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Droits de douane : pourquoi Donald Trump aurait en partie tourné casaque / Les spéculations vont bon train
Pourquoi Donald Trump est-il partiellement revenu sur ses pas ? Alors qu’il avait annoncé le 2 avril une forte augmentation des droits de douane à l’encontre de nombreux pays du monde, le président des États-Unis l’a suspendue, une semaine plus tard, ce pour une durée de 90 jours et mis en œuvre à la place une moindre hausse. Sans surprise, ce changement de pied a interrogé les observateurs.
La dégringolade des marchés actions qui est survenue dans la foulée du 2 avril n’est pas jugée comme étant l’explication la plus plausible. C’est une autre composante des marchés de capitaux qui est mise en avant : le marché des bons du Trésor américain, véritable colonne vertébrale du système financier mondial.
À la suite de l’annonce des droits de douane dits "réciproques", les cours de ces actifs se sont dans un premier temps appréciés, portés par leur statut historique de valeur refuge, dans un contexte de montée de l’aversion au risque. Toutefois, ce mouvement haussier a cédé place à un brusque retournement : entre le 6 et le 9 avril, le rendement des obligations américaines à 10 ans s’est envolé de plus de 50 points de base — un mouvement d’une rapidité plutôt rare.
Les acteurs de marché rivalisent de théories pour expliquer ce qui se cache derrière ce phénomène. Certains évoquent les débouclages massifs effectués par des hedge funds dans un contexte de forte volatilité en lien avec leurs opérations de basis trade, une stratégie reposant souvent sur un fort effet de levier visant à tirer parti, en l’occurrence, de la convergence entre le prix d’une obligation d’État américaine et celui du contrat à terme dont elle est le sous-jacent. Elle avait déjà provoqué d’importantes secousses sur le marché obligataire au début de la crise pandémique, obligeant la Réserve fédérale (Fed) à intervenir en urgence.
D’autres pointent des ventes à motivation géopolitique en provenance de gros détenteurs d’obligations souveraines états-uniennes que sont le Japon et la Chine. Secteur public et privé combinés, ces deux pays détiennent ensemble pour plus de 1800 milliards de dollars de titres émis par l’État fédéral américain. Ils sont ses plus importants créanciers étrangers.
En outre, les révisions des anticipations à propos de la trajectoire des prix à la consommation aux États-Unis pourraient avoir joué un rôle alors que selon certaines estimations, chaque dizaine de point de pourcentage de hausse du droit de douane moyen américain pourrait générer 1 point d’inflation supplémentaire chez l’Oncle Sam. En 2022, quand l’inflation s’est réinvitée dans l’actualité macroéconomique, la corrélation entre les prix des actions et des obligations souveraines évoluait également en territoire positif.
Enfin, il est émis l’hypothèse que le caractère erratique de la politique économique conduite par Donald Trump pourrait avoir abîmé le statut de valeur refuge dont jouissent les titres publics à revenu fixe émis par les États-Unis.
Du côté de la presse américaine, reviennent avec insistance plusieurs noms pour justifier le comportement de Donald Trump. D’une part, le président américain aurait suivi avec attention l’intervention de Jamie Dimon, président-directeur général de JP Morgan, sur Fox Business, ayant eu lieu le 9 avril au matin. Le patron de la plus grande banque américaine avait évoqué la "récession probable" qui attendait les États-Unis du fait de la nature de la politique commerciale. "Je reste serein, mais la situation pourrait empirer ", avait-il lâché.
D’autre part, le New York Times rapporte que s’est tenue une réunion ce même 9 avril au matin entre Scott Bessent, secrétaire au Trésor, Kevin Hassett, directeur du Conseil économique national et Donald Trump, réunion au cours de laquelle ce dernier aurait réalisé l’ampleur des retombées négatives que pourrait provoquer un puissant accroissement des rendements obligataires sur le secteur bancaire. Quelques jours plus tôt, Scott Bessent aurait déjà incité le président américain à mettre sa décision en pause compte tenu de la foule de pays qui souhaiteraient négocier.
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