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Yves de Kerdrel

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CHIFFRES NOIRS POUR HOLLANDE ET VALLS
par Yves de Kerdrel

Aussi bien sur le front de la croissance que sur celui du commerce extérieur ou de la production industrielle, tous les indicateurs sont au rouge. Si bien que la rentrée s’avère délétère pour le gouvernement, avec un déficit budgétaire pour 2014 qui devrait s’élever à 4,4 % soit plus que le déficit de 2013 et très loin de l’objectif de 3,5 % initialement fourni à Bruxelles par Manuel Valls.
10/08/2014 - 07:19 Temps Lecture 12 mn.

François Hollande ne pouvait pas imaginer un plus mauvais début de vacances. A peine arrivé à la Lanterne, où en principe il doit séjourner quinze jours, (sans compter une escapade non prévue à son agenda à Saint Paul de Vence, où plusieurs réservations ont été faites à son nom), le Président de la République a pris connaissance des dernières estimations de croissance fournies par le Trésor, qui ne dépassent pas 0,5 % soit la moitié de ce qui était initialement escompté. Un chiffre que les services de Michel Sapin distillent à l’extérieur, comme pour préparer l’opinion à une rentrée difficile.

A ce chiffre s’est ajouté une autre estimation, celle du déficit budgétaire pour 2014 qui devrait atteindre 4,4 voire 4,5 % en raison d’une forte chute des recettes fiscales. Si tel est le cas, la situation de la France sera dramatique, notamment vis-à-vis de ses voisins et de Bruxelles. Dans la mesure où la trajectoire budgétaire fournie à nos partenaires il y a seulement trois mois prévoyait un déficit budgétaire de 3,5 %. Si les dernières prévisions sont hélas confortées par les faits, cela signifiera que le gouvernement n’aura pas réussi à diminuer les dépenses publiques et que le déficit budgétaire aura repris une pente ascendante.

LA CARTE POSTALE DE SARKOZY

A cela se son ajoutées les récentes déclarations de Nicolas Sarkozy évoquant un possible retour sur la scène politique. Si à l'Élysée, on fait mine de ne pas prêter attention aux petits cailloux que l’ancien Président sème sur le chemin du retour, la réalité est tout autre. Discrètement, François Hollande se prépare au retour de son ancien adversaire. Un retour qu'il sait inéluctable depuis le 6 mai 2012 et les adieux émouvants et calculés du président aux militants de l'UMP, réunis à la Mutualité. Ces derniers mois, le Chef de l’État a surveillé du coin de l'œil les faits et gestes de son prédécesseur. À l'Élysée, les sorties médiatiques de l'ancien président sont scrutées. Il n'a pas échappé aux proches du chef de l'État que Sarkozy avait réuni plus de 9 millions de Français en juillet sur TF1 et Europe 1, pour se défendre dans les affaires. Hollande, lui, a rassemblé 7,6 millions de téléspectateurs, le 14 juillet. Quant à Manuel Valls, 7 millions de Français l'ont regardé le 2 avril sur TF1, au soir de sa nomination à Matignon.

A Droite les propos de Nicolas Sarkozy tenus dans l’hebdomadaire Valeurs Actuelles ont également créé la surprise. Un silence très prudent a été observé chez les fidèles de François Fillon. Les plus proches de Nicolas Sarkozy, eux, ont assuré le service après-vente, comme il se doit. Les moins jeunes barons de l'UMP, qu'ils souhaitent sincèrement le retour de leur ancien patron ou préfèrent miser sur leur propre destin, se sont, pour la plupart, tenus cois. Pour s'entourer de visages plus jeunes, des contacts assidus sont organisés avec Nathalie Kosciusko-Morizet. Laurent Wauquiez est également approché. Le député de Haute-Loire attend de connaître la décision de Nicolas Sarkozy pour annoncer la sienne concernant la présidence de l'UMP. Depuis le retrait de François Baroin, une fenêtre s'est ouverte pour le fondateur de la Droite sociale qui pourrait jouer le rôle de président de transition en attendant la désignation du candidat à la présidentielle.

VALLS CONSCIENT DE L’IMPASSE

Enfin de ses vacances François Hollande a appris la décision du Conseil constitutionnel de censurer l'article premier du pacte de responsabilité concernant l'allégement des cotisations salariales prévu pour les bas salaires. Ce qui constituait évidemment une rupture de l’égalité chère aux Sages de la Rue de Montpensier. Bien sûr cela ne remet pas en cause toutes les mesures décidées en faveur d’une meilleure compétitivité des entreprises. Mais ce geste décidé en faveur de la gauche de la gauche devra trouver une compensation à la rentrée sans quoi la fronde reprendra de plus belle.

En fait le plus conscient de l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui le gouvernement, c’est Manuel Valls. Le Premier Ministre a été très frappé des mauvais chiffres de l’économie italienne qui est retombée en récession. Et à Matignon, on se demande si l’Europe des critères de Maastricht a encore une raison d’être alors que la zone Euro est en pleine déflation. Manuel Valls a prévu de s’en expliquer avec Angela Merkel dés la rentrée. Et il n’est pas impossible que les règles d’or de la monnaie unique commencent à recevoir des coups de boutoir de Paris et de Rome. Pour l’heure Berlin fait comme si de rien était. Le souhait de la France de rendre l’Europe moins austère, exprimé par François Hollande, relève de la gageure, juge-t-on dans l’entourage d’Angela Merkel qui supplie la France et l’Italie de mener leurs réformes structurelles.

PRODUCTION INDUSTRIELLE EN BERNE

Sur le plan macro-économique, les derniers chiffres publiés sont très décevants. D'après les statistiques de l'Insee la production industrielle a reculé de 0,5% au deuxième trimestre par rapport au premier, malgré un rebond de 1,3% au mois de juin. Le recul atteint 1,2% pour la seule production manufacturière. Sur un an, la production industrielle accuse une baisse de 2% et la production manufacturière de 0,9%. Sur cette base, les chiffres de la croissance du deuxième trimestre, publiés par l'Insee jeudi prochain, ne s'annoncent pas bons. La majorité des économistes table sur une croissance très faiblement positive, comprise entre 0% et 0,1% pour cette période. Elle ferait suite à une croissance nulle (+0,0%) au premier trimestre. Et le troisième ne devrait pas être plus reluisant, selon les estimations de la Banque de France. Cette dernière a annoncé, ce vendredi, qu'elle tablait sur une croissance de 0,2% sur la période juillet-septembre, en se basant sur les résultats d'une enquête menée auprès des entreprises qui fait état d'un léger rebond de leur activité en juillet et d'une stabilisation prévue pour le mois d'août. L'Insee, un peu plus optimiste, anticipait fin juin une croissance de 0,3% pour juillet-septembre alors que les économistes tablent aussi sur 0,2%.

Si ces données se confirment, l'objectif d'un PIB en hausse de 1% pour l'ensemble de l'année 2014, comme prévu par Bercy, serait définitivement hors de portée. Cette prévision est depuis longtemps jugée ambitieuse par les économistes qui anticipent une croissance limitée à 0,7% cette année. Lundi soir, Moody's est venue grossir les rangs des pessimistes - qui se composent ente autres de la Commission européenne, du FMI et de la Cour des comptes - en annonçant une croissance de 0,6% pour la France en 2014. Pour 2015, les estimations sont également éloignées de celles du gouvernement: alors que ce dernier table sur une hausse de 1,7%, les analystes s'accordent sur 1,2%. Pour le moment, Bercy campe sur ses positions. Mais la publication des chiffres de l'Insee jeudi prochain devrait l'amener à revoir à la baisse ses prévisions.

DEFICIT COMMERCIAL EN TROMPE-L’OEIL

Par ailleurs, la France a bien affiché au premier semestre un déficit de son commerce extérieur légèrement inférieur à 30 milliards (29,2 milliards précisément), selon les chiffres publiés jeudi par les Douanes. Mais le déficit de la balance commerciale française n'en continue pas moins de croître semestre après semestre, avec un chiffre cumulé de 497 milliards d'euros sur dix ans (2004-2014). Surtout, ce bilan négatif sur dix ans semble traduire une sorte d'accoutumance de l'économie au déficit des échanges extérieurs, même si le rythme tend à ralentir (53 milliards de déficit attendus cette année après 60 milliards en 2013 et surtout le record de 74 milliards en 2011). Les chiffres du premier semestre traduisent en tout cas la faiblesse de l'économie tricolore et l'absence quasi complète de croissance intérieure. Car ce ne sont pas les exportations, en baisse pour le troisième semestre consécutif (- 0,2 %, à 217,45 milliards d'euros), qui expliquent la légère embellie.

En fin de compte, la moindre dégradation du solde commercial français s'explique par le ralentissement des importations (- 1,2 %, à 246,6 milliards d'euros), surtout imputable aux hydrocarbures et au pétrole raffiné. C'est donc bien une amélioration en trompe l'œil.

Jeudi dernier, lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion mensuelle de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi a évoqué la baisse de la monnaie unique observée depuis quelques semaines. Le 25 juillet, l'euro est en effet tombé à 1,3422 dollar, son plus bas niveau depuis huit mois. Depuis, il est passé sous la barre de 1,34 dollar. Et d'après les cambistes, la tendance pourrait bien se poursuivre. Même si la BCE n'a en théorie pas pour mission d'intervenir sur le niveau des changes, elle suit le sujet de près. Selon M. Draghi, le décrochage de l'euro tient surtout à un phénomène : les investisseurs ont enfin compris que les politiques monétaires européenne et américaine vont durablement diverger. Les taux directeurs américains devraient remonter dès mi-2015, alors qu'ils resteront à leur plus bas niveau historique dans la zone euro. Résultat : les capitaux commencent à se rediriger vers les États-Unis, à la recherche de meilleurs rendements. Ce qui pousse mécaniquement l'euro à la baisse face au dollar.

LA BANQUE VERTE DANS LE FLOU AU PORTUGAL

Pour les spécialistes, ce n’est pas tant l’euro qui baisse que le dollar qui monte. Car en période de déflation, le billet vert est toujours perçu comme une valeur refuge. C’est ce qui expliquerait que beaucoup de gestionnaires d’actifs européens commencent à vendre des actions européennes pour acheter des actions américaines ou simplement du dollar. C’est ce qui justifie aussi la baisse de 10 % enregistrée ces dernières semaines par l’indice CAC 40.

Après l'espagnol Telefonica qui avait exprimé, en début de semaine, sa volonté de racheter la filiale de Vivendi pour 6,7 milliards d'euros, voici que Telecom Italia pourrait bien entrer dans la danse. Des contacts auraient été pris entre les dirigeants de la holding Vivendi, par ailleurs maison mère de Canal+, Universal et pour quelques mois encore SFR, et ceux de Telecom Italia en vue d'une contre-offre de ce dernier. Selon le Financial Times, Marco Patuano, PDG de l'opérateur italien, et Vincent Bolloré, président du conseil de surveillance du groupe de médias français, auraient directement discuté ensemble d'une possible proposition. Et cela sans même que les autres membres du conseil de Vivendi n’aient été prévenus et qu’une banque conseil ait été recrutée.

Si cette dernière offre se concrétise, elle reposerait sur l'entrée de Vivendi au capital de Telecom Italia, qui payerait donc son acquisition en grande partie en titres. Officiellement, pourtant, GVT n'est pas à vendre. Chez Vivendi, on insiste sur le fait que les dirigeants sont en vacances et que, pour l'instant, le groupe n'a reçu qu'une seule offre, celle de Telefonica. Cependant, le conseil de surveillance qui se réunit la semaine du 25 août devrait tout de même examiner la proposition de l'espagnol. Cette offre prévoit le paiement des 6,7 milliards d'euros de GVT en partie en numéraire (60 %). Et en partie – à hauteur de 40 % – en titres de Vivo, l'opérateur filiale de Telefonica au Brésil. Vivendi se retrouverait ainsi avec 12 % de l'entité nouvellement constituée.

L’autre sujet brulant du moment réside dans le sauvetage de la banque portugaise Espirito Santo. La plupart des investisseurs parisiens ont noté le silence prudent du Crédit Agricole (actionnaire à hauteur de 15 % de cet établissement) sur ce sujet, alors qu’il aurait du être logiquement mis à contribution. Pour l’heure, c’est l’état portugais avec des banques domestiques qui jouent les pompiers. Mais personne n’est certain que les milliards d’euros injectés cette semaine suffiront à éteindre l’incendie.

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