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Brexit : la facture sera salée pour les banques britanniques et leurs clients 

Une étude menée par le BCG, Clifford Chance et l'AFME estime que la restructuration des banques du Royaume-Uni post-Brexit pour continuer à opérer dans l'UE, leur coûterait plus de 15 milliards d'euros... 
Londres - Angleterre - la City
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Si la facture risque d'être salée pour les banques outre-Manche, en cas de hard Brexit, la note sera douloureuse aussi pour les entreprises clientes. Telle est la conclusion d'une étude réalisée conjointement par le BCG, Clifford Chance et l'AFME (association européenne des marchés financiers), auprès 62 P-dg de PME, de grandes entreprises et d'investisseurs européens ainsi que d'associations professionnelles représentant tous types de secteurs. L'enquête examine plus particulièrement l'impact du Brexit sur les relations de ces entreprises avec les marchés financiers et les banques. Les conclusions sont sans appel : tous les acteurs interrogés ayant des clients ou fournisseurs à l'étranger, redoutent une sortie du Royaume-Uni pour leurs activités. "Les grandes entreprises (telles que Airbus, Rio Tinto, Renault...) s’inquiètent d’une perte d’efficacité et d’une fragmentation dans la conduite de leurs affaires transfrontalières", explique ainsi le directeur général de l’AFME, Simon Lewis. "Les PME et les grandes entreprises font également face à de possibles perturbations des services bancaires commerciaux, ce qui conduirait à une augmentation du coût du capital. C’est la raison pour laquelle les entreprises souhaiteraient par-dessus tout préserver le statu quo", poursuit-il.

Sachant que les auteurs de l'étude sont encore plus inquiets que les répondants, qui, auraient sous-évalué l'impact du Brexit sur leur activité. Ainsi, selon le BCG, le Brexit pourrait entraîner une capacité et un accès plus restreints aux services bancaires commerciaux que ce à quoi s’attendent les personnes interrogées. Les PME seront potentiellement les entreprises les plus durement impactées. Le coût des ajustements, comme celui de la formation de nouvelles relations bancaires, pourrait être très important pour les PME. Or, environ 55 % des PME ont déclaré qu’elles n’avaient jusqu’à présent préparé aucun plan en vue du Brexit. Seules 27 % d'entre elles ont mené à bien une planification interne et environ 18 % ont mis en œuvre des plans.

Le rapport souligne également que les banques britanniques devront sans doute installer des filiales sur le Vieux Continent pour continuer à commercialiser leurs produits et services financiers dans l'UE, en cas de perte du passeport financier. Certes, l’ensemble de la capacité bancaire pourrait être maintenue si les banques opérant actuellement grâce à des permis bancaires britanniques créaient des filiales dans les pays de l’UE. Cependant, ce processus sera coûteux en raison des modifications opérationnelles et des capitaux supplémentaires qui seront nécessaires. Selon les estimations de Clifford, le coût des restructurations pourrait s’élever à 15 milliards d’euros pour les banques, le coût pour chaque banque individuelle dépendant de son empreinte géographique et de son orientation client actuelles.

Si ces frais devraient être amortis au bout de trois à cinq ans, ils pèseront néanmoins sur les bénéfices des banques anglaises et sur leur rendement sur fonds propres (ROE) à hauteur de 0,5 à 0,8%, selon l'étude. Dans l’ensemble, environ 1 280 milliards d’euros d’actifs bancaires (prêts, titres et produits dérivés) pourraient nécessiter un nouvel enregistrement du Royaume-Uni vers l’UE à 27 suite à un Brexit dur, à moins que d’autres arrangements ne soient conclus lors des négociations. Selon les calculs réalisés par les auteurs du rapport, ces actifs sont soutenus par 70 milliards d’euros, soit environ 9 % des capitaux propres (Tier 1) des banques concernées.

Sans surprise, les négociations de titres et de produits dérivés présentent le risque de perturbation le plus important : ainsi, les transactions avec des clients de l’UE à 27 actuellement enregistrés au Royaume-Uni sont estimées à 380 milliards d’euros d’actifs pondérés (soit 1 100 milliards d’euros d'actifs détenus  à des fins de transactions), ce qui représente approximativement 68 % de l’activité enregistrée au Royaume-Uni avec des clients de l’UE (à 28). Cette activité est soutenue par 57 milliards d’euros de capitaux propres bancaires qui pourraient devoir être à nouveau enregistrés au sein de l’UE à 27 après le Brexit.

Les prêts bancaires pourraient également être touchés mais dans une moindre mesure, tempèrent les auteurs de l'étude. L’encours de prêts octroyés par des banques du Royaume-Uni à des clients PME et grandes entreprises de l’UE à 27 est ainsi estimé à 180 milliards d’euros (4 % du montant total des prêts non remboursés de PME et de grandes entreprises de l’UE à 27). Ces prêts sont soutenus par environ 13 milliards d’euros de capitaux propres bancaires actuellement domiciliés au Royaume-Uni. Par ailleurs, le rapport démontre que tout mouvement de compensation en euros du Royaume-Uni vers l’UE à 27 aurait des répercussions sur les banques et les clients : approximativement 30 à 40 milliards d’euros de dépôts de garantie supplémentaires devront être déposés par les banques, soit une augmentation de 40 à 50 %, dont le coût devra être réparti entre les banques et les clients au cas par cas. Enfin, le BCG estime que les inefficacités à long terme de la fragmentation liée au Brexit pourraient requérir des banques qu’elles détiennent jusqu’à 20 milliards d’euros de capitaux propres supplémentaires.

"Beaucoup a déjà été dit quant au fait qu'un hard Brexit représentera un énorme challenge pour les banques, mais on a bien voulu raconter que la moitié de l'histoire", explique ainsi Chris Bate, associé chez Clifford Chance. D'où l'importance selon lui de négocier une période de transition avec l'UE, pour permettre aux acteurs économiques britanniques de se préparer progressivement au Brexit. 

Les négociations sur le sujet des relations financières risquent en tous cas d'être l'un des sujets les plus épineux lors des négociations ces deux prochaines années. Un porte-parole du parti populaire européen PPE, Siegfried Muresan, a d'ailleurs annoncé hier soir que les discussions entre l'UE et la Grande-Bretagne pourraient se prolonger au-delà de deux ans, vu la complexité des sujets traités, si les 27 Etats approuvent la décision à l'unanimité. "L'unanimité est toujours difficile à trouver au sein des 27 mais sur un sujet aussi crucial, il faudra que les Etats fassent un effort pour y parvenir", a déclaré le député européen. Qui a cependant affirmé qu'il espérait un accord avant les élections européennes du printemps 2019.

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