La rémunération de 637,8 millions de dollars du DG de Snap tutoie des sommets
La SEC a publié hier sur son site internet les montants perçus par les différents dirigeants de Snapchat au titre de 2017. Et la ligne qui concerne le directeur générale et co-fondateur du réseau social n’a pas manqué d’être remarquée. Evan Spiegel s’est vu attribuer pour plus de 34 millions d’actions, qui seront débloquées de manière trimestrielle pendant trois ans. Leur montant potentiel atteint les 636 millions de dollars, selon le document. Somme à laquelle il faut ajouter plus de 1,2 million de dollars en salaire (98.000 dollars) et autres compensations. La rémunération de l’an passé d’Evan Spiegel, DG et co-fondateur, atteint donc les 637,8 millions de dollars, et tutoie des sommets. Justifiés ?
Cette compensation « était une rétribution ponctuelle de la performance attribuée à M. Spiegel en rapport avec notre IPO de mars 2017 », a expliqué Snap. Ce chiffre est à mettre en perspective avec les 2,4 millions de dollars touchés par le DG au titre de 2016, dont 500.000 de fixe et 1 million de dollars de bonus. Snap précise que depuis l’introduction en Bourse, le fixe du CEO est passé à 1 dollar. Ce n’est d'ailleurs pas la première fois qu’un dirigeant, à la tête d’une entreprise liée à la technologie, touche ce type d’émoluments. On pense à Marc Zuckerberg de Facebook, dont le salaire a été fixé à 1 dollar symbolique.
Les 638 millions de dollars font entrer Evan Spiegel - dirigeant de 27 ans dont la fortune est estimée à 3,9 milliards de dollars par Forbes - dans la cour des patrons les mieux rémunérés. Selon Reuters, qui se base sur ISS Analytics, il s’agit de la troisième plus forte rémunération jamais versée à un directeur général. « Evan Spiegel se classe ainsi juste derrière Daniel Och, directeur général du fonds activiste Och-Ziff Capital Management. » Ce dernier a remporté 918,9 millions de dollars lors de l'exercice fiscal 2007 et 1,19 milliard de dollars en 2008. Du côté du Financial Times, on cite Equilar, qui rappelle que lorsque Tim Cook a remplacé Steve Jobs chez Apple en 2011, le dirigeant a reçu des actions à déboucler sur 10 ans pour un montant estimé à 376 millions de dollars à cette époque. « Il est très rare de voir une récompense aussi importante », a ainsi commenté Dan Marcec, directeur de la communication chez Equilar, au sujet du cas Snap. Et d’ajouter : « Je serai surpris d’en voir une plus importante en 2017 ».
Néanmoins, il convient de mettre en perspective les montants potentiels. Le principe même des actions à débloquer dans le temps, lie la recette finale aux performances – au moins boursières – de l’entreprise. Par exemple, Nick Woodman a reçu des titres pour une somme potentielle de 285 millions de dollars au moment de l’IPO en 2014 de GoPro, dont il est le directeur général. Or, depuis, l’action a perdu plus de 90% de sa valeur. A ce jeu-là, Elon Musk a également vu grand, en annonçant un plan de rémunération à 10 ans lié au comportement boursier et à la croissance de Tesla. Un package qui pourrait rapporter de 0 à 55 milliards de dollars au patron, selon les diverses estimations des médias américains.
Quels sont les risques pour le DG de Snap ? Ce mois-ci, la société - au management très jeune - a annoncé des revenus en hausse de 72% en 2017 à 286 millions de dollars. Un chiffre largement supérieur aux attentes et qui a permis au réseau social de rebondir en Bourse, après un exercice 2017 compliqué. Le groupe a investi pour régler le problème des recettes publicitaires et améliorer son application. Si ces débours sont nécessaires, les pertes se sont encore creusées pour cumuler à 3,44 milliards de dollars sur l’année. Par ailleurs, Snap n’a toujours pas dégagé de bénéfices depuis son lancement en 2011. Et pour ne rien arranger, hier - jour de révélation de la rémunération - le titre a chuté de 6%. La raison ? Kylie Jenner, starlette issue de la téléréalité et qui a établi le record de « like » sur une photo Instragram, a indiqué sur Twitter qu’elle n’utilisait plus l’application. Si Snap regroupe tout de même 187 millions d’utilisateurs, son modèle, notamment très lié aux tendances et aux fans de ce service, peut provoquer des moments de scepticisme.
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