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La guerre commerciale de Trump menace la pharmacie / Le secteur chute en bourse sous le poids des nouvelles menaces tarifaires

Le secteur pharmaceutique vacille à son tour sous les coups de la guerre commerciale relancée par Washington. En menaçant d’imposer des droits de douane sur les médicaments produits à l’étranger, Donald Trump cible une industrie mondialisée, peu préparée à absorber un tel choc logistique et réglementaire.
Photo by Jaap Arriens / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Photo by Jaap Arriens / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Tandis que les Bourses européennes rechutaient mercredi, plombées par la riposte de la Chine à la nouvelle salve protectionniste des États-Unis, le secteur pharmaceutique, jusqu’ici relativement épargné, se retrouvait en première ligne. A l’image de Sanofi, qui a fini lanterne rouge du CAC 40 à Paris avec une baisse de 6,6% à 87,1 euros. À Copenhague, Novo Nordisk, premier acteur européen du secteur, a dévissé de 6,9 %. À Zurich, Roche et Novartis ont perdu respectivement 6,3 % et 7 %, tandis qu’à Londres, AstraZeneca a reculé de 6,7 % et GSK de 6 %.

Alors que les droits de douane réciproques imposés par Washington et Pékin sont entrés en vigueur dans la nuit — avec notamment une taxe de 104 % sur les importations chinoises décidée par l’administration Trump, à laquelle la Chine a répondu en relevant ses propres tarifs sur les produits américains de 34 % à 84 % — l’industrie pharmaceutique pourrait être la prochaine à tomber sous le coup des représailles commerciales, après l'acier et l'automobile.

Lors d’un dîner mardi soir avec les républicains de la Chambre des représentants, le président Trump a affirmé que des droits de douane sur les médicaments fabriqués à l’étranger seraient annoncés "très prochainement". "Nous allons imposer des droits de douane sur nos produits pharmaceutiques, et une fois cela fait, ils vont affluer dans notre pays", a-t-il lancé. "Ils quitteront la Chine, ils quitteront d’autres pays, car la plupart de leurs produits sont vendus ici. Ils n’auront pas le choix : ils devront relocaliser."

Mais l’industrie pharmaceutique, historiquement exemptée de droits de douane, n’est pas préparée à absorber un tel choc. "Les chaînes d’approvisionnement ne sont pas conçues pour en atténuer l’impact", rappelle Bank of America dans une récente note. L’approvisionnement en matières premières est globalisé, indépendamment du pays du fabricant. Et la production des principes actifs est, pour des raisons de coûts, massivement externalisée en Chine et en Inde — y compris pour les groupes américains.

Mercredi, les grands laboratoires américains n’échappaient d’ailleurs pas à la vague de défiance. À Wall Street, AbbVie reculait de 6,1 % à l'approche de la mi-séance, Eli Lilly de 4,9 %, Johnson & Johnson de 3,2 %, Pfizer de 3,3%, et Merck de 2,9 %.

 

Relocaliser prendra du temps

 

Sanofi, le plus grand acteur français du secteur, dispose de quatre sites de production aux États-Unis — deux spécialisés dans la médecine de spécialité (Framingham et Northborough), un en médecine générale (Ridgefield), et un dans les vaccins (Swiftwater) — sur un total de 28 sites dans le monde. En 2024, le groupe a réalisé près de 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires aux États-Unis, soit 49 % de ses revenus globaux (41,1 milliards d’euros).

"Environ 70 % de la R&D mondiale dans le secteur pharmaceutique est réalisée aux États-Unis. Nous créons la prochaine génération de traitements, mais la production est massivement concentrée à l’étranger", rappelait récemment David Ricks, patron d’Eli Lilly, dans une interview à la BBC. "Le gouvernement veut aujourd’hui les deux : la R&D et la production locales."

Tout dépendra désormais de la manière dont seront appliqués ces droits de douane : quels pays seront ciblés ? À quel taux ? Seront-ils basés sur le coût des marchandises vendues ou sur les prix de transfert – ces prix fixés entre filiales pour les échanges intragroupe ? Autant de paramètres susceptibles d’avoir un impact majeur sur les chaînes logistiques mondiales et les équilibres de l’industrie.

Or, relocaliser prendra du temps. Les chaînes d’approvisionnement et les sites de production doivent être approuvés par la FDA et font l’objet d’inspections régulières. Construire de nouveaux sites aux États-Unis, obtenir les transferts de technologie et les autorisations réglementaires, pourrait prendre plusieurs années.

Bank of America estime toutefois que l’impact pourrait rester limité, au moins à moyen terme. D’une part, les marges brutes élevées des grandes sociétés pharmaceutiques (80-90 %) permettent d’absorber une partie des surcoûts au niveau opérationnel — même si l’effet sur le bénéfice par action dépendra des ajustements fiscaux liés aux prix de transfert. D’autre part, la hausse des coûts devrait finir par être répercutée sur les prix des médicaments, même si les contrats existants pourraient retarder ce processus.

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