Feuilleton de l'été
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Antoine Frérot, Veolia : l'art pour mieux se connaître
« L’art ne vient pas coucher dans les lits qu’on a faits pour lui ; il se sauve aussitôt qu’on prononce son nom : ce qu’il aime c’est l’incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s’appelle », disait Jean Dubuffet de l’art brut. Cet art, aussi surnommé «l’art des fous », a la particularité de regrouper des productions réalisées par des non-professionnels de l'art (souvent des pensionnaires d'asiles psychiatriques ou des autodidactes). Si Antoine Frérot, le patron de Veolia aime cet art, c’est justement pour tout cela. Mais pas seulement. « C’est en me fondant dans ces œuvres que je parviens à trouver quelques réponses sur moi-même, sur la place de l’être humain dans le monde. L’art brut, mais aussi l’art tribal ou l’art moderne me parlent. Dans leur forme j’y trouve des sujets de fond, une nourriture philosophique et métaphysique », assure-t-il. « L’art brut donne la parole à des personnalités qui ne peuvent s’exprimer que par le dessin. Ce qui apporte bien plus de puissance à leur travail. On sent ici le profond de l’être. On n’est plus dans l’habituel, ni le bien paraître mais davantage dans l’essentiel».
Cette passion lui est venue dès l’âge de raison. « Je me souviens d’avoir acheté ma première gouache avec ma première solde du service militaire. C’était un dessin d’un peintre allemand que j’ai toujours gardé ». Et depuis, cette attirance n’a pas cessé d’habiter celui qui allait faire grossir les rangs de l'X et des Ponts et Chaussées. « Plus qu’il ne se laisse regarder, l’art agit, vous travaille. On s’en imprègne, on échange avec l’œuvre. C’est une voix qui permet d’en savoir plus sur nous même, d’approfondir nos quêtes. C’est quelque chose que l’on ne peut pas toujours nommer, qui crée du sens ».
Pour enrichir sa collection, Antoine Frérot aime plus que tout aller musarder dans les galeries, celles qu’il aime bien, là où les galeristes sont davantage des « passeurs » que des marchands. « J’aime m’installer confortablement dans un canapé, y passer du temps, discuter avec les artistes, avec ceux qui défendent leurs poulains, même morts». Parmi celles-ci, la galerie Christophe Gaillard ou Christian Berst au cœur de Paris. Mais aussi la galerie Bernard Dulon ou Anthony Meyer, spécialisée dans l’art tribal.
Chez lui, il n’hésite pas à changer de place tableaux et sculptures lorsqu’ils ne lui parlent plus assez ou qu’il a l’impression de ne plus les voir. Lorsque le contact a même franchement disparu, il les vend. « Ce qui peut faire hurler les enfants qui s’étaient finalement fait à ces oeuvres après les avoir largement critiquées ». Mais comme Antoine Frérot a du mal à résister à l’appel de nouveaux talents, il faut bien se résigner à en vendre. Côté art moderne, il est notamment sensible au travail de Jean Fautrier, Tetsumi Kudo ou Hélène Delprat.
Cette passion nourrit l’essentiel de ses loisirs. Il reconnaît d’ailleurs qu’il y consacre au moins 6 à 7 heures par semaine lorsque ses occupations professionnelles le lui permettent. « Quand je voyage à l’étranger, je me rends compte parfois à quel point ce monde me manque. J’en profite pour lire sur le sujet ». Apprendre et en apprendre toujours un peu plus sur lui sont ses maîtres mots. Pour cela, il a ses peintures, ses dessins et ses sculptures qui lui parlent et viennent enrichir sa pensée. Celle qu’il parvient à renouveler sans cesse grâce à cette quête sans fin et cette matière en perpétuelle renaissance.
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