Série de fin d'année : les plus grands noms de l'économie se livrent sur WanSquare (4)
Les deux questions posées sont les suivantes :
1/ Quel événement vous a le plus surpris en 2015 ? (hors attentats)
2/ Comment voyez-vous 2016 ?
Jean-Luc Allavena, associé du fonds d’investissement Apollo Management et président de la French-American Foundation
1/ Le dynamisme de l'économie américaine et les signes de faiblesse dans certaines zones en développement continu depuis plusieurs décennies, dont la Chine
2/ Un redémarrage de la croissance en Europe permettant un meilleur équilibre et une stabilité entre les principales zones économiques mondiales ainsi que leurs monnaies respectives.
Tina Byles Williams, CEO de FIS Group (4,3 milliards de dollars d’actifs sous gestion)
1/ La volatilité accrue, en particulier aux US, où nous sommes en période de transition entre des marchés soutenus par la liquidité et ceux soutenus par la croissance. La rotation des profits vers des pays non liés à ces ressources et des pays développés non américains. Dans nos prévisions 2015, nous avions prévenu que le marché actions chinois très bullish apparaissait particulièrement vulnérable.
2/ En 2016, nous anticipons la poursuite d’une croissance durable plus faible dans les pays développés tandis que le dollar poursuivra un mouvement d’appréciation de long terme. La croissance du PIB chinois devrait retomber entre 5,5 et 6% avec l’émergence du statut de la classe moyenne. Nous ne serions pas surpris si 2016 apportait d’autres soubresauts politiques qui laissent planer la menace d’un « hard landing » chinois. Mais nous continuons à penser que ce scénario n’a qu’une faible probabilité. Le prix du pétrole sera toujours sous pression au premier semestre et évoluera ensuite entre 40 et 50 dollars.
Xavier Caïtucoli, le PDG de Direct Energie
1/ Outre l’évidente et extraordinaire redistribution des cartes géopolitiques et économiques, l’année 2015 aura été l’année la plus chaude de toute l’histoire moderne. Que ce soit l’effet du réchauffement climatique, ou un simple aléa ponctuel du climat, cette année, marquée par la COP21, est le point de départ d’un mouvement qui devra impliquer tous les membres de la société bien au-delà des producteurs d’énergie.
2/ 2016 sera une année de transformation… transformation de nos pratiques de consommation d’énergies qui deviendront plus responsables. Mais plus généralement, la baisse des prix du pétrole, l’évolution des devises et l’accentuation des tensions politiques vont transformer notre monde de manière très profonde et forcer nos économies à se remettre fondamentalement en question.
Patrick de Cambourg, Président d'honneur du Groupe Mazars, Président de l'Autorité des normes comptables (ANC)
1/ La poursuite de la montée en puissance du populisme, en Europe et ailleurs ! Le rejet du « système » et des solutions offertes par la démocratie traditionnelle n’est plus un fait marginal ou le fait d’une minorité agissante, il se positionne en moteur du changement et en perspective de gouvernement.
2/ L’évolution économique en Chine, l’élection présidentielle américaine, la stabilité et la dynamique économiques et sociales des principaux pays européens et de la construction européenne, la stabilité du marché des matières premières et des marchés financiers, le traitement de la menace terroriste constituent autant de paramètres qui, selon les réponses apportées, ouvrent une palette assez large de scenarii possibles. Ces paramètres sont à la fois autonomes et liés. De leur interaction dépend la tonalité, négative ou positive, de l’année.
Michaël Fribourg, PDG du groupe Chargeurs
1/ La vitalité des économies américaine et allemande démontre l’efficacité des efforts de compétitivité et l’exceptionnelle capacité d’adaptation de leurs entreprises. La France, comme l’Europe, doit s’inspirer de ce modèle fort de groupes industriels leaders et conquérants dans la mondialisation.
2/ Nous allons vivre à nouveau une année de forte volatilité économique. Les gagnants seront les entreprises mondiales qui auront su construire des modèles industriels performants, résilients à la désynchronisation des cycles économiques de différentes régions du monde. La stratégie de présence mondiale de Chargeurs dans l’ensemble de ses métiers vise à consolider ce modèle de performance globale.
Mathieu Gélis, directeur général de Citi en France
1/ La grande volatilité sur les marchés, avec une année encore difficile sur le plan macroéconomique. La perte d’influence des européens sur la scène internationale.
2/ Toujours beaucoup de volatilité, avec des échéances politiques en Europe et aux Etats Unis. Et, dans le même temps, de meilleures perspectives économiques avec une reprise des opérations de croissance externe pour les multinationales européennes avec l'afflux de liquidité bon marché.
Andrew Milligan, Head of Global Strategy, Standard Life Investments (379,5 milliards de dollars sous gestion)
1/ La plus grosse surprise en 2015 a été la faiblesse des pays émergents en général, et de la Chine en particulier, et les erreurs politiques qui sont apparues. Elles ont mis de la pression sur les prix des matières premières et ont ainsi impacté l’inflation. Les banques centrales ont dû être encore plus accommodantes ou retarder leur resserrement monétaire, donc la Réserve Fédérale a été incapable de relever les taux avant décembre.
2/ Nous nous attendons à voir plus de volatilité en 2016, en lien avec les politiques monétaires divergentes entre les US et les autres pays, et des nouvelles mitigées des pays émergents comme la Chine. Nous pensons que les marchés européens vont un peu mieux performer, grâce à de bonnes nouvelles sur les profits des entreprises, tandis que les obligations souveraines européennes seront soutenues par la BCE.
Nadra Moussalem, Directeur Général Europe de Colony Capital
1/ D’une part, la très grande volatilité et la brutalité des changements de comportement et de convictions des acteurs économiques face aux matières premières, aux marchés émergents, à l’Europe, dans un contexte d’interventions puissantes des banques centrales, notamment de la BCE qui a installé des taux d’intérêt négatifs. D’autre part, le bouleversement des équilibres politiques historiques en Europe (France, Espagne, Grèce…).
2/ Une accélération de la croissance en Europe continentale, dans un contexte de volatilité toujours important et sous la menace de l’aléa politique avec des taux de chômage très élevés.
Natacha Valla, directrice adjointe du CEPII (centre d’études prospectives et d’informations internationales)
1/ Pour l’économie internationale, deux « rites de passage » ont été effectués : l’un par la Banque centrale européenne, qui a finalement franchi le pas de la politique quantitative à grande échelle pour sauver la monnaie unique. L’autre par l’entrée, elle beaucoup plus discrète, du Renminbi dans le panier des devises élues pour les « Droits de Tirages Spéciaux » du Fonds monétaire international.(...) On peut y voir un détail d’ordre technique : c’est au contraire un symbole lourd de sens pour une économie qui a longtemps hésité à mettre sa monnaie en avant dans l’économie mondiale.
2/ Pour 2016, migrations et terrorisme seront toujours des questions centrales, à juste titre. (...) Autre grand sujet : des besoins d’investissements absolument majeurs ont été identifiés un peu partout dans le monde ces dernières années, dans les pays émergents comme avancés. Comment seront financés ces grands projets, ces infrastructures, ces nouvelles technologies, cette transition énergétique ? Encore un défi, et non des moindres.
Paul Watters, Directeur Senior et Responsable de la recherche Entreprises chez Standard & Poor’s
1/ Nous avons été particulièrement frappés de la sévérité avec laquelle les prix de l’énergie et des matières premières ont chuté. Leur effondrement a résulté à la fois de surinvestissements du côté des producteurs, du contexte géopolitique au Moyen-Orient et d’un réajustement de la demande. Mais la chute des prix a également été exacerbée par les principales industries du secteur qui ont accru leur production au maximum pour essayer de prendre des parts de marché.
2/ Le Vieux Continent demeurera au milieu d’un cycle plutôt équilibré avec une amélioration de la situation économique des pays européens qui devrait principalement bénéficier aux secteurs qui ne seront pas trop exposés aux technologies, ni à l’approfondissement de la régulation ou les incertitudes politiques. La croissance américaine devrait continuer de croître, permettant ainsi à la Fed de continuer à relever ses taux progressivement, tandis que l’effondrement des matières premières et le ralentissement chinois pèseront sur les émergents.
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