activement sa candidature aux primaires qu’il souhaite dévoiler fin août ou début septembre. Toute une équipe est désormais à pied d’œuvre afin de mener une campagne éclair dés qu’il aura fait part de son intention. Selon la plupart des sondeurs, le fait d’entrer dans la bataille et de quitter la présidence des Républicains lui permettra de rattraper très vite, une grande partie de son retard.

NETTE REMONTEE DU PETROLE

Sur le plan économique : pas d’indicateur significatif. En revanche William Dudley, le président de la Fed de New York, a créé un sacré trouble outre-Atlantique au lendemain de la publication de « minutes » qui ont surpris les marchés par le ton résolument volontariste en faveur d'un resserrement monétaire. « Nous sommes bien partis pour satisfaire bien des conditions d'une hausse des taux » a dit William Dudley, ajoutant qu'il était plutôt satisfait que le marché ait réévalué cette semaine la probabilité d'une hausse des taux en juin. La Fed a relevé les taux en décembre dernier, après les avoir maintenus près de zéro sept années durant pour aider l'économie américaine à repartir après une vive récession. Mais l’usage, aux Etats-Unis, c’est de s’abstenir de tout mouvement de ce type à l’approche de l’élection présidentielle.

Le vice-président de la Réserve fédérale, Stanley Fischer, a pour sa part estimé jeudi que les Etats-Unis avaient besoin d'une croissance potentielle plus rapide pour relever le taux d'intérêt d'équilibre à long terme. D’autant que les cours du pétrole sont en pleine remontée et que le Brent tutoie maintenant les 50 dollars le baril contre 30 dollars il y a encore une semaine. Ce qui devrait avoir un effet apaisant sur l’économie et éviter un nouveau resserrement monétaire.

TECHNIP SE MARIE ET PART A LONDRES

Concernant la France, durant le premier trimestre 2016, le taux de chômage en France, au sens du Bureau international du travail, est resté stable, à 10,2 % de la population active. Soit une proportion identique à celle observée sur les trois derniers mois de 2015, selon les statistiques publiées jeudi par l’Insee. Cette tendance n’est pas tout à fait la même que celle mise en exergue dans les chiffres de Pôle emploi : de début janvier à la fin mars, le nombre de demandeurs d’emplois sans aucune activité (catégorie A) a baissé de 1,4 %, en métropole, d’après l’opérateur public.

En matière de business, la principale actualité de cette courte semaine a été l’annonce du mariage entre le français Technip et l’américain FMC Technologies. Baptisée TechnipFMC, domiciliée à Londres et cotée à New York et à Paris, la nouvelle société affichera une capitalisation boursière de 13 milliards de dollars et un chiffre d’affaires de l’ordre de 20 milliards. Elle se veut un groupe mondial à la pointe de l’industrie qui réinvente la production et la transformation du pétrole et du gaz. Les actionnaires de Technip recevront deux actions de la nouvelle société pour chaque action Technip détenue et les actionnaires de FMC Technologies une action de la nouvelle société pour chaque action détenue. Les activités des deux groupes sont très complémentaires puisque Technip est très actif dans tous les tuyaux et les ombilicaux servant à la fois à remonter les hydrocarbures et à faire circuler les informations entre les puits et les opérateurs ; FMC est réputé pour ses équipements sous-marins.

BOLLORE VEUT SAUVER CANAL +

La gouvernance de TechnipFMC sera pour le moins originale. Puisque Thierry Pilenko en sera le président exécutif (executive chairman) alors que Doug Pferdehirt, qui devait devenir numéro un de FMC Technologies en septembre, sera le directeur général (chief executive officer). Le patron français sera notamment chargé de suivre les grands projets en cours et, de veiller, lors de l’intégration, à ce que l’ancrage français soit fort et pérenne, notamment autour de la recherche & développement, dont le principal centre restera à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). Outre le siège social de Londres, le groupe disposera de deux sièges opérationnels, l’un à Paris et l’autre à Houston (Texas).

L’autre actualité importante a été l’entretien accordé par Vincent Bolloré aux Echos sur l’avenir de Canal+. Il en ressort que l’accord de distribution exclusive noué avec BeIN Sports mi-février serait le seul moyen pour Canal+ d’arrêter la guerre avec sa concurrente et de stopper son hémorragie d’abonnés en France en imaginant de nouvelles offres pour ses clients. Malgré ce discours volontaire, obtenir le feu vert de l’autorité de la concurrence n’a rien d’une formalité. Selon les informations de WanSquare, celle-ci a décidé de lancer, mercredi, une nouvelle consultation des acteurs du secteur. Et elle ne rendra pas sa décision avant la première quinzaine de juin, alors que la date initialement prévue était fin mai.

Pour sa défense, Canal+ peut une nouvelle fois compter sur les représentants du secteur du cinéma, qui se sont manifestés auprès de l’autorité de la concurrence. La ministre de la culture, Audrey Azoulay, est particulièrement sensible au financement de la production française par Canal+. Elle voit l’accord entre Canal+ et BeIN Sports avec une certaine bienveillance. Tout en déclarant qu’elle serait attentive au maintien des investissements dans le cinéma. Il est donc possible que l’autorité de la concurrence assortisse son éventuel feu vert de conditions, que Canal+ pourrait alors juger trop restrictives.

LE COUP DE FORCE SCANDALEUX DE SOLOCAL

Enfin le feuilleton Solocal connaît un nouvel épisode avec l’annonce par la société du report au mois de septembre prochain de sa prochaine assemblée générale, alors qu’il y a encore deux semaines les dirigeants de la société assuraient aux actionnaires, dans le cadre du comité consultatif récemment créé, qu’elle se tiendrait bien avant l’été. La raison invoquée vendredi par Solocal est que la société a annoncé avoir engagé des discussions avec des investisseurs susceptibles d'apporter de l'argent frais au spécialiste de la communication digitale, dont l'endettement atteint 1,1 milliard d'euros actuellement.

Dans un communiqué l'ex-Pages Jaunes considère qu'il ne pourra retrouver des fondamentaux solides et renouer avec la croissance sans une réduction drastique du niveau de sa dette financière. Ce qui est un postulat plus que discutable. En tous cas ce qui risque de créer un conflit grave, c’est que Solocal évoque une entrée de nouveaux investisseurs via une augmentation de capital se traduisant mécaniquement par une dilution des actionnaires existants. Le capital du groupe est actuellement très éparpillé. Selon les informations de WanSquare son premier actionnaire est le groupement des minoritaires récemment constitué qui détient plus de 7 % du capital, suivi par Rothschild et Cie Gestion (6,05%), du fonds DNCA Investments (5,04%) et du fonds souverain norvégien Norges Bank Investment Management (3,76%).

Solocal se fixe pour objectif d'annoncer les modalités de cette restructuration financière d'ici la publication de ses résultats semestriels 2016 prévue fin juillet, de manière à ce que l'assemblée générale des actionnaires, qui a été différée, puisse se tenir courant septembre. Tout semble destiné à être mené dans la torpeur de l’été afin de contourner « l’obstacle » posé par la fronde des actionnaires. Bien évidemment le titre a fortement chuté après ce communiqué faisant état d’une volonté de coup de force ramenant la capitalisation boursière du groupe à 172 millions d'euros. Malgré tout cela Natixis qui suit le titre avec précision continue de viser un objectif de cours 9 à 10 fois supérieur au niveau actuel à 30 euros sans dilution et juge « certain que le cours actuel sous-valorise l’actif » même en cas d’augmentation de capital sans droit de souscription. A fortiori avec ces droits.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Hollande va tenter de sauver les meubles

15/05/2016 - 07:18

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Pas de pause dans la fronde anti-Hollande

08/05/2016 - 07:51