Décès de Serge Kampf, grande figure de l'industrie française
C’est la fin d’une belle histoire à la française. Le fondateur du géant tricolore Capgemini est décédé mardi à Grenoble, cette même ville où il avait lancé son aventure entrepreneuriale près de 50 ans plus tôt. A 81 ans, ce dirigeant très discret était encore vice-président du conseil d’administration et président d’honneur de Capgemini, et fut « étroitement impliqué dans la vie et la stratégie du groupe jusqu’à la fin », selon le communiqué de presse. Il avait quitté la présidence en 2012 pour laisser le rôle de PDG à Paul Hermelin, son collaborateur depuis 1993.
Car de fait, l’entreprise était « l’œuvre de sa vie », créée en 1967 sous le nom de « Sogeti », avec l’aide de trois collaborateurs installés dans un deux-pièces de Grenoble. « Il avait su, avant les autres, anticiper les révolutions industrielles de la fin du XXe siècle », a salué François Hollande, tandis qu’Emmanuel Macron déplore la perte d’un « grand capitaine d’industrie », dont l’entreprise « porte haut les couleurs de l’économie française ». Le groupe Wendel affirme de son côté que sa collaboration avec Capgemini avait marqué pour lui « le début de la renaissance après le temps de la sidérurgie », et veut même s’employer à trouver « les Serge Kampf de demain ».
Un succès fulgurant qui provenait en effet de sa compréhension des mutations apportées par le numérique, mais également de sa gestion efficace d’une entreprise en constant élargissement. Au départ, titulaire d'une double licence de droit et d'économie, après un passage par la direction générale des Télécommunications, Serge Kampf intègre la Compagnie des Machines Bull, où il découvre l’informatique et prend conscience des changements radicaux qu’elle amène dans l’organisation des entreprises.
Avec sa propre société, il crée une offre de services inédite, alliant le soutien technique au conseil en gestion et organisation. Dès lors, l’entreprise ne va cesser de croître. « A l’époque, tout le monde m’affirmait que j’arrivais trop tard, le marché étant déjà occupé par des groupes », déclarait Serge Kampf au « Monde » en 2012. Mais de fait, il racheta l’essentiel de ces concurrents, dont CAP et Gemini Computer Systems en 1975, pour devenir un leader européen, avec une présence dans 21 pays.
Un an après son entrée au CAC 40 en 1988, le groupe devient l’un des 5 leaders mondiaux du secteur et poursuit ses acquisitions en Europe comme aux Etats-Unis. Le tout encadré par un management novateur, basé sur la responsabilisation des managers, mais surtout un système de rémunération variable. L’an passé, Capgemini employait plus de 180.000 personnes, pour un chiffre d’affaires de 12 milliards d’euros.
Mais les hommages à Serge Kampf viennent aussi du monde du rugby, l’autre passion du dirigeant, qui se serait même « inspiré des valeurs de ce sport » pour construire son groupe. Fidèle soutien des clubs de Biarritz, Grenoble et de la sélection internationale des Barbarians, il avait œuvré au rapprochement du monde des affaires et du ballon ovale, notamment en organisant le voyage décisif de plusieurs chefs d’entreprise à la finale de la Coupe du monde 1995, en Afrique du Sud.
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