Carrefour : les défis s’accumulent pour Alexandre Bompard
Moins d’un an après son arrivée à la tête de Carrefour, Alexandre Bompard est maintenant rentré dans le dur de la distribution et de ses challenges. Hier, le groupe a ainsi publié un premier trimestre particulièrement faible : le chiffre d’affaires a reculé de 2,4% en comparable et à taux de change constants, à 20,77 milliards d’euros, soit en dessous des 20,87 milliards attendus par le consensus. La mauvaise nouvelle de ce début d’année est que l’international n’a pas réussi à compenser un marché toujours atone en Europe et en France.
Dans l’Hexagone, les revenus sont certes stabilisés, en baisse de 0,1% à 9,48 milliards d’euros malgré la faiblesse des hypers, qui sont repassés dans le rouge (-2,3%). Mais la situation n’est guère plus brillante en Europe, où le groupe a pâti de « conditions moins favorables » (-0,8%) en raison de mauvaises conditions météorologiques. Là où le bât blesse, c’est surtout en Amérique latine, troisième plus gros marché du groupe, où le chiffre d’affaires dégringole de 11,9% en raison de la dévaluation du change et en particulier du real brésilien (il grimpe de 4,5% en retraitant du change, du pétrole et des effets de calendrier).
Malgré ces vents contraires, Alexandre Bompard n’a pas manqué de souligner les ambitieuses réformes lancées dans le cadre du plan de transformation « Carrefour 2022 », à travers un plan de transformation opérationnelle, le développement des canaux de distribution avec la livraison à domicile en France et les Carrefour Drive à emporter, ou encore des avancées concrètes dans la transition alimentaire, avec des engagements de traçabilité et de développement du bio. Pourtant, pressé par les analystes de donner des lignes directrices, le directeur financier Mathieu Malige s’est refusé à toute prévision de résultat opérationnel 2018 et aux alignements de prix pour redresser l’activité des hypermarchés. Une volonté de ne pas céder à la guerre des prix frontale de son concurrent Leclerc, qui a lancé de son côté un plan de 2 milliards d’euros de réductions de coûts.
Pour toutes ces raisons, les analystes sont prudents, voire circonspects pour l’exercice en cours. "La dynamique de résultats devrait rester faible en 2018, alors que l'environnement dans lequel le groupe évolue reste difficile dans la plupart des pays et que le plan de réduction de coûts devrait peser à court terme sur les performances des magasins", selon Barclays. Le consensus attend désormais un résultat opérationnel de 1,97 milliard d’euros en 2018, proche des 2 milliards générés l’an passé au terme d’un exercice déjà très difficile.
Pour gérer cette situation délicate, le groupe a également décidé de renouveler son board. Quatre administrateurs présents de longue date signent leur sortie : Anne-Claire Taittinger, l’ex-banquier de Goldman Sachs Georges Ralli, et les anciens franchisés, Bertrand de Montesquiou et Diane Labruyère-Cuilleret. Leur succèderont quatre nouveaux administrateurs indépendants, deux femmes et deux hommes. Il s’agit tout d’abord d’Amélie Oudéa-Castera, qui vient de quitter AXA, et d’Aurore Dumont, présidente du FigaroMedias et rompue à la transition numérique. Mais aussi de Stéphane Courbit, président des jeux en ligne Betclic Everest Group et de LOV Group, et de Stéphane Israël, président exécutif d’Arianespace. Les actionnaires voteront sur ces noms lors de l’assemblée générale du groupe le 15 juin prochain. Tout comme Alexandre Bompard, ils seront attendus de pied ferme pour piloter la transition numérique et le renouveau de Carrefour, dont le titre recule de près de 9% depuis le début de l’année et de 21% sur un an.
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