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Les cartes sont rebattues pour 2017
par Yves de Kerdrel

La démission d’Emmanuel Macron, la popularité d’Arnaud Montebourg à gauche et la candidature de Jean-Luc Mélenchon ne laissent plus qu’un trou de souris à François Hollande. A droite, après le discours suicidaire de François Fillon dimanche dernier, la primaire se focalise sur le duel Sarkozy-Juppé avec une seule question : qui aura la meilleure dynamique au premier tour ?

04/09/2016 - 02:16 Temps Lecture 13 mn.

Naturellement l’actualité politique de la semaine a été marquée par le départ fracassant d’Emmanuel Macron mardi dernier à 15 heures. La veille le Ministre de l’Economie avait eu un échange approfondi avec le Chef de l’Etat. Mais ce dernier pensait encore que son ex-secrétaire général adjoint à l’Elysée ne lui planterait pas un coup de poignard dans le dos. C’est d’ailleurs ce qu’il avait confié le dimanche soir précédent à deux familiers du Château, dont Pierre Lescure, affirmant que même si Emmanuel Macron tentait une aventure individuelle, ce serait pour le rallier in fine.

En réalité, son départ était programmé par le ministre et son staff, dans le plus grand secret, depuis la mi-juillet. Mardi matin, à 9 heures, il a donc téléphoné à François Hollande pour lui annoncer qu’il lui présentera sa démission à 15 heures. Même si l’ancien rapporteur de la Commission Attali n’a jamais voulu partir dans le fracas et l’animosité et s’il n’a jamais attaqué le Chef de l’Etat, les dégâts de cette démission sont considérables pour lui. Notamment parce que François Hollande comptait sur Emmanuel Macron pour attirer des catégories d’électeurs que lui-même n’est plus en mesure de rassembler sur son seul nom. Et parce que surgit avec cet épisode le troisième concurrent issu de son propre camp, et ce en moins de deux semaines…

UNE TRAHISON POUR HOLLANDE

Selon les informations de WanSquare, puisées parmi les proches de François Hollande, ce dernier a eu vraiment du mal à accuser le coup avouant : Il m’a trahi avec méthode. Et l’absence de plus en plus grande de Jean-Pierre Jouyet, que l’on dit très fatigué, n’arrange pas les affaires du Président. Le locataire de l’Elysée a très vite compris qu’il se trouve désormais coincé des deux côtés, sur son flanc droit et son aile gauche, par les potentielles candidatures d’Arnaud Montebourg et d’Emmanuel Macron, qui sont prêts de surcroit à contourner la primaire socialiste.

Emmanuel Macron, dont l’équipe est encore loin d’être stabilisée, part au bon moment, alors que sa cote de confiance gagne 4 points dans un sondage Sofres publié par le Figaro Magazine, principalement auprès des sympathisants socialistes (+ 3) et ceux de gauche (+ 5). Ce même sondage fait avant cette démission tonitruante est également un peu meilleur pour François Hollande, qui reste cependant à un niveau très bas. En revanche il est favorable à Nicolas Sarkozy qui reste cependant très loin derrière Alain Juppé.

LES PROCHES DU PRESIDENT LE POUSSENT A SE DECLARER

Tous ces évènements récents ont amené l’entourage de François hollande à le pousser à rendre sa candidature évidente. Le discours qu’il prononcera le 8 septembre Salle Wagram, à Paris, lors d’un événement organisé par la Fondation Jean-Jaurès et le think tank Terra Nova, constituera la première étape de ce dévoilement. Il aurait demandé à plusieurs plumes, dont le directeur de la fondation Jean-Jaurès, Gilles Finchelstein, ancien « nègre de DSK » de plancher sur un texte autour de la France et ses valeurs face au terrorisme. Il reste qu’une nouvelle candidature suppose un nouveau projet, de nouveaux enjeux, de nouvelles réponses.

Par ailleurs selon certaines informations, les proches de François Hollande auraient déjà fait en sorte que le Chef de l’Etat dispose dés que possible d’un QG de campagne. Il s’agirait du même que celui utilisé en 2012, au 59 – 59 bis avenue de Ségur. Tout cela avec le soutien très actif de Vincent Feltesse, son conseiller politique, de Jean-Christophe Cambadélis et des deux patrons de groupes parlementaires. Bruno Leroux et Didier Guillaume, prépareraient un appel des élus pour pousser sa candidature.

FILLON ADOUBE PAR LES PATRONS

A droite, même si la campagne pour la primaire n’a pas officiellement commencé, elle est déjà réduite au duel entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Surtout depuis que François Fillon a de nouveau vivement attaqué l’ancien Chef de l’Etat. Ce qui a surpris jusqu’à ses propres soutiens, dans la mesure où à chaque fois qu’il a utilisé cette ficelle dans le passé, les français ont très mal apprécié, et cela s’est traduit par un effondrement de sa cote dans les sondages. Bien sûr l’ancien Premier Ministre qui garde la confiance de très nombreux parlementaires est toujours celui qui dispose du meilleur programme. Bien sûr il a clairement été adoubé par les patrons lors de l’Université d’été du Medef. Bien sûr il a reçu en fin de semaine le soutien de Sens Commun qui regroupe les combattants du mariage pour tous.

Mais cela ne suffira pas à lui faire rattraper son retard, même sur Bruno Le Maire qui espère terminer sa campagne autour de 24 %. Nicolas Sarkozy, qui a déjà vendu 32.000 exemplaires de son livre en dix jours enchaine déplacement sur déplacement. Il laboure le pays, comme il sait très bien le faire. Et conscient de son retard sur Alain Juppé il mise sur la dynamique de sa campagne, et donc sur sa capacité à rebondir. De manière à obtenir au second tour les ralliements nécessaires pour être élu.

JUPPE CHERCHE A SE DROITISER

Tout cela dépendra aussi des autres candidats. Jean-François Copé qui dispose de l’ensemble des parrainages va sans doute mener une campagne très dure à l’égard de l’ancien-Président. De son coté Nathalie Kosciusko-Morizet ne semble plus être très loin de sauter l’obstacle des parrainages grâce au soutien très élégant de Valérie Pécresse. Hervé Mariton n’est pas très loin non plus des échéances : 2500 adhérents, 250 élus et 20 parlementaires. Mais ses chances restent toutefois limitées. Et personne ne sait qui il rejoindra en cas d’échec, sachant qu’en 2014 il avait tout de même réuni 7 des adhérents de l’ex-UMP sur son nom.

Ce week-end, le gratin des républicains va se croiser à La Baule lors des universités d’été organisées par le fillonniste Bruno Retailleau. Ce devrait être pour l’ancien Premier Ministre l’occasion de faire une nouvelle démonstration de force après sa « saillie » de dimanche dernier. Du côté d’Alain Juppé, son équipe travaille à tenter de droitiser son discours, puisque son point faible réside dans sa fameuse « identité heureuse » qu’il continue de scander dans chaque meeting, en dépit d’un ressenti assez différent de la part des français. Mais par ailleurs ses proches savent très bien que c’est le candidat qui a le plus à perdre de l’émergence du phénomène Macron, qui présente les mêmes qualités que lui avec 35 ans de moins.

DES BAISSES D’IMPOTS PLUS FAIBLES QUE PREVU

Au chapitre économique, pour l’heure, c’est le bouclage du budget 2017 qui focalise toutes les attentions. Avec des baisses d’impôts pour les ménages sans doute moins importantes qui ce qui avait été envisagé. François Hollande devrait annoncer la semaine prochaine des mesures fiscales concernant les ménages pour 2017. Elle devrait être ainsi inférieure aux 2 milliards d'euros espérés, a indiqué vendredi le ministre de l'Economie et des Finances Michel Sapin. Les détails seront annoncés par François Hollande à son retour du sommet du G20 en Chine ou bien par Manuel Valls. L'ampleur de la diminution d'impôts jusqu'à présent évoquée tournait autour de 2 milliards d'euros, à condition que la croissance s'avère cette année supérieure à 1,5% du Produit intérieur brut. Le gouvernement a récemment revu à 1,5% contre 1,6% précédemment ses prévisions de croissance pour l'année en cours, après l'annonce d'un coup d'arrêt au deuxième trimestre.

Dans un contexte de croissance mondiale décevante les entreprises du CAC 40 ont enregistré un tassement de leurs activités tout en améliorant leurs performances au premier semestre. Selon le cabinet PwC, le chiffre d’affaires de trente-neuf entreprises, Sodexo ayant un exercice décalé, a reculé de 3 % à 603,4 milliards d’euros. A l’inverse, le résultat net part du groupe s’élève à 40,1 milliards d’euros, en progression de 6,9 % selon l’étude réalisée pour Le Monde. Les profits semestriels reviennent vers leur niveau de 2011.

LES GROUPES DU CAC 40 FONT DE LA RESISTANCE

Toutefois l’optimisme s’est amenuisé au fil des mois. Alors qu’en janvier, les analyses envisageaient une hausse de 7 % à 8 % des bénéfices des entreprises cotées de la zone euro sur l’année 2016 comparée à 2015, dont 5 % pour la France, six mois plus tard, leur consensus s’accorde sur une quasi-stabilité des résultats, voire un recul. Du coup, bien peu d’analystes escomptent une année 2016 nettement supérieure aux 52,4 milliards d’euros de bénéfices engrangés en 2015 par les firmes du CAC 40. De nombreuses restructurations restent en cours notamment chez de grands groupes comme Saint-Gobain, Technip, Sanofi, Engie, Veolia, Vivendi, Schneider ou LafargeHolchim.

Comme cela avait été annoncé au printemps dernier, Henri de Castries a totalement quitté Axa le 31 aout au soir. Puisque le conseil d’administration du 1 er septembre a élu à sa place Denis Duverne comme Président non exécutif et qu’Henri de Castries ne fait plus partie de ce conseil. Il restera cependant voisin, en tant que Président de l’Institut Montaigne que dirige au quotidien Laurent Bigorgne. C’est donc désormais l’allemand Thomas Buberl qui a les pleins pouvoirs chez l’assureur français et qui a déjà largement commencé à remodeler le groupe en terme d’organigramme. D’autant que ce changement de gouvernance avait provoqué quelques départs.

L’AMF BIZARREMENT SILENCIEUSE SUR SOLOCAL

Comme c’était attendu plusieurs administrateurs salariés d’EDF ont saisi la justice concernant le dossier du très lourd investissement d'Hinkley Point. Ils estiment que le patron du groupe, Jean-Bernard Lévy, n'a pas communiqué des informations essentielles en sa possession concernant ce projet majeur pour l'entreprise, au moment de la réunion du conseil d'administration du 28 juillet. Selon un email adressé le 2 août par Jean-Bernard Lévy aux membres du comité exécutif et vu par l'AFP, EDF savait dés le 28 juillet que le gouvernement britannique souhaitait se donner un peu plus de temps sur ce dossier.

Les administrateurs salariés protestent également contre la participation au vote de plusieurs administrateurs "en situation de conflit d'intérêts avec l'entreprise". Le conseil d'administration compte 10 membres dont 6 représentent les salariés. Le tribunal de commerce de Paris devrait fixer le 5 septembre une date d'audience. Cette démarche des administrateurs salariés intervient après plusieurs recours en justice du comité central d'entreprise, dont l'un doit être plaidé le 22 septembre. Un premier avait été rejeté le 8 août dernier. Dans un communiqué, l'intersyndicale CGT, CFE-CGC et FO d'EDF, qui bataille depuis plusieurs mois contre un lancement précipité de ce projet qu'elle juge périlleux pour les finances de l'entreprise, apporte son plein soutien à l'action de ces administrateurs salariés.

Concernant le feuilleton Solocal, la société qui a convoqué cette semaine un investor day et fixé au 19 octobre la date de la prochaine assemblée générale, a vivement attaqué les actionnaires minoritaires qui se sont réunis en association de défense. Ceux-ci s’étaient contentés de saisir l’Autorité des Marchés Financiers au sujet de l’information financière émise par la société. Curieusement l’AMF fait preuve d’un silence assourdissant sur ce dossier, qui pourrait lui être reproché. D’autant plus que tout le projet de recapitalisation en cours est destiné à profiter aux créanciers aux dépens des actionnaires. Certains des petits porteurs, qui avaient été approchés par la direction au cours des dernières semaines, dans le cadre d’une tentative de transaction, ont donc reçu des mises en demeure, de manière à les intimider, avant l’assemblée générale.

Les titres de la Foncière de Paris font toujours l’objet de deux offres publiques d’acquisition concurrentes. La première est celle d’Eurosic. La seconde a été déposée par Gecina. La clôture des deux offres a été fixée par l’AMF au 15 septembre prochain. Mais après le désistement de gros actionnaires de Foncière de Paris, Gecina a saisi la cour d’appel de Paris le 22 aout 2016 pour contester la conformité de l’Offre Eurosic. L’ADAM a fait de même. Gecina et l’ADAM demandent en outre que la clôture des offres soit reportée jusqu’à ce que la cour ait statué. Tout dans cette manœuvre ressemble à l’obstruction faite par certains actionnaires dans l’offre Club Med qui a finalement duré 18 mois. Et là encore l’attitude de l’AMF est incompréhensible tant elle est contraire aux intérêts de la Place. Le risque de ce cas d’école c’est que bien que le recours formé par Gecina et l’ADAM étant irrégulier en la forme et inepte sur le fond, rien ne justifie que la clôture des deux offres soit reportée.

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