Professions financières / Bpifrance / Capital-développement / José Gonzalo
Professions financières
Bpifrance / Capital-développement / José Gonzalo
Bpifrance : une méthode d’investissement direct dans les "small cap" millimétrée / Faire de la primo-ouverture et être ancré dans les territoires est un métier
D’un million à un milliard d’euros, la marche est haute. C’est pourtant l’éventail des montants que Bpifrance est capable de mobiliser par ticket lorsqu’elle investit directement dans les PME, ETI et grandes entreprises françaises, au travers de son activité de capital développement. Une société de gestion pour le moins active, avec plus de 300 opérations réalisées par an (entre investissements et cessions). À fin décembre 2024, le fournisseur de données PitchBook la désignait d’ailleurs en qualité de championne européenne sur le plan des volumes. Portée par une équipe de 175 investisseurs, elle a déployé 1,8 milliard d’euros en 2024, compte 700 participations en portefeuille et pèse désormais 29 milliards d’euros d’actifs sous gestion. "Toutes les plus-values sont réinvesties dans d’autres dossiers", a rappelé jeudi José Gonzalo, directeur exécutif en charge du capital développement de Bpifrance, à l’occasion d’un point presse.
Cette direction, motrice de la création de valeur de la banque, opère au travers de fonds généralistes relatifs à la taille des entreprises, mais également sectoriels, à l’instar de ceux dédiés au tourisme, à la filière automobile, à la défense ou encore à l’impact environnemental. De même, la position de "Bpifrance actionnaire" est bien établie. Soit celle d’être un minoritaire actif, impliqué dans la gouvernance, engagé à offrir un accompagnement de long terme sur tous les enjeux auxquels peut faire face une entreprise et privilégiant toujours le co-investissement. Un champ des possibles donc bien étendu qui fait néanmoins ressortir une constante quant aux profils des entreprises choisies : 50 % du portefeuille de la banque, en capital développement, est composé de PME. Celui plus spécifique des "small cap", couvrant ces sociétés ainsi qu’une partie d’ETI, regroupe d’ailleurs environ 500 participations.
Établir des connexions
En parallèle, à fin 2024 également, 46 % de primo-ouvertures de capital étaient inscrites dans le portefeuille "small cap". "Le tissu français est peuplé de nombreuses entreprises familiales. Passer du repas de famille au conseil d’administration est un cap. Nous avons souvent déjà des relations bancaires établies avec les entreprises qui ouvrent leur capital pour la première fois", a souligné José Gonzalo. La position sur les petits tickets – de moins de deux millions d’euros – est d’ailleurs bien affirmée, puisqu’elle représente près de la moitié du portefeuille "small cap". Un partenaire des entrepreneurs qui se veut aussi ancré dans les territoires, articulé autour des plus de 60 investisseurs installés dans les implantations régionales de la banque.
"Notre sourcing et notre pipeline sont uniques car nous faisons du porte-à-porte. Cela peut parfois même porter ses fruits cinq ou dix ans après", a observé José Gonzalo, par exemple lorsqu’une famille s’élargit et qu’une partie d’entre elle se décide à monétiser sa participation. Les réticences à la primo-ouverture peuvent parfois aussi provenir de l’inquiétude de voir un fonds d’investissement, plus classique, faire tourner son portefeuille au bout de trois ou quatre années. Sur ce genre d’opérations, Bpifrance co-investit généralement aux côtés de fonds régionaux (ils peuvent même parfois être internationaux sur d’autres tailles de dossiers) et établit une fenêtre de liquidités permettant à ceux qui le souhaitent de les récupérer… ou de les réinvestir dans la même entreprise, aux côtés d’un nouvel actionnaire, comme peut le faire régulièrement la banque publique d’investissement.
Le long terme avant tout
Cet accompagnement de long terme, Bpifrance en a fait une priorité. Certaines entreprises sont installées dans son portefeuille depuis une décennie, ce qui ne l’empêche pas de procéder à un encaissement de liquidités lorsqu’elle l’estime nécessaire, en restant aussi parfois au capital de l’entreprise, par enjeu stratégique ou pour continuer à accompagner la création de valeur. Ou encore d'en sortir lorsqu’elle estime le travail accompli. Dans tous les cas, l’objectif reste avant tout d’assurer la croissance des participations. En témoigne le fait que plus d’une ETI en portefeuille "small cap" sur cinq était une PME à son entrée. Un passage à l’échelle opéré au travers de la croissance organique ou de build-ups, et permettant aussi d’assurer un continuum d’investissement et la construction d’un portefeuille non coté de qualité. "Notre capacité à réinvestir fait notre force. Nous n’avons pas d’obligation de retour à nos LP’s, sauf dans certains cas particuliers ", a indiqué José Gonzalo, en faisant notamment référence au fonds Lac1, géré par Bpifrance, quant à lui destiné à investir dans les champions du SBF 120.
Le fait est que si les sociétés non cotées représentent l’écrasante majorité en volume du portefeuille de la direction du capital développement, une quarantaine d’entreprises listées à la Bourse de Paris y figurent aussi. Et cristallisent une grande partie de sa valeur. Elles vont des plus récemment introduites d’entre elles, à l’instar d’Exosens, jusqu’aux grands poids lourds du CAC 40. Certaines d’entre elles sont donc d’ailleurs installées dans le portefeuille du véhicule Lac1, doté de 5,2 milliards d’euros. Lancé en 2020, il regroupe à date, entre autres, Arkema, EssilorLuxottica, Seb, Alstom, VusionGroup, Bureau Veritas, Ipsos ou encore Veolia, chez qui Lac1 a investi il y a quelques mois. Des choix qui portent leurs fruits sur le plan de la création de valeur, puisque la mise chez le géant de l’optique, faite en 2021, a par exemple au moins doublé. D’autres participations ont également été cédées, à l’instar de celle détenue chez Exclusive Networks, ou bien celle chez Spie. La fin de la période d’investissement avait initialement été programmée au mois de juin 2025, mais a finalement été allongée d’une année. Quelque 600 millions d’euros restent à déployer au travers de ce véhicule, soit de quoi réaliser un ou deux dossiers. La nouvelle période d’investissement pourrait d’ailleurs, si besoin, être de nouveau prolongée d’un an à son terme.
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