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Warren Buffett / Berkshire Hathaway
Warren Buffett prodigue sa leçon d’investissement annuelle / Et ne se prive pas d’illustrer la contribution fiscale de Berkshire Hathaway
Warren Buffett sait faire preuve de pédagogie. Le "sage d’Omaha" l’a d'ailleurs expliqué dans sa traditionnelle lettre annuelle adressée ce week-end aux actionnaires de son empire, Berkshire Hathaway : "Notre objectif est de communiquer avec vous de la même manière que nous souhaiterions que vous le fassiez si nos rôles étaient inversés, c’est-à-dire si vous étiez le P.-D.G. de Berkshire alors que ma famille et moi-même étions des investisseurs passifs, vous confiant nos économies". Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Warren Buffett avait de bonnes nouvelles à leur transmettre. En 2024, la société d’investissement a enregistré un nouveau bénéfice d’exploitation record. Il s’est affiché en hausse de 27 % pour atteindre 47,4 milliards de dollars.
Le groupe a également clôturé son exercice avec 334,2 milliards de dollars de liquidités. Il s’était, pour mémoire, notamment séparé cet été d’une partie de ses titres Apple et avait aussi allégé ses positions dans d’autres de ses grandes participations. "Malgré ce que certains commentateurs considèrent actuellement comme une position de trésorerie extraordinaire chez Berkshire, la grande majorité de votre argent reste investie en actions. Cette préférence ne changera pas", a indiqué Warren Buffett. Les participations de la société dans des actions négociables sont passées de 354 milliards de dollars à 272 milliards de dollars l'année dernière, tandis que la valeur de son portefeuille d'actions non cotées a quelque peu augmenté et reste bien supérieure au reste. Et Warren Buffett de poursuivre : "Berkshire ne préférera jamais la détention d’actifs équivalents à des liquidités à la détention de bonnes entreprises, qu’elles soient contrôlées ou partiellement détenues. La valeur du papier-monnaie peut s’évaporer si la folie fiscale prévaut. Dans certains pays, cette pratique irresponsable est devenue habituelle et, dans la courte histoire de notre pays, les États-Unis ont frôlé le précipice. Les obligations à coupon fixe n'offrent aucune protection contre une monnaie incontrôlable".
Une erreur rattrapée
À l’inverse, des entreprises bien gérées trouvent généralement le moyen de faire face à une instabilité monétaire, pointe le milliardaire, tant que leurs biens et services restent désirés. "Faute de tels atouts que l’excellence sportive, une voix magnifique, des compétences médicales ou juridiques ou d’ailleurs, tout talent particulier, j’ai dû compter sur les actions tout au long de ma vie. En effet, j’ai dépendu du succès des entreprises américaines et je continuerai à le faire", a insisté Warren Buffett. Une ligne de conduite qui ne l’aura pas empêché de commettre des erreurs, comme il l’a détaillé en préambule de sa lettre. Elles ont pu découler d’une mauvaise appréhension des capacités ou de la fidélité de ses collaborateurs, ou bien de celle des perspectives économiques des entreprises qu’il avait achetées pour Berkshire… ce qui a même débuté au début de l’histoire du conglomérat.
"Il y a soixante ans, la direction actuelle a pris le contrôle de Berkshire. Cette décision a été une erreur - mon erreur - qui nous a tourmentés pendant deux décennies. Charlie [Munger, le bras droit de Warren Buffett décédé en 2023, ndlr], je tiens à le souligner, a immédiatement repéré mon erreur évidente : bien que le prix que j’avais payé pour Berkshire semblait bon marché, son activité - une grande entreprise textile du nord - était vouée à l’extinction", a expliqué l’homme d’affaires. Le Trésor américain avait d’ailleurs déjà reçu des avertissements sur le destin de l’entreprise et en 1965, elle n’avait pas encore versé un centime d’impôt sur les sociétés. Une situation qui durait depuis une décennie. "Ce type de comportement économique peut être compréhensible pour les start-ups glamour, mais c’est un signal d’alarme qui clignote lorsqu’il se produit chez un pilier vénérable de l’industrie américaine. Berkshire se dirigeait vers la poubelle", a admis Warren Buffett.
Soixante ans plus tard, la situation n’a plus rien de comparable. Berkshire Hathaway est devenu un empire, bien loin de la petite entreprise de textile sur laquelle il s’est construit. Le Trésor a dû être agréablement surpris que cette société, qui opère toujours sous le même nom, ait payé cette année plus d’impôts sur les sociétés que le gouvernement américain n’en avait jamais reçus, même de la part des géants technologiques dont la valeur boursière se chiffre en milliers de milliards de dollars, a ajouté Warren Buffett. Plus précisément, Berkshire a versé l’année dernière 26,8 milliards de dollars à l’administration fiscale, ce qui a représenté 5 % de ce que toutes les entreprises américaines lui ont payé.
Combinaison gagnante
Une somme que le magnat de l’investissement illustre de la manière suivante : si Berkshire avait quotidiennement envoyé au Trésor un chèque d’un million de dollars toutes les vingt minutes en 2024, ce montant n’aurait même pas été atteint. Les paiements d’impôts sur le revenu au Trésor versés par Berkshire depuis sa reprise par Warren Buffett s’élèvent aujourd’hui à 101 milliards de dollars. "Notez un facteur crucial qui a permis ce paiement record : les actionnaires de Berkshire n’ont reçu qu’un seul dividende en espèces au cours de la même période de 1965 à 2024. Le 3 janvier 1967, nous avons effectué notre seul paiement, soit 101 755 $ ou 10 cents par action A. Je ne me souviens pas pourquoi j’ai suggéré cette action au conseil d’administration de Berkshire. Maintenant, cela ressemble à un mauvais rêve.", a souligné l'investisseur. Ce choix de réinvestir plutôt que de consommer, selon les termes de Warren Buffett, ayant permis de faire grimper considérablement le montant à engager, est le reflet "d’une culture de l’épargne soutenue, combinée à la magie de la capitalisation à long terme".
L’occasion, pour Warren Buffett, d’indiquer que Berkshire n’aurait pas pu obtenir de tels résultats ailleurs qu’en Amérique et de glisser un message à ceux qui la dirigent : "Alors merci, Oncle Sam. Un jour, vos nièces et neveux de Berkshire espèrent vous envoyer des paiements encore plus importants que ceux que nous avons réalisés en 2024. Dépensez-les judicieusement. Prenez soin de ceux qui, sans que ce soit de leur faute, ont moins de chance dans la vie. Ils méritent mieux. Et n’oubliez jamais que nous avons besoin de vous pour maintenir une monnaie stable et que ce résultat exige à la fois sagesse et vigilance de votre part", a-t-il ajouté.
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