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Yves de Kerdrel
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Les inquiétudes montent dans les rangs patronaux à l'égard de la conjoncture comme à l'égard des pouvoirs publics
par Yves de Kerdrel
Tous les signes économiques passent doucement au rouge. Et pendant ce temps, plutôt que de donner de l'air aux entreprises, la nouvelle majorité durcit son discours. Comme on a pu le voir à l'occasion de la grande conférence sociale, des réactions au plan de restructuration de PSA-Peugeot-Citroën et des nouvelles mesures législatives envisagées pour la rentrée.
15/07/2012 - 08:03
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Un marché de dupes. C'est ainsi que, dans les milieux patronaux, on qualifie la grande conférence sociale qui s'est tenue lundi et mardi derniers au Palais d'Iéna, dans l'hémicycle du Conseil Economique Social et Environnemental. Tout avait été pourtant bien préparé sous l'égide de Michel Sapin, avec une soixantaine de réunions de méthodes. Et même le discours d'ouverture, fait par le Président de la République, laissait envisager une vraie prise de conscience de sujets importants pour les chefs d'entreprise, comme la compétitivité et la mise en place d'une "flexisécurité". Mais petit à petit le ton a commencé à tourner. Notamment lors de la seconde journée lorsque les rapporteurs des sept groupes de travail ont fait une relation très éloignée de ce qui avait été évoqué, à l'exception de Jean-Baptiste de Foucauld.
Une autre alerte est venue de propos tenus, à plusieurs reprises, par Pierre Moscovici, le Ministre de l'Economie et des Finances, annonçant pour l'automne une loi sur les rémunérations et déclarant : "nous allons être féroces". Mais le pire a été l'intervention de clôture du Premier Ministre. Un discours rempli de gages à destination des seules organisations syndicales et où les notions de compétitivité et de coût du travail n'avaient absolument plus court. A tel point que Laurence Parisot a demandé à la vingtaine de représentants du Medef de ne pas applaudir et de ne pas quitter l'hémicycle. Les représentants de Matignon ont alors pris conscience qu'ils avaient été trop loin. Si bien que deux jours plus tard quelques représentants du mouvement patronal étaient invités à s'expliquer autour de Laurence Parisot avec Jean-Marc Ayrault.
DES FAILLITES EN FORTE HAUSSE
Cet incident est le révélateur de deux défauts du nouveau gouvernement. D'abord une connivence très forte avec la CGT qui le pousse à adopter des postures maximalistes. Ensuite et surtout une volonté d'intervenir massivement dans le champ social sans comprendre que la conjoncture économique est la première des priorités des patrons de grands groupes, comme de PME, par les temps qui courent. Depuis trois ans le nombre de faillites atteint le chiffre record de 60.000 entreprises. Et tous les experts s'accordent à estimer que cette année ce nombre sera dépassé. Mais surtout la taille moyenne des entreprises en défaillance devrait être, hélas, plus important qu'au cours des années passées.
A ce climat social largement détérioré est venue s'ajouter l'annonce par PSA de son plan d'adaptation, de manière à retrouver l'équilibre opérationnel d'ici la fin 2014. Ce qui va se traduire par la fermeture de l'usine d'Aulnay et le départ - accompagné - de 8.000 salariés. Bien évidemment ce plan a déclenché des quantités de cris d'orfraie de la part des pouvoirs publics. A commencer par le Ministre du Redressement Productif, Arnaud Montebourg, en passant par le Premier Ministre, pourtant mis au fait des problèmes de PSA un mois avant le 6 mai, jusqu'au Président de la République qui est revenu sur ce plan social lors de son intervention du 14 juillet affirmant qu'il fallait le " renégocier " alors qu'il n'a pas encore été négocié. Ce qui montre à quel point cet évènement d'Aulnay procure au gouvernement des occasions de posture. Et uniquement de posture car François Hollande sait très bien qu'en ce domaine " le Roi est nu ".
CLIMAT DELETERE A L'UMP
Au sein de la gauche, la multiplication des plans sociaux pose un vrai problème politique, dans la mesure où le nouveau pouvoir est contraint de reconnaître qu'il ne peut rien faire contre cette déferlante. Ce qui crée une grosse frustration chez les électeurs quelques jours après l'annonce d'un plan de rigueur déjà très contesté par la frange la plus à gauche de la majorité. Mais à droite, certaines réactions n'ont pas manqué d'étonner, comme celles de Bruno Lemaire ou de Jean-François Copé qui ont uni leurs voix à la majorité pour dénoncer l'attitude du constructeur automobile. Ce qui rappelle ce qui s'était passé au moment de l'affaire Danone-Lu, lorsque plusieurs élus de droite appelaient au boycott du groupe dirigé par Franck Riboud.
A l'UMP, le climat est toujours délétère. François Fillon fait campagne sans se déplacer dans les fédérations. En revanche Jean-François Copé multiplie les déplacements en Province, mais sans attirer les foules. C'est pourquoi Xavier Bertrand est de plus en plus tenté de monter au front, comme WanSquare le laissait envisager la semaine passée. Et il se pourrait bien que Nathalie Kosciusko-Morizet fasse connaître sa candidature vers la fin du mois d'août. En tous cas, c'est un secret de polichinelle, qu'elle aussi a commencé son tour des fédérations. L'ancienne porte-parole de la campagne de Nicolas Sarkozy ne manque pas de détermination et entend bien ensuite être présente lors de la primaire de l'UMP en 2016.
VERS UNE RECESSION EN 2013
L'ancien Président de la République est rentré en milieu de semaine du Canada, où il était en villégiature dans le domaine de Sagard, appartenant au milliardaire canadien, Paul Desmarais, principal allié d'Albert Frère en Europe. Pendant quelques jours il était très isolé, les communications téléphoniques passant très mal dans ce grand domaine boisé. A son retour il a eu un déjeuner avec Brice Hortefeux et Jean-François Copé. Mais il voit de la même manière François Fillon, Xavier Bertrand ou NKM. Par ailleurs il n'a jamais été aussi déterminé à "créer un business international" à partir de Bruxelles.
Du côté de l'actualité économique, le ciel s'assombrit nettement. Aussi bien aux Etats-Unis où toutes les prévisions sont nettement revues en baisse, qu'en Asie avec un taux de croissance de l'économie chinoise au plus bas depuis la crise de 2008 et surtout en Europe. Citigroup n'a pas mâché ses mots en anticipant pour la France une récession de 0,2 % en 2013, alors que le gouvernement table toujours sur une croissance de 1,2 %. Par ailleurs si la dégradation de deux crans de la note de l'Italie par Moody's a surpris toute la communauté financière, c'est sans doute que la situation de ce plus gros emprunteur européen sur les marchés va être plus difficile au cours des semaines qui viennent. Ne serait-ce que par contagion avec ce qui se passe en Espagne.
Dans ce contexte Vincent Bolloré a bien sûr étonné tout son monde en annonçant la vente pour 915 millions d'euros de sa participation dans Aegis, avec une plus-value réelle (dividendes inclus) de 610 millions d'euros. Cette opération a fait grimper l'action Vivendi. Mais il serait erroné de croire que l'industriel breton va placer tout ce cash en titres du conglomérat. Certains le voient plutôt courir un autre "lièvre". En l'occurrence un équipementier automobile avec lequel il pourrait nouer une alliance dans le domaine des batteries électriques. A suivre de près ! Toujours est-il que cette plus-value fait les affaires d'Alain Minc qui est rémunéré par Vincent Bolloré à hauteur de 1 % des plus-values réalisées. Or le président d'AM Conseil a été un conseiller très actif sur le dossier Havas et Aegis.
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