Macro-économie / Taux
Macro-économie / Taux
Union européenne : l’appétit des investisseurs ne se dément pas / Un risque de stagnation toutefois pointé
Malgré un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, la fragmentation économique et les incertitudes réglementaires, l’Union européenne continue d’inspirer la confiance d’une majorité d’investisseurs. En effet, selon une étude menée par Kearney, plus des deux tiers des répondants affichent une perception favorable de l’UE, et 60 % déclarent préférer y faire des affaires plutôt que dans toute autre région du monde.
Cette confiance s’exprime malgré les risques actuels. Près de la moitié des investisseurs interrogés affirment avoir une vision plus optimiste de l’Europe et de l’Eurasie qu’il y a un an. L’un des atouts majeurs de l’UE résiderait dans sa puissance réglementaire, notamment dans les domaines du numérique et du développement durable. Loin de constituer un frein, certaines normes européennes sont perçues comme des atouts. Ainsi, 58 % des investisseurs estiment que le Règlement général sur la protection des données (RGPD) a un impact positif sur leurs activités, tandis que 56 % saluent les effets de la Directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CS3D). Ces textes sont jugés comme renforçant la transparence, réduisent les risques et offrent un cadre légal harmonisé qui attire les entreprises soucieuses de conformité.
Dans un monde où l’instabilité réglementaire progresse, les investisseurs reconnaissent la robustesse des institutions européennes. Le cadre légal européen, souvent critiqué pour sa complexité, est aussi perçu comme un gage de sécurité. Dans cette perspective, l’Union reste un marché sûr, notamment face à la montée des tensions géopolitiques dans d’autres régions. Toutefois, derrière cette image rassurante, plusieurs faiblesses inquiètent les investisseurs.
Dans son étude, Kearney révèle que les défis les plus pressants pour les années à venir sont d’ordre politique, économique et stratégique. La gestion des flux migratoires, par exemple, est citée comme l’un des risques majeurs. Près d’un répondant sur trois s’attend à une aggravation des tensions migratoires d’ici trois ans. Si l’entrée en vigueur du Pacte sur la migration et l’asile en 2026 est vue comme un pas vers la réforme, elle soulève également des interrogations sur sa mise en œuvre, son coût et son acceptabilité politique.
Par ailleurs, l’économie européenne souffre d’une croissance atone. "Selon nos perspectives économiques mondiales du premier semestre 2025, l’Europe et l’Eurasie resteront la région du monde qui connaîtra la croissance la plus lente entre 2025 et 2029, avec une croissance moyenne de 1,5 % seulement au cours de la période de prévision", indique Kearney. "Le potentiel de frictions commerciales mondiales, les vents contraires liés à la fragmentation économique et les questions de politique fiscale réduisent le potentiel de croissance de la région. La faible productivité et les problèmes de compétitivité constituent des défis à long terme, qui pèsent sur la croissance et inquiètent probablement les investisseurs", peut-on lire.
Le conflit en Ukraine pèse également lourd sur les perspectives d’investissement. Les perturbations des chaînes commerciales et les pertes enregistrées dans les investissements énergétiques ont provoqué un repli des flux d’IDE vers les pays proches de la Russie. L’incertitude autour de l’issue du conflit, et surtout le risque d’escalade, continuent de refroidir les investisseurs.
Un autre élément inquiétant mis en lumière par l’enquête est la faiblesse perçue de l’UE en tant que puissance militaire. Seuls 27 % des investisseurs considèrent que l’Union exerce une influence significative dans ce domaine. Cette perception est encore plus marquée chez les investisseurs européens eux-mêmes, dont seulement 21 % partagent cet avis. Cette lacune stratégique contraste avec le rôle croissant que l’UE aspire à jouer sur la scène mondiale.
L’étude souligne également de fortes divergences selon la région d’origine des investisseurs. Si 63 % des investisseurs basés dans les Amériques et 57 % de ceux d’Asie-Pacifique estiment que l’avenir de l’Union est prometteur, seuls 44 % des Européens partagent cet optimisme. De même, 56 % des investisseurs européens estiment que l’UE est moins compétitive que d’autres grandes puissances économiques. À l’inverse, leurs homologues d’Asie-Pacifique se montrent bien plus confiants dans le potentiel compétitif de l’Europe.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

