Start-up
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À quel point les start-ups contribuent-elles à la réindustrialisation ? / Dans un contexte où leurs financements se tendent
Dans la vie d’une entreprise pérenne, on ne reste généralement pas une start-up ad vitam aeternam. Passer d’un modèle de nature à être soutenu par des investisseurs en capital-risque à un autre de PME ou ETI rentable, ayant trouvé son marché et capable d’investir sur ses fonds propres est un signe fondamental de maturité. Mais cela nécessite du temps et d’être en capacité de savoir faire face à certains périls, surtout lorsqu’on est un industriel. Reste aussi que les dynamiques d’effervescence de jeunes entreprises innovantes en disent long sur la capacité d’un écosystème à cultiver un terreau forcément utile à la compétitivité et à l’assise de son secteur d’activité. D’autant qu’elles contribuent, elles aussi, à sa multiplication. C’est avec l’idée que l’innovation et les start-ups seraient un facteur de réindustrialisation et avec l’objectif de mesurer cet impact, que Bpifrance a lancé, il y a désormais trois ans, son observatoire des start-ups, PME et ETI industrielles françaises, dont la dernière édition vient d’être publiée.
En 2024, 115 sites industriels ont été inaugurés en France, selon le décompte de la banque publique d’investissement. Soit trois de moins qu’en 2023, mais une fois et demie plus qu’en 2022. Une méthode de calcul qui diffère de celle de la Direction Générale des Entreprises, incluant les ouvertures et les fermetures et de celle de Trendeo, reposant de son côté sur les annonces. Ici, seules les inaugurations de sites par ces trois catégories d’entreprises, qui commencent à produire, sont prises en compte. Sur ces 115 ouvertures de sites, 38 l’ont été par des start-ups et 77 par des PME et ETI. En 2023, le rapport s’affichait à 60 contre 58. "Cette stabilisation et ce rééquilibrage au profit des PME nous confortent dans notre stratégie de marcher sur deux jambes, puisque nous accompagnons aussi bien les PME que les start-ups sur l’innovation", a souligné Paul-François Fournier, directeur exécutif de Bpifrance en charge de l’innovation, à l’occasion d’un point presse.
Des start-ups portées sur le "made in France"
Le passage à l’échelle semble toutefois se poursuivre chez les start-ups industrielles, puisque 20 usines de ce type (dont 13 premières usines et 7 nouvelles, post-baptême) sont à retrouver au sein des inaugurations, aux côtés d’une extension réalisée par InnovaFeed et de 17 démonstrateurs. Le portrait-robot d’une usine à l’échelle ? Un investissement de 14 millions d’euros, une surface de 4 500 mètres carrés et la création d’environ 50 emplois. "Les gigafactories ont été exclues", a souligné Raphaël Didier, directeur de pôle investissement amorçage industriel de Bpifrance, comme celles de batteries électriques, pour ne pas fausser les chiffres. De quoi permettre de remarquer que les jeunes entreprises innovantes contribuent bien à la dynamique de réindustrialisation du pays, d’autant que 60 % des start-ups à vocation industrielle ayant levé des fonds produisent déjà, tandis que la grande majorité d’entre elles le font en France - à hauteur de 97 % pour celles qui produisent en propre et de 66 % pour celles qui sont "fabless", soit les start-ups qui réalisent la conception de leurs produits mais sous-traitent leur fabrication. Autre signal encourageant : dans l’ensemble, la banque publique d’investissement a recensé 3 200 start-ups à vocation industrielle actives à la fin de l’année 2024, contre 2 523 un an auparavant.
Dans le détail, 400 entreprises ont été retirées de l’étude, en raison de 123 fermetures, de 171 entrées en liquidation judiciaire et 106 requalifications en PME. À l’inverse, 1 077 nouvelles start-ups ont été identifiées l’année dernière, pour un flux net de création en 2024 estimé dans une fourchette de 250 à 350. Un tiers d’entre elles sont porteuses d’innovations de rupture issues d’un laboratoire de recherche (des deeptechs), tandis que la moitié d’entre elles ont aussi une activité répondant à l’un des huit critères de la taxonomie européenne (les greentechs). Enfin, un peu moins de 20 % d’entre elles opèrent dans la santé. Plus des trois quarts d’entre elles ont leur siège social situé hors de l’Ile de France. Elles génèrent toutes ensemble 4,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires (avec une part importante d’entre elles en réalisant plus de 10 millions d’euros annuellement) et ont créé plus de 65 000 emplois.
En revanche, l’année dernière, dans un contexte où les levées de fonds ont marqué le pas dans la French Tech, les start-ups à vocation industrielle n’ont levé que 2,8 milliards d’euros (212 opérations), ce qui représente 36 % des 7,8 milliards d’euros de capitaux ayant afflué vers les start-ups françaises. Soit un net recul par rapport aux 50 % qu’incarnaient les 4,2 milliards d’euros levés en 2023 par ces entreprises. "Il y a un double phénomène de montée en puissance de l’intelligence artificielle et d’une certaine frilosité des investisseurs sur l’industrie", a résumé Paul-François Fournier. "Ce qui a fait la différence, ce sont surtout les grandes opérations", a-t-il poursuivi.
Les (re) démarrages sont toujours délicats
Il est vrai que seules cinq levées de fonds supérieures à 100 millions d’euros ont répondu à l’appel en 2024 : celles d’Electra dans la recharge électrique (300 millions d’euros), d’Alentis Therapeutics (160 millions d’euros) dans la santé, de The Exploration Company dans le "new space" (150 millions d’euros), d’Elyse (120 millions d’euros) dans les carburants de synthèse et de New Cleo (135 millions d’euros) dans le nucléaire, pour un total de 869 millions d’euros. En 2023, ces opérations avaient représenté 1,9 milliard d’euros. "Le grand sujet reste celui des financements privés", a pointé Paul-François Fournier. D’où l’importance des différentes initiatives permettant de mobiliser les fonds de ce type vers l’innovation et, bien sûr, l’attractivité de la France afin d’attirer des investisseurs étrangers, ayant aussi leur importance dans l’ouverture de nouveaux marchés, par exemple. Depuis 2022, les start-ups industrielles ont en tout cas levé près de 11 milliards d’euros.
Forcément, l’actualité n’est aussi pas des plus rassurantes pour les entreprises et les investisseurs du secteur, comme en témoigne la demande en placement de redressement judiciaire d’Ynsect, plusieurs mois après son entrée en procédure de sauvegarde, elle qui fut pendant des années l’emblème de la réindustrialisation innovante et verte à la française. Interrogé sur les difficultés ambiantes du capital-risque industriel, Paul-François Fournier l’a bien expliqué : l’Hexagone apprend à se réindustraliser. Une première phase qui s’accompagne de certains succès, mais obligatoirement aussi de son lot d’échecs. "L’innovation, c’est difficile et la réindustrialisation aussi. Il y a des vents contraires, mais les dispositifs que nous portons commencent à produire leurs premiers effets", a-t-il ajouté, puisque le plan start-ups et PME industrielles de Bpifrance, déployé dans le cadre de France 2030, fête désormais ses trois ans. Il aura permis à la banque de diffuser 3,7 milliards d’euros en financement de l’industrialisation (comprenant le volet dirigé de France 2030) en 2024, dont 927 millions d’euros sur les prêts nouvelles industries, les appels à projets 1ère usine ou autres dispositifs du continuum de financements et 366 millions d’euros en fonds directs en capital-risque. En parallèle, plus de 150 millions d’euros ont aussi été investis dans des fonds à thèse industrielle.
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