Macro-économie / Taux / BRI / Banque des règlements internationaux / Agustín Carstens
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BRI / Banque des règlements internationaux / Agustín Carstens
Agustin Carstens n’a pas sa langue dans sa poche / Le patron de la BRI tire de la pandémie des conclusions bien précises pour la politique monétaire
Une pandémie qui commence à dater et dont les leçons sont peu à peu tirées. L’actuel directeur de la Banque des règlements internationaux (BRI) Agustin Carstens a partagé les siennes récemment et le moins qu’on puisse dire ce qu’il ne les considère pas anodines loin de là. Pour autant il nuance sa pensée en arguant qu’il "convient d’éviter de corriger à l’excès des cadres qui se sont généralement révélés remarquablement efficaces pour guider les actions des banques centrales au cours des dernières décennies ".
Les corrections des cadres de politique monétaire n’en restent pas moins multiples et le Mexicain considère qu’il faut les penser à l’aune des risques de poussées inflationnistes, de la réduction de la dépendance à l’égard d’outils difficiles à ajuster ou encore d’une communication améliorée encore et toujours. Dernier point soulevé et non des moindres : le maintien d’une "perspective réaliste sur ce que les banques centrales peuvent et ne peuvent pas réaliser, et de garantir la robustesse face à un large éventail d’évolutions économiques possibles".
Cœur
Un des points centraux de son discours est de considérer que la " politique monétaire ne devrait pas être chargée d’agir comme un moteur de croissance de facto ou de poursuivre des objectifs susceptibles d’entraîner des compromis avec la stabilité des prix et la stabilité financière, tels que l’inégalité ou des programmes trop ambitieux en matière de changement climatique". Il s’inscrit ainsi en pleine opposition avec les partisans d’un verdissement de la politique monétaire de la BCE, un opposant de choix tant la parole de la Banque centrale des banques centrales porte dans le monde des instituts d’émission. Pas question pour lui d’élargir les objectifs des banques centrales sans disposer d’outils adéquats, en raison des risques de réputation que cela ferait porter sur la crédibilité et l’indépendance des banquiers centraux.
Il affirme également qu’il faut se garder de vouloir écouter ceux qui préconisent d’utiliser la politique monétaire afin de stabiliser les marchés financiers. Il ne considère bien sûr pas qu’elles ne doivent pas le faire lors des moments de crise, pour autant son message est de dire qu’elles "ne devraient pas être chargées d’empêcher systématiquement les baisses de prix des actifs, car celles-ci sont essentielles pour assurer la découverte des prix et l’allocation efficace des ressources financières".
Responsabilités
Le patron de la BRI juge également que "le succès de la politique monétaire ne repose pas uniquement entre les mains des banques centrales", renvoyant les gouvernants à leurs responsabilités pour s’assurer que "la politique budgétaire garantisse la soutenabilité de la dette publique ". Il déplore notamment que la dette publique progresse très largement ces dernières années et notamment en raison de déficits budgétaires loin de se réduire. Il redoute qu’ils soient de plus en plus compliqués à contenir à cause de besoins " croissants liés au vieillissement de la population, à la transition écologique et aux tensions géopolitiques [qui] ne font qu’ajouter aux défis". Il conclut son argumentaire en assénant qu’abandonner ce combat-là serait préjudiciable pour que les banques centrales puissent continuer à remplir leur mandat.
Autre message clé, concernant cette fois-ci l’inflation : il considère que "l’expérience post-pandémique incite à une plus grande prudence lorsqu’il s’agit de laisser l’inflation dépasser l’objectif fixé, étant donné qu’elle risque d’augmenter beaucoup plus fortement et rapidement que prévu". Dans la réflexion engagée sur le rééquilibrage des cadres de politique monétaire, il estime qu’il faut tenir compte du fait que "la sous-estimation de l’inflation semble moins dommageable que ce que l’on craignait précédemment".
Échanger
La question de la communication des instituts d’émission est également abordée par ses soins, il considère à ce titre que "le fort ressentiment de l’opinion publique déclenché par la poussée inflationniste suggère également que laisser l’inflation dépasser l’objectif risque de saper le soutien de l’opinion publique aux banques centrales et peut-être même de menacer leur indépendance". Il argue également que des boucles déflationnistes ne sont pas enclenchées malgré des périodes où l’inflation était inférieure à l’objectif, ce qui est expliqué comme provenant du fait que "l’inflation semble se stabiliser d’elle-même à de faibles niveaux, car les prix et les salaires baissent rarement" et seraient ainsi rigides à la baisse.
Il s’accommode aussi de cette situation puisqu’il considère qu’elle permet d’éviter de devoir mener une politique accommodante de façon trop prolongée et de se trouver face à des "rendements décroissants pour ce qui est de stimuler l’inflation et l’économie". Raisonner ainsi permettrait également de se prémunir contre le "risque de créer des déséquilibres financiers en encourageant l’augmentation de l’endettement des secteurs privé et public - un effet secondaire particulièrement préoccupant à ce stade, compte tenu des niveaux d’endettement historiquement élevés dans de nombreux pays".
Marcher sur des oeufs
Il fait preuve d'une très grande prudence concernant les achats d’actifs à grande échelle, puisque, comme il en avait déjà fait état ils "ont un rendement marginal décroissant pour stimuler l’économie, ne peuvent être dénoués rapidement sans susciter des inquiétudes quant à la stabilité financière et peuvent exposer les banques centrales à d’importantes pertes financières". Les messages des banquiers centraux aux marchés sont également abordés, étant donné que ces derniers "interprètent souvent les signaux relatifs à l’évolution probable des taux directeurs comme des engagements fermes, indépendants de l’évolution économique". Une vraie contrainte à ses yeux, dès lors que "cela peut limiter indûment la capacité des banques centrales à changer de cap si l’inflation s’accélère plus que prévu".
Pour lui, les instituts d’émission peuvent encore accomplir des progrès en termes de communication et de clarification de leurs vues.
Ce qui peut passer par la présentation de scénarios alternatifs, en tenant bien compte que présenter de telles hypothèses n’est également pas anodin. Le danger redouté par le Mexicain réside dans le fait qu’évoquer de tels scénarios peut avoir un effet auto-réalisateur.
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