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Un portrait des championnes de la fintech cotées en Bourse / Les trois Françaises plus mises à l'épreuve que d'autres

L’écosystème des fintechs est l’un des plus matures du secteur de l’innovation. Preuve en est, nombre d’entre elles sont bien installées en Bourse. L’Observatoire de la Fintech, au travers de son édition 2024 du "Fintech 40", dresse un panorama de leurs typologies et performances.
(Photo by GORODENKOFF PRODUCTIONS/SCIENCE / GPR / Science Photo Library via AFP)
(Photo by GORODENKOFF PRODUCTIONS/SCIENCE / GPR / Science Photo Library via AFP)

Il est toujours intéressant, lorsqu’un secteur innovant est assez mature pour compter sur la présence d’un certain nombre de ses représentantes en Bourse, de se pencher sur les performances, caractéristiques et valorisations de ces dernières. C’est notamment le cas de l’écosystème des fintechs, ventilé par toutes les entreprises qui apportent un souffle nouveau aux secteurs bancaire, financier et assurantiel. Certes, les marchés n’ont pas raison tous les jours… mais ce panel d’informations offre toutefois une clé de lecture utile, quand les grandes levées de fonds privées rythment l’actualité et qu’elles font parfois ressortir des valorisations sensationnelles.

C’est dans cette optique que l’Observatoire de la Fintech, think tank spécialiste du sujet, vient de publier le "Fintech 40", revenant en détail sur les performances de quarante fintechs parmi les mieux valorisées dans le monde. "Ce n’est pas un classement décroissant, il n’aurait sinon été peuplé que d’entreprises américaines. Nous avons pris en compte des critères de représentation géographique et fait en sorte qu’il soit représentatif des différents métiers du secteur", a expliqué Mikaël Ptachek, président de l’Observatoire, en présentant les résultats de l’étude.

Il n’en reste pas moins vrai que les États-Unis dominent l’indice. La majorité des acteurs du "Fintech 40" y sont en effet installés (à hauteur de 23 d’entre eux), ou sont cotés sur le NYSE et le Nasdaq (26 sur 40). "Ceci reflète la domination actuelle du marché américain dans le secteur, grâce au gigantesque marché de circulation des capitaux qu’il représente, ainsi qu’un écosystème favorable à l’innovation et une capacité des investisseurs à la prise de risque dans la Tech", rappelle le rapport. Le métier des paiements, fondateur du secteur, surplombe lui aussi l’ensemble avec ses 11 entreprises pesant collectivement 248 milliards de dollars. Viennent ensuite le middle et back-office (197 milliards de dollars de capitalisation) et les services (168 milliards de dollars). La cryptomonnaie, sous l’effet de l’élection de Donald Trump et de ses postures "pro-crypto" a profité d’une récente forte hausse et grimpe ainsi à la cinquième place du classement (82 milliards de dollars), dépassant désormais les néo-banques et l’investissement.

 

Fenêtre d’IPO

 

Les trois grandes championnes de l’indice sont américaines : Intuit, Fiserv et PayPal, spécialistes des services pour les deux premières et du paiement pour la troisième, cotées aux États-Unis. Intuit pesait, à fin décembre dernier, 176 milliards de dollars, contre 119 milliards de dollars pour Fiserv et 88 milliards de dollars pour PayPal. Au total, le "Fintech 40" représente 833 milliards de dollars de capitalisation boursière agrégée, dont les trois quarts sont flottants en moyenne. Le portrait-robot de ses composantes est le suivant : une entreprise opérant dans les paiements, quelque 8 000 employés, 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 1 milliard d’euros d’Ebitda et 21 milliards d’euros de capitalisation boursière en moyenne.

Elles ne sont pas nécessairement des novices de la Bourse : la moitié du panel 2024 du "Fintech 40" était déjà cotée en 2018. "L’année 2020, et particulièrement 2021, ont été marquées par une vague d’introductions en Bourse, favorisée par des conditions de marché avantageuses et des taux d’intérêt historiquement bas. Cependant, la remontée des taux en 2022 a mis un coup d’arrêt aux opérations, ces dernières ne bénéficiant plus d’un environnement propice à leur cotation. En 2024, Pluxee a toutefois fait exception en s’introduisant sur Euronext Paris, avec une valorisation de 3 milliards d’euros", souligne l’étude.

L’année 2025 pourrait néanmoins se présenter sous de meilleurs auspices à l’échelle mondiale. Klarna, le géant suédois du "achetez maintenant, payez plus tard", a déposé un dossier auprès de la Securities and Exchange Commission, pour une valorisation estimée entre 15 et 20 milliards de dollars. De même pour la néobanque américaine Chime, qui viserait quant à elle une capitalisation de 25 milliards de dollars. D’autres noms sont aussi régulièrement cités en Europe, à l’instar de la néo-banque Revolut, comme candidats sérieux à une introduction en Bourse prochaine. Autant de mouvements qui témoignent d’un intérêt renouvelé pour le secteur, porté par des perspectives de croissance attractives pour les investisseurs, remarque l’Observatoire de la Fintech.

 

Grand écart sur les multiples

 

Pour celles qui sont déjà installées en Bourse, les multiples diffèrent selon les secteurs d’activité. Le plus grand écart est à retrouver du côté des cryptomonnaies (de 0,2 à 30,4 fois le chiffre d’affaires ou de 13 à 183 fois l’Ebitda pour celles qui en ont un positif), secteur forcément plus spéculatif. Sinon, le métier des paiements offre les multiples de chiffre d’affaires les plus importants : il varie de 0,5 fois à 19,5 fois. Et c’est le Français Worldline, dont le titre a chuté de 22 % en 2024, qui ferme le peloton.

Les fintechs tricolores à être cotées n’ont d’ailleurs pas été épargnées en Bourse l’année dernière. L’Observatoire de la Fintech en recense trois. Worldline, donc, mais aussi Pluxee et Edenred, du fait de leurs activités en matière de paiement. À date, leurs titres ont respectivement perdu 19 % et 29 %. Sur la même période, le "Fintech 40" progressait de 14 %. Soit moins que le Nasdaq 100 (+26 %), le Dow Jones (+13 %) ou le Dax 40 (+ 19 %), mais bien plus que le CAC 40, qui a accusé une baisse de 2 % en 2024.

"La première explication de la sous-performance boursière des fintechs françaises est qu’elle est reliée à celle des indices français. Il y en a d’autres plus intrinsèques, comme chez Worldline, ce qui n’a pas conduit à la sérénité sur les marchés. C’est plus étonnant pour Pluxee, qui a sûrement été sanctionné de manière trop importante et qui se reprend depuis le début de l’année. Parfois la Bourse n’a pas d’explications économiques. Edenred a souvent déçu à la suite de ses publications de résultats, mais à grande échelle. Les réactions ont aussi pu être exagérées, au regard du rebond du titre observé depuis janvier", a de son côté expliqué Antoine Fraysse- Soulier, responsable de l’analyse des marchés d’eToro en France. Reste aussi à souligner que certaines incertitudes réglementaires ont également pesé sur les titres d’Edenred et de Pluxee en 2024.

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