WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

exclusif L'année 2025 vue par... Samy Chaar / Chef économiste de Lombard Odier

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2025 après une année 2024 marquée notamment par des tensions géostratégiques toujours aussi prégnantes, le début de la normalisation monétaire, de fortes incertitudes politiques en France ou encore la prise de conscience collective du décrochage de l’Europe. Chaque jour, nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez et leurs attentes pour l’année qui vient. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Samy Chaar - DR
Samy Chaar - DR

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2025 ? De quelle manière les risques géopolitiques (Ukraine, Moyen-Orient, nouvelle administration Trump, élections fédérales allemandes) sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions ? 

 

Nous nous attendons à une forme de continuité au niveau des conditions économiques en 2025. Le cycle économique actuel est amené à se poursuivre et nous ne voyons pas de recessions dans les trimestres à venir. Mais la divergence de performance entre les Etats-Unis, qui surperforment avec une croissance supérieur à 2%, et l’Europe, qui sous performe, devrait rester notable, notamment en raison de l’Allemagne et de la France.

L’Europe reste une zone économique en croissance, mais en croissance faible, attendue sous les 1%.La consommation domestique permet d’éviter la contraction. L’inflation est en baisse, les marchés de l’emploi relativement sains, donc les revenus réels sont en hausse, ce qui permet une croissance à minima.

La réalité géopolitique a eu un impact sociétal marqué, mais un impact économique global finalement contenu. Les chaines de valeur mondiales continuent de bien fonctionner et les marchés de l’énergie sont abondants et bon marché.

La menace des tarifs rode, mais les Européens devraient éviter le pire en négociant leur accès au consommateur américain avec la nouvelle administration. Il faudra certainement se résoudre à acheter plus de biens énergétiques (LNG) et de défense américains.

 

Faut-il s'attendre à une divergence marquée entre les politiques monétaires menées par la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine ?

 

Absolument. L’économie américaine devrait rester légèrement en surrégime l’année prochaine, alors que l’économie européenne est bloquée en sous-régime. La Réserve Fédérale devrait donc maintenir ses taux directeurs légèrement en territoire restrictifs (autour des 4%). La BCE a, quant-à-elle, toutes les raisons de couper ses taux de manière beaucoup plus marquée. La dynamique d’inflation et les niveaux d’activité militent pour des taux sous les 1.5%.

 

L’année 2024 a été celle des rapports Draghi, Noyer, Letta et du constat du décrochage de l’Europe. Quelles sont les mesures d’urgence à prendre au niveau européen pour renverser la vapeur et sortir le Vieux continent de la tenaille USA-Chine ? 

 

Les écarts d’investissements productifs, d’innovation, de productivité, et donc de croissance avec les Etats-Unis ont été bien identifiés et communiqués par les rapports que vous mentionnez. Il y a une forme de consensus très fort à ce propos.

Ce qu’il manque, c’est un leadership politique pour appliquer les mesures recommandées. De plus, rien n’empêche les européens de doubler ou tripler le fond de reprise NextGen EU, qui faisait la part belle à l’investissement en infrastructure, et de le recalibrer partiellement au profit d’une Allemagne qui en a bien besoin.

 

Engluée dans une crise immobilière, l'économie chinoise est enferrée dans les difficultés depuis de nombreux trimestres, estimez-vous que le récent déploiement d’un nouvel ensemble de mesures budgétaires, monétaires et réglementaires sera de nature à les terrasser ?

 

Les mesures annoncées par les autorités chinoises sont absolument nécessaires, mais encore très loin d’être suffisantes. Il y a un parallèle à faire avec l’Europe ici. En effet, les autorités chinoises, autant qu’européennes, restent sur la réserve dans leur volonté de soutenir leurs économies respectives. Alors que les Américains ont vraiment montré beaucoup d’ambition ces dernières années avec les grands plans d’investissements que sont le CHIPS act et l’IRA.

 

Les problèmes économiques chinois sont très profonds, vieillissement démographique accéléré, excès dans le secteur de la propriété, fragmentation du commerce mondial. Ils nécessitent des mesures de soutien de grande ampleur, autant sur le plan monétaire que budgétaire. Les autorités chinoises attendent peut-être l’arrivée de la nouvelle administration Trump et de sa stratégie des tarifs à tout va avant d’agir de manière plus décisive.

 

Quelle est la plus grosse menace pesant sur la stabilité financière mondiale pouvant se matérialiser en 2025 ? 

 

Pour les marchés financiers, le risque de récession aux Etats-Unis est clé. Nous n’avons heureusement pas de signaux négatifs concluants à ce stade, mais les valorisations de marché reposent sur la capacité des Etats-Unis et de ses agents économiques à délivrer sur le plan de l’activité. A ce titre, les marchés de l’emploi américains doivent être surveillés avec soin. Toute détérioration trop marquée entrainera des craintes que ce cycle de marché touche à sa fin.

 

Bien entendu, les risques liés à la situation géopolitique internationale ou à la politique domestique avec des situations tendues (instabilité en France, élections en Allemagne, volatilité dans la prise de décision sous D. Trump) laisseront peu de répits aux investisseurs.

 

En plus d’avoir failli à anticiper la dégradation sensible de ses finances publiques en 2023 et 2024, la France pourrait durablement évoluer dans une situation politique instable. Doit-elle redouter une crise de confiance sur les marchés obligataires à brève échéance ? 

 

La France fait face à une crise politique plus qu’à une crise de marché. Il y a des différences majeures entre le cas français et les épisodes précédents de stress de la dette (Grèce en 2015, Royaume-Unis en 2022). En effet, la France a bien entendu vu ses écarts de rendements s’écarter encore davantage mais ceux-ci n’ont pas entrainé une hausse des taux d’intérêt. Bien au contraire, les rendements français (OAT) sont en baisse, et les baisses de taux de la BCE vont certainement maintenir cette tendance.

Bien entendu, il y a un coup d’opportunité. Les taux français pourraient encore être plus bas, mais la France ne subit pas de stress de financement sur sa dette. Une des raisons tient certainement dans le fait que le secteur privé en France est robuste, et compense partiellement les errements du secteur publique. Il y a donc une capacité domestique à financer la dette publique, comme l’indique le solde courant de la France, qui est proche de l’équilibre.

 

 

 

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article