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L’avenir de la politique monétaire US se joue maintenant

Alors que Donald Trump a indiqué être tout près de prendre sa décision sur le nom du prochain président de la Fed, les deux candidats pressentis offrent deux visions très différentes de la politique monétaire. En sortira une Fed en continuité avec Janet Yellen ou plus encline à la dérégulation.
FED - logo
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Comme pour la plupart de ses nominations, Donald Trump manie l’art du suspense quant au choix du prochain président de la Fed. « Je suis tout, tout près d’avoir pris ma décision », a-t-il indiqué aux journalises lundi, après avoir rencontré plusieurs candidats à ce poste. Dans l’interview qu’il a accordée à Fox News la semaine passée, le Président américain a mentionné trois noms, dont celui de Janet Yellen, qui est en place jusqu’en février prochain. Les deux autres ont des opinions très divergentes sur la conduite de la politique monétaire, ce qui pourrait influencer le cours de la normalisation monétaire dans les prochains mois et années.

Selon le site de paris américain PredicIt, le candidat qui tient la corde est Jerome Powell, un membre actuel de la Réserve Fédérale qui se voit attribuer 54% de chances de l’emporter. Ce dernier représente plutôt la continuité avec la politique menée par Janet Yellen, qui souhaite poursuivre une remontée progressive des taux d’intérêt. « Powell est une version Républicaine de Yellen, avec l’atout de vouloir réduire la régulation », commente Tom Porcelli, chef économiste Etats-Unis chez RBC Capital Markets. L’ancien associé chez Carlyle, qui a également travaillé comme sous-secrétaire au Trésor sous le gouvernement Bush Junior, s’est montré plutôt favorable à la politique accommodante mise en place par Janet Yellen, même s’il pourrait se montrer plus enclin à augmenter les taux un peu plus rapidement.

Une telle philosophie est en accord avec Donald Trump, qui a plusieurs fois loué les mérites des taux bas, notamment dans son activité d’investisseur immobilier. Ce dernier ne se prive d’ailleurs pas de mettre en avant le taux de chômage historiquement bas, à 4,2%, et le rallye continu des marchés, qui pulvérise de plus hauts niveaux depuis son arrivée au pouvoir. Cette prudence pourrait également être une force, au moment où la Fed vient de lancer les mesures de réduction de son bilan qui atteint lui aussi un record à 4 200 milliards de dollars. Enfin, Jerome Powell partage avec Janet Yellen l’opinion selon laquelle le facteur humain est essentiel pour décider des taux directeurs, et qu’une simple règle mathématique est insuffisante pour prendre en compte l’ensemble du paysage économique.

Sur ce point comme sur de nombreux autres, son avis est diamétralement opposé à celui du deuxième candidat le mieux placé : John Taylor, avec une probabilité de 34% selon PredictIt. Cet économiste et professeur à Stanford est lui aussi un ancien de la Fed et auteur de la fameuse règle de Taylor, qui pourrait déterminer les taux directeurs en fonction des données économiques du pays. Ce dernier a été un ardent critique des politiques de stimulus de la Fed, notamment les QE, estimant qu’elles étaient plus néfastes à l’économie et qu’il fallait y mettre fin le plus rapidement possible. Il estime que c’est le laxisme de la Fed qui a causé la crise financière et que l’application de sa règle permet d’empêcher de tels chocs car elle rend la politique monétaire plus efficace et prévisible.

En cela, sa position est proche de celle des Républicains du Congrès, qui font régulièrement pression sur Janet Yellen pour qu’elle soit plus transparente et applique une règle sur la fixation des taux, contre laquelle elle se défend bec et ongles. Pour John Taylor, les rachats d’actifs de la Fed nourrissent une bulle qui donnerait lieu à une inflation galopante, mais un tel effet ne s’est pas produit et la faible hausse des prix est aujourd’hui considérée comme un « mystère » par Janet Yellen elle-même.

Outre ces deux candidats, Donald Trump envisage toujours de maintenir Janet Yellen, dont il dit « beaucoup apprécier » le travail, dans ses fonctions, même si ses chances ne sont estimées qu’à 10% selon PredictIt. Sa position très favorable à la régulation financière risque de jouer contre elle auprès des membres de la Maison Blanche, qui sont pour nombre d’entre eux d’anciens dirigeants de Wall Street. Enfin, reste un challenger : Kevin Warsh, ancien membre de la Fed pendant la crise financière et qui prône une conduite beaucoup plus agressive de l'institution, via le resserrement monétaire et surtout une dérégulation massive. Marié à l’héritière Estée Lauder, ce dernier est un généreux donateur du parti républicain, mais son profil de rupture présente davantage de risques pour les marchés financiers. Ce qui ne ferait pas les affaires du Président, de son parti comme de ses proches collaborateurs.


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