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Robertet lance son premier "Capital Markets Day" /
Le détail de ses ambitions financières et stratégiques pour 2030
C’est au cœur de son berceau historique, à Grasse, que Robertet a pris rendez-vous avec la communauté financière ce jeudi. Le leader mondial des matières premières naturelles pour les parfums et arômes y organise en effet le premier "Capital Markets Day" de sa longue histoire : l’occasion de présenter sa feuille de route stratégique à l’horizon 2030, "Seed to Success". "Ce Capital Markets Day s’inscrit dans le sens de la stratégie de visibilité de la société et de son titre que nous menons pour animer le flottant", explique Jérôme Bruhat, le directeur général du groupe, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare. Il faut dire que du haut de ses 175 ans, le groupe contrôlé par la famille Maubert a récemment redonné un coup de neuf à son histoire boursière, en signant son retour dans le SBF 120 au mois de décembre. Une entrée réalisée avec une structure actionnariale clarifiée, puisque Robertet a fait entrer Peugeot Invest et le Fonds stratégique des participations (FSP) à son capital. Une arrivée d’actionnaires familiaux et de long terme alignés sur la stratégie du groupe, qui entraînera prochainement l’élargissement de son conseil d’administration. La nomination de deux administrateurs les représentant sera proposée lors de la prochaine assemblée générale, ainsi que celle de deux membres de la cinquième génération de la famille Maubert, Georges Maubert et Victoire Le Tourneur d'Ison, pour qu’elle maintienne son poids au sein du board.
Cap, donc, sur 2030. D’ici là, le groupe vise un chiffre d’affaires compris entre 1,1 et 1,2 milliard d’euros (soit une croissance annuelle moyenne de 5 % à 7 %), une marge d’Ebitda dépassant les 20 % et la stabilisation de retour sur capital employé autour de 16 %. De quoi se placer dans le haut du panier des standards de son industrie. Le free cash-flow avant acquisitions devrait, de son côté, se situer dans une fourchette de 105 à 115 millions d’euros. De fait, la trajectoire de croissance de Robertet sera portée par une combinaison de croissance organique et externe, cette dernière devant peser à hauteur d’un quart ou d’un tiers de la croissance du groupe et représenter entre 50 et 80 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 2030. "Notre stratégie ne repose pas essentiellement sur les acquisitions, mais elles sont utiles en cas de complémentarité. Elles permettent d’ajouter des compétences dans notre cœur de métier, de compléter notre catalogue d’offres, ou bien nous amènent une technologie ou une capacité industrielle dans les géographies où nous souhaitons accélérer", observe Jérôme Bruhat, citant l’exemple de l’entreprise indienne Sonarome, dont le site industriel est en train d’être étendu par le groupe, pour illustrer sa stratégie de croissance externe.
Cap sur les marchés de croissance
Le groupe estime qu’il pourra s’appuyer sur ses réserves ou encore faire appel aux marchés pour financer l’achat de cibles en cas de besoin, bien que celles-ci doivent être choisies avec rigueur : la résilience de son secteur renchérit les multiples de valorisation. Robertet compte en tout cas sur la participation de ses quatre divisions d’activité pour dépasser le milliard d’euros de chiffre d’affaires, soit la parfumerie, les arômes, les matières premières et le ‘health and beauty'. Un dernier marché soutenu par une tendance de recherche d’actifs aux vertus démontrées dans la cosmétique ou l’agroalimentaire, qui devrait doubler son poids dans le chiffre d’affaires d’ici à 2030, à hauteur de 6 %. "Elle doit devenir un moteur de croissance important. Néanmoins, cette feuille de route implique la contribution de l’ensemble de nos divisions. Celle de la parfumerie est particulièrement dynamique, elle nous a d’ailleurs permis de nous lancer dans de nombreux pays. Elle continuera de l’être, tandis que nous comptons encore accélérer dans celle des arômes, avec une position à renforcer sur les marchés émergents", indique Jérôme Bruhat.
L'entreprise présidée par Philippe Maubert sait qu’elle a une carte à jouer à l’international. L’accélération dans dix pays clés (situés en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique latine) a donc été érigée en priorité parmi les leviers qu'elle compte activer pour atteindre ses objectifs. Ces marchés, où le rythme de croissance est deux fois supérieur à celui qui s’observe à l’échelle mondiale dans les arômes et les parfums, devraient représenter plus de la moitié de celle du groupe sur la période 2025-2030, tandis que l'Asie devrait peser à hauteur d'un quart de ses revenus au titre de la période. Une place internationale que Robertet compte aller chercher grâce à une organisation régionale désormais plus lisible, divisée en sept compartiments et, surtout, largement autonomisée.
Une âme industrielle
Cette présence mondiale sera logiquement servie par un outil industriel agile et décentralisé, que le groupe entend aussi renforcer. "Nous sommes en train de réaliser des investissements industriels importants, et pas seulement à Grasse. Notre usine de parfumerie de Grasse, qui représente l’outil le plus moderne et le plus automatisé du groupe, y est installée. Nous cultivons notre excellence en France, mais 80 % de notre chiffre d’affaires est réalisé en dehors du pays. Nous souhaitons donc emmener notre expertise dans d’autres géographies, comme les États-Unis ou la Chine. Nous avons une vision complète du métier, puisque nous faisons du sourcing, de l’extraction ou encore de la création. Mais nous sommes avant tout - et dans l’âme - une société industrielle. Il nous faut donc nous appuyer sur une agilité qui permette de répondre localement et rapidement à la demande. Nous construisons par exemple actuellement une usine en Indonésie, tandis que nous doublons la taille de celle du Mexique", détaille Jérôme Bruhat.
Si le groupe a donc bien identifié ses zones de croissance, il misera aussi sur l’innovation pour peaufiner la valeur ajoutée de son offre et soutenir ainsi ses marges, entre autres facteurs d’optimisation de la rentabilité. Robertet n’hésite d’ailleurs pas à être proactif pour identifier les plus intéressantes d’entre elles à la source, grâce à son pôle d’innovation installé de longue date à Grasse, "La Villa Blu", sorte d’accélérateur maison pour start-ups, où une vingtaine d’entreprises y réalisent des résidences pendant deux années. "Toute l’idée était de créer un écosystème des naturels faisant le lien entre nos savoir-faire ancestraux et des jeunes entrepreneurs qui inventent des produits et technologies", explique Jérôme Bruhat. Robertet prend une participation minoritaire dans ces entreprises, pouvant par la suite être cédée. De quoi pousser à l’éclosion d’acteurs utiles, souligne Jérôme Bruhat : "Nous espérons y trouver nos clients, technologies et partenaires de demain". En parallèle, la tactique d’innovation du groupe s’appuie aussi sur sa R & D interne et sur l’investissement, par exemple, dans de nouvelles approches agricoles et biotechnologiques. Une attention portée au sujet découlant, de fait, du socle de sa stratégie : son expertise du naturel.
Un ADN inchangé
Amélioration de la qualité et de la résilience des plantes, développement de technologies à faible impact environnemental, sécurisation d’une diversification de sources responsables : le groupe a d’ores et déjà placé la durabilité au cœur de sa stratégie qui représente, pour lui, l’un de ses grands avantages compétitifs. "Nous avons coutume de dire que nous n’en serions pas là, au bout de 175 ans, si nous n’avions pas une vision de long terme. La RSE est dénommée aujourd’hui de cette manière, mais elle a toujours fait partie de l’ADN de Robertet", relève le dirigeant du groupe. Une identité qui se traduit au sommet de Robertet, puisque Julien Maubert dirige par exemple la division des matières premières et de la RSE. Il sera également invité à s’exprimer devant les investisseurs ce jeudi, lors du CMD, aux côtés d’autres membres de la famille, comme Olivier Maubert, directeur de la division Health & Beauty, de l’innovation et président de la "Villa Blu".
Une occasion d’exposer le "top management" de l’entreprise, ayant évolué ces dernières années sous la houlette de Jérôme Bruhat. "Le comité exécutif en France a été transformé en comité mondial. Si nous donnons plus d’autonomie opérationnelle aux organisations régionales, la responsabilité des divisions et des fonctions transverses est, de son côté, globale. Sur les 14 membres qu’il compte, cinq sont arrivés sur les trois dernières années. C’est un mélange adéquat entre les piliers du succès de l’entreprise et l’apport de nouvelles compétences", relève le dirigeant. Et de conclure : " Toute la différenciation de Robertet repose sur les fondamentaux d’une famille Maubert engagée à long terme, sur une trajectoire à succès portée par un leadership mondial du naturel et sur la capacité du groupe à offrir une perspective de modernisation et de globalisation, en étant plus dynamique sur de nouveaux marchés et en gagnant en rentabilité".
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