Telle une télé-réalité, Donald Trump met en scène le choix de son cabinet
Véritable « show man », Donald Trump n’a pas boudé son plaisir lorsqu’il s’est affiché avec des candidats potentiels à son futur cabinet, qu’il avait convoqués sur sa propriété de golf de Bedminster, dans le New Jersey, où il passait le week-end. Alors que ses prédécesseurs ont toujours cherché à garder le plus grand secret sur leurs rencontres avant d’officialiser des nominations, le futur président a tenu à s’afficher avec ceux qui avaient fait le déplacement, multipliant les commentaires enthousiastes sans pour autant donner lieu à aucune annonce. Il a également repris un usage impulsif de son compte Twitter, que ce soit pour critiquer le message politique adressé par la troupe Hamilton à Broadway au futur vice-président Mike Pence (venu assister à la représentation), justifier d’avoir payé 25 millions de dollars pour solder le litige sur l’université Trump ou pour complimenter ses invités, comme le général Mattis pressenti au poste de secrétaire à la Défense, « un grand homme », « un véritable général de général ». Il a également fait preuve d’une ouverture d’esprit en invitant le républicain Mitt Romney, un de ses plus ardents critiques pendant la campagne, qui pourrait être candidat au poste de secrétaire d’Etat.
Malgré cela, difficile de lire entre les lignes de la part d’un homme n’ayant aucun mandat politique à son actif, notamment au sujet de sa ligne économique. Le candidat Trump a à la fois tenu un discours républicain, sur la nécessité de baisser les impôts et de réduire les contraintes réglementaires, mais s’est aussi montré très protectionniste, avec la remise en cause des traités de libre-échange internationaux ou des délocalisations, qui pourraient impacter la croissance. D’où l’importance de la personnalité qui accédera au poste de secrétaire au Trésor, et donnera l’impulsion de cette politique économique. Steve Mnuchin, qui était le responsable finance pendant sa campagne, ainsi que Jeb Hensarling, député républicain du Texas, seraient les mieux placés pour l’emporter. Le premier, ancien banquier de Goldman Sachs et soutien de la première heure, a un profil financier tandis que le second, qui a proposé un texte visant à remettre en cause le Dodd-Frank Act, est favorisé par les ténors du parti républicain.
Donald Trump a en outre rencontré d’autres profils pendant le week-end : Wilbur Ross, un investisseur milliardaire qui a fait fortune en misant sur la dette distressed, pourrait être pressenti comme secrétaire au Commerce. Le futur président a également rencontré Jonathan Gray, patron du pôle immobilier de Blackstone, ou encore David McCormick, président du hedge fund Bridgewater Associates, qui a travaillé au Trésor sous l’administration de George W Bush.
Pour l’instant, les marchés ont choisi de voir le verre à moitié plein et favorisent les baisses d’impôts couplées aux dépenses d’infrastructures, relativisant les risques liés aux renégociations des traités. Pourtant, les risques de cette présidence Trump ne sont pas à sous-estimer, estime Joachim Fels : « si elle met l'accent sur la mise en place de barrières douanières punitives et d'interdictions d'immigration, d'autres Etats pourraient prendre des mesures de représailles, provoquant potentiellement une guerre commerciale susceptible d'attiser une dé-mondialisation ». Ce dernier juge que l’inflation pourrait obliger la Fed à relever ses taux de manière plus agressive que prévu, prévient que l’indépendance de la banque centrale pourrait être menacée si son mandat est modifié par le nouveau gouvernement, et que la vigueur excessive du dollar « pénaliserait tout le monde ». Pour l’instant, les investisseurs n’en ont cure puisque le Dow Jones et le S&P 500 ont encore franchi leurs records historiques ce lundi.
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