Politique européenne / Brexit / Westminster / Theresa May
Politique européenne
Brexit / Westminster / Theresa May
Brexit : de nouvelles élections pour sortir le pays du chaos ?
Si Theresa May a enchaîné les affronts de la part de Westminster, qui a par trois fois rejeté son accord sur le Brexit, le Parlement britannique a démontré hier soir qu'il n'était pas non plus capable de faire émerger une solution. Pour la seconde fois en une semaine, aucune des options alternatives défendues par certains députés de la majorité et de l'opposition n'a réuni de voix suffisantes. Parmi les deux solutions qui avaient le plus de chances de passer, celle d'une union douanière a été rejetée à une courte majorité de 3 voix (276 contre 273), tandis que les députés ont refusé le compromis "à la norvégienne" défendu par le conservateur Nick Boles à 282 contre 261 voix. Furieux de ne pas avoir été soutenu par ses pairs, le député a d'ailleurs annoncé quitter le parti conservateur immédiatement après les résultats du vote. "J'ai principalement échoué parce que mon parti refuse le compromis", a déclaré le MP, reprochant notamment à la Première ministre d'avoir donné comme consigne de vote aux membres de son cabinet et législateurs de s'abstenir lors des votes indicatifs d'hier soir.
Les options sont désormais réduites à peau de chagrin pour le pays, à 11 jours de la deadline fixée par l'UE au pays pour prendre une décision. La Première ministre réunit justement son cabinet cet après-midi pour décider de la stratégie à adopter d'ici au 10 avril, jour du sommet européen exceptionnel où elle devra annoncer ce que son pays a décidé. Le problème est que ses ministres sont tout aussi divisés que les députés; certains, tels qu'Andrea Leadsom et Liam Fox préférant une sortie sans accord le 12 mars, qu'un soft Brexit et le maintien de leur pays dans l'union douanière. Ces deux options seront naturellement discutées à Downing Street aujourd'hui. Avant que les législateurs ne tiennent demain une troisième série de votes indicatifs, dont on voit mal pourquoi une solution émergerait enfin après le désastre des deux dernières cessions.
Sachant que l'UE a clairement perdu patience et estime désormais qu'un Hard Brexit a peu de chance d'être évité. "Un Brexit sans accord n'a jamais été mon souhait mais il devient chaque jour plus probable", a affirmé Michel Barnier hier lors d'une conférence organisée par le think tank EPC, à Bruxelles. Tandis que le président de la Commission Jean-Claude Juncker a affirmé avec ironie : "un sphinx, c'est un livre ouvert comparé au Royaume-Uni. (...) On aimerait que le sphinx s'exprime enfin".
Une solution, de plus en plus évoquée dans la presse du pays et même au sein du cabinet de Theresa May, serait l'organisation de nouvelles élections. Ce qui permettrait peut être aux députés de faire émerger de nouvelles alliances, de tenter d'organiser une majorité et de rétablir à la tête du pays un semblant d'autorité. Boris Johnson et Jeremy Corbyn ont d'ailleurs clairement affiché leurs ambitions pour prendre la suite de Theresa May.
La Première ministre n'a cependant pas les pleins pouvoirs en la matière et devra proposer au Parlement de se prononcer sur la tenue d'élections, conformément à la Fixed Term Parliament Act. Il lui faudra ensuite le soutien de deux tiers des élus pour que des élections anticipées soient effectivement organisées. La date du scrutin doit ensuite avoir lieu au moins 25 jours ouvrables après le vote des députés. Ce qui repousserait le scrutin à après les Européennes. Dans un tel cas de figure, Theresa May devra demander un report plus long à l'UE, le temps d'organiser le scrutin. Bruxelles devrait l'accepter, ayant maintes fois affirmé qu'un nouveau report devrait être absolument justifié de la part de la Grande-Bretagne. La tenue d'élections générales apparaît comme une bonne raison de repousser une fois encore la sortie du pays de l'UE…
Prochaines étapes du Brexit
-Mardi 2 avril : réunion de crise à Downing Street suite à l'échec du Parlement à trouver une solution alternative à l'accord sur le Brexit
-Mercredi 3 avril : troisième session de votes indicatifs à Westminster
-Mercredi 10 avril: sommet européen exceptionnel sur le Brexit
-Vendredi 12 avril : date de sortie de la Grande-Bretagne si aucun accord n'est trouvé d'ici là
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