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Le couple Sarkozy-Hollande tiré à la baisse par tous les sondages
par Yves de Kerdrel

Le président de la République revient à ses plus bas niveaux dans les enquêtes d’opinion. Cela est lié aux conséquences du projet de loi El Khomri, mais aussi à son manque d’autorité dans l’affaire de Calais. Parallèlement, à droite, Nicolas Sarkozy ne parvient pas à rebondir, comme s’il était coincé par un duel d’image avec François Hollande. Les français ne voulant voir aucun des deux en 2017.

06/03/2016 - 07:53 Temps Lecture 13 mn.

Tous les sondages sont de nouveau au rouge pour François Hollande après l’éclaircie dont il a bénéficié au lendemain des attentats du 13 novembre dernier. Pour l’enquête mensuelle TNS Sofres réalisée pour le Figaro Magazine, sa popularité est désormais de 16 %, à peine différente des 15 % enregistrés le mois précédent. Pour le baromètre Elabe-Les Echos, la cote de popularité de François Hollande s’effondre à 17 % en repassant sous la barre des 20%, qu’il n’avait pas franchie depuis plus d’un an. Quelles que soient les études et les baromètres le Chef de l’Etat est donc au plus bas depuis qu’il est entré à l’Elysée. Et le pire c’est que 17% seulement des Français disent lui faire confiance pour affronter efficacement les principaux problème.

En baisse de 4 points avec 23% de bonnes opinions, Manuel Valls est, lui aussi, au plus bas depuis qu’il est à Matignon. A 1 point seulement du record de son prédécesseur, Jean-Marc Ayrault. Le coup est particulièrement rude pour le couple éxécutif. François Hollande perd du terrain dans la quasi totalité des catégories de la population. A l’exception des sympathisants PS. L’exécutif n’est pas seulement plombé par l’absence de résultats. Il pâtit aussi d’une séquence de plusieurs mois dont c’est peu dire qu’elle a semé le trouble. Les polémiques sur la déchéance de nationalité, la gestion de la réforme du Code du travail, le remaniement gouvernemental et ses interventions médiatiques l’ont brutalement fait replonger.

LE DILEMME DE VALLS

Tout cela relance les spéculations sur l’avenir du couple Hollande-Valls. Le Premier Ministre aurait rêvé de porter la loi El Khomri, quitte à être censuré par l’assemblée nationale. Mais aujourd’hui ce texte semble parti pour ne même pas être discuté par les parlementaires, ou alors de manière très édulcorée. Le locataire de Matignon est donc face à une situation difficile. Il sait que s’il reste, il sera « hollandisé » et donc aspiré par le bas. Et s’il part, il ne pourra se parer d’aucun résultat concret après deux années de social-libéralisme.

Pour l’heure, le report de quinze jours de la présentation en conseil des ministres du projet de loi El Khomri, d’abord prévue le 9 mars, n’a pas dissuadé vingt associations de gauche représentant lycéens, étudiants et militants de maintenir leur appel à une journée d’action le 9 mars. Il s’agit, manifestement d’un premier tour de chauffe, qui effraie déjà le gouvernement dans la mesure où il risque d’amener dans la rue des étudiants et des lycéens. Depuis une semaine, les réseaux sociaux relaient la grogne des frondeurs et des étudiants. En fin de semaine plus de un million de personnes avaient signé la pétition « Loi travail : non, merci ! », lancée par la féministe Caroline De Haas, ancienne secrétaire générale de l’UNEF et proche de Pierre Laurent, de Cécile Duflot et de Pouria Amirshahi.

LES JEUNES DANS LA RUE

A un an de la présidentielle, une partie de la gauche semble pousser les feux d’un mouvement étudiant. Sur le terrain, le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) et l’Union nationale lycéenne (UNL) prêtent main-forte à une partie de l’UNEF pour mobiliser les campus contre ce projet de loi. Curieux retour de baton pour un Président qui avait fait de la jeunesse la priorité de son quinquennat. Tout ressemble à ce qui s’est massé en mars 2006 avec le CPE de Dominique de Villepin. Le climat économique, social et moral rend l’émergence d’un mouvement plausible, car aux difficultés matérielles que rencontrent les étudiants, à la peur du chômage est venue s’ajouter une crise morale née après les attentats, nourrie par les débats sur la déchéance de nationalité. Il reste que, contrairement aux deux dernières grandes mobilisations étudiantes il ne s’agit pas, ici, d’une loi qui concerne spécifiquement les étudiants.

Par ailleurs la fameuse unité syndicale semble déjà commencer à se fracturer. Les représentants d’une dizaine de syndicats se sont penchés, jeudi dernier, sur des contre-propositions pour cette réforme, jugée trop favorable au patronat. Mais à l’issue de la réunion, seuls cinq syndicats (la CFDT, la CFE-CGC, la CFTC, l’UNSA et la FAGE, un syndicat étudiant) se sont accordés sur une liste de réclamations à formuler au gouvernement. Les autres réclament le retrait pur et simple de la réforme. Dans une déclaration commune, les cinq syndicats affirment toutefois que ce projet de loi ne doit pas être seulement ajusté, mais impérativement modifié en profondeur, afin de le rééquilibrer en faveur des salariés

LA DROITE MAL A L’AISE SUR CE TEXTE

Si les syndicats n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur des contre-propositions à présenter au gouvernement, plusieurs appels à manifester ont également été lancés. Outre le mouvement du 9 mars, la CFDT, la CFE-CGC, la CFTC, l’UNSA et la FAGE ont appelé leurs structures territoriales à organiser des rassemblements dans toute la France samedi 12 mars. Par ailleur, à l’issue d’une rencontre au siège de la CGT, à Montreuil, sept organisations ont appelé en outre à la grève et à manifester le jeudi 31 mars. Du côté des syndicats, la CGT, FO, Solidaires, FSU font partie de ces signataires. Ils sont rejoints par les organisations étudiantes UNEF, UNL et FIDL. La CFE-CGC, qui n’a pas participé à une manifestation depuis 2010, pourrait rejoindre le mouvement.

Du côté de la droite où l’on tient beaucoup de propos contradictoires sur ce projet de loi El Khomri, la priorité des ténors est surtout de faire campagne auprès des paysans en profitant de la méfiance des agriculteurs à l’égard de François Hollande. Au cours de la semaine, Nathalie Kosciusko-Morizet, Nadine Morano, Nicolas Sarkozy, François Fillon, Bruno Le Maire, Alain Juppé ou encore Jean-François Copé ont arpenté les allées, distribué les poignées de main et les sourires et pris la pose au plus près des charolaises et autres limousines. L’attitude des différents candidats à la primaire a mis en lumière leurs différences de style. Mercredi, fidèle à ses habitudes, Nicolas Sarkozy a joué la proximité lors de ses sept heures de visite. Bruno Le Maire a lui aussi plongé dans la foule. Une façon de mettre en scène sa notoriété ascendante et d’enraciner sa récente déclaration de candidature à la primaire. Alain Juppé et François Fillon ont, eux, joué une autre partition. Présent toute la journée de jeudi, le maire de Bordeaux a joué le jeu des photos et des salutations aux visiteurs. François Fillon a privilégié les échanges de fond avec les représentants du monde paysan.

SARKOZY PEINE A REBONDIR

Pressé par ses amis, Nicolas Sarkozy multiplie les signaux en vue d'une éventuelle candidature. Après que son micro-parti s'est doté, la semaine dernière, d'une association de financement, l’ancien Chef de l’Etat vient de faire un pas de plus vers la primaire: il s'est rendu pour la première fois à une réunion officieuse de ses soutiens. Organisée dans une une brasserie à côté du siège des Républicains, Nicolas Sarkozy se serait contenté de passer saluer ses amis. Mais il entend rester le patron du Parti et donc éviter de descendre dans l’arène tout de suite. Par ailleurs, il n’entend pas céder à ses compétiteurs sur la question des investitures à la législative de 2017 en tentant d’imposer le mois de juin comme date limite. Ce qui constitue un point de friction majeur.

Le problème de Nicolas Sarkozy reste son image et les très mauvais sondages qui entachent sa capacité à revenir. Rien n’y fait. Ni les bonnes ventes de son livre ni sa forte présence médiatique des dernières semaines. Nicolas Sarkozy poursuit sa chute, dans son propre camp, comme en témoigne le baromètre Elabe-Les Echos. Le président du parti Les Républicains, qui avait repris 4 points le mois précédent, dévisse à nouveau, de 8 points, auprès des sympathisants de droite et du centre. En trois mois, il y a perdu 19 points. Et pas moins de 27 depuis son retour à la tête de l’UMP. Avec 42 % de bonnes opinions à droite et au centre, l’ancien locataire de l’Elysée est loin derrière ses rivaux en interne. Le maire de Bordeaux caracole en tête à 76 %, François Fillon est à 57 % et Bruno Le Maire à 53 %.

RALENTISSEMENT DE LA PRODUCTION INDUSTRIELLE

Du coté de l’actualité macro-économique les nouvelles hexagonales ne sont toujours pas réjouissantes. L’indice Markit de la production manufacturière publié en début de semaine s’est établi à 50,2 contre 50 un mois plus tôt, soit une quasi stagnation. Or les enquêtes de Markit sont généralement de bons indicateurs avancés et permettent de se faire une idée de la tendance de l'activité par secteur des pays concernés. La production manufacturière de l'Allemagne a subi un choc plus important que les autres en février, avec un recul de l'indice PMI de près de 2 points, en raison de l’exposition importante de ses exportations aux émergents. Globalement les pays de la zone euro devraient connaître un ralentissement de leur production industrielle dans les prochains mois sous le triple effet de l’appréciation de l’euro, du ralentissement des émergents et des soubresauts sur les marchés financiers.

France Stratégie, qui est une sorte de remplaçant du Commissariat au Plan, dirigé par Jean Pisani-Ferry a publié cette semaine un rapport assez inquiétant sur les dix prochaines années. Il explique qu’en 2017, le revenu par tête sera à peu près équivalent à ce qu’il était dix ans plus tôt. Et ses perspectives sont loin d’être encourageantes. Selon cette organisme, au cours de la prochaine décennie, le rythme de croissance mondiale et dans les pays avancés devrait être à peu près identique  à celui de la décennie qui s’achève. L’intervalle de croissance des pays avancés se situe entre 0,5 % et 2 % par an, avec un scénario central à 1,5 %, contre 1,1 % entre 2007 et 2016. Conclusion de Jean Pisani-Ferry : il va donc falloir  adapter nos modèles sociaux à un régime de croissance durablement faible .

SOLOCAL, DE L’EMBROUILLE AU SCANDALE ?

Au chapitre des entreprises, le projet de fusion entre les Bourses de Londres et de Francfort (Deutsche Börse) agite largement les esprits surtout à Paris où cela représente une menace pour Euronext. Ensemble, Deutsche Börse et le London Stock Exchange ont un chiffre d’affaires et une capitalisation boursière dix fois supérieurs à ceux d’Euronext. Mais la fin de l’histoire est loin d’être écrite dans la mesure où l’ICE a fait savoir qu’il étudiait la possibilité de faire une contre-offre sur le LSE. Une vaste guerre au plus offrant pourrait s’ouvrir. Le sujet est regardé de très près par Emmanuel Macron. Chez Euronext, on ne fait pas de commentaire. D’autant que son patron, Stéphane Boujnah doit présenter sa nouvelle stratégie en mai. Avec à la clé une rumeur sur un possible rachat de la place de Madrid par Euronext.

Toujours à la recherche de rentrées financières, Emmanuel Macron, veut boucler au plus vite la vente de la participation de 60 % que l’Etat détient au capital des aéroports de Nice et de Lyon. Il a reçu cette semaine Christian Estrosi, le maire de Nice, également président de la métropole Nice-Côte d’Azur, actionnaire de l’aéroport, puis une délégation conduite par Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, et le maire de Lyon, le socialiste Gérard Colomb. Dans les prochains jours, le cahier des charges des deux appels d’offres devrait être publié au Journal officiel. Le dépôt des candidatures a été fixé au 20 mars. Les offres indicatives devront être remises dans la semaine du 25 avril. A Bercy on précise que le repreneur devrait être désigné fin juillet ou début août.

Enfin l’affaire Solocal que nous avons révélé dan ces colonnes il y a deux semaines prend une ampleur inattendue. Désormais la société doit faire face à une fronde 550 actionnaires qui détiennent ensemble plus de 6 % du capital. Ce qu fait d’eux le premier actionnaire de la société. De manière à calmer leurs critiques en matière d’information financière, les dirigeants de Solocal ont décidé de créer un comité consultatif. Mais ils demandent désormais deux sièges au conseil d’administration. Un conseil mis sous pression depuis qu’ils ont fait savoir publiquement qu’il s’opposerait à tout projet d’augmentation de capital réservé à un tiers ou aux créanciers, dans des conditions sans rapport avec la valeur intrinsèque de la société. L’AMF, de son coté, a décidé de placer la communication de la société sous surveillance.

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