WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions / Renault

Entreprises / Actions
Renault

Renault : 9,5 milliards d’euros qui ne coûtent rien / La désolidarisation comptable de Nissan, ex-partenaire devenu source de pertes

C’est l’épilogue comptable d’un désengagement progressif. Plusieurs années après avoir cessé d’exercer toute influence sur Nissan, Renault tourne définitivement la page de l’alliance en reclassant sa participation comme un actif financier. Un ajustement de 9,5 milliards d’euros spectaculaire dans les chiffres, mais sans effet sur la trésorerie ni sur le dividende. Le groupe tourne la page d’une alliance depuis longtemps vidée de sa substance et se protège des pertes d’un partenaire désormais en grande difficulté.
Renault ne comptabilisera plus les résultats de Nissan par mise en équivalence - Photo by Kazuhiro NOGI / AFP
Renault ne comptabilisera plus les résultats de Nissan par mise en équivalence - Photo by Kazuhiro NOGI / AFP

Il ne faut pas y voir un héritage de Luca de Meo, dont Renault est actuellement en quête d’un successeur. Le résultat net du groupe au premier semestre 2025 sera dans le rouge. Et de manière significative. Le constructeur automobile a annoncé mardi qu’il inscrirait dans ses comptes au 30 juin, une charge exceptionnelle de 9,5 milliards d’euros, liée à l’évolution du traitement comptable de sa participation dans Nissan. Jusqu’ici consolidée par mise en équivalence, celle-ci sera désormais classée comme un actif financier, évalué à la juste valeur sur la base du cours de Bourse du constructeur japonais.

Il s’agit là d’une traduction comptable, certes brutale en apparence, d’un état de fait qui prévaut depuis plusieurs années : depuis l’affaire Ghosn, Renault n’exerce plus aucune influence effective sur son ancien partenaire japonais. Il n’est pas inutile de rappeler que la méthode de la mise en équivalence s’applique uniquement aux entreprises sur lesquelles on détient une influence notable sans en avoir le contrôle. Une situation qui correspondait parfaitement à Renault, longtemps premier actionnaire de Nissan (avec 43,4 % du capital jusqu’en 2023), au cœur d’une alliance industrielle dont Carlos Ghosn, alors PDG de Renault et de Nissan, incarnait à lui seul la cohésion et la direction stratégique.

 

De la mise en équivalence à la mise à distance

 

Sans refaire toute l’histoire, l’arrestation de Carlos Ghosn a scellé la fin de l’équilibre qui prévalait jusque-là entre Renault et Nissan. Officiellement, Renault a certes continué à détenir une part importante du capital et des sièges au conseil d’administration de Nissan entre 2018 et 2023, ce qui justifiait, sur le papier, le maintien de la mise en équivalence. Mais dans les faits, la défiance japonaise a été immédiate et profonde. Considérant l’alliance comme déséquilibrée au profit de la partie française, les dirigeants de Nissan ont progressivement repris la main sur leur gouvernance, affaiblissant mécaniquement l’influence de Renault.

Cela a conduit à l’accord de rééquilibrage capitalistique survenu début 2023 : Renault a transféré 28,4 % du capital de Nissan dans une fiducie, ne conservant que 15 % en direct, avec un plafonnement des droits de vote à 15 % pour chaque groupe. Depuis, au fil de ventes progressives, la participation de Renault a diminué : elle s’établissait fin mai à 35,71 % : 17,05 % détenus en direct et 18,66 % logés dans la fiducie française dont Renault est bénéficiaire.

Début 2025, un nouvel amendement à l’accord d’alliance a par ailleurs entériné la possibilité pour les deux groupes de ramener leurs participations croisées à 10 % — sans obligation, mais avec désormais une flexibilité juridique pleinement assumée.

Dans les faits, cela fait plus de deux ans que Renault ne joue plus aucun rôle dans les orientations stratégiques de Nissan. L’ancien modèle intégré promu par Carlos Ghosn, fondé sur des participations croisées, une gouvernance partagée et des synergies industrielles poussées, a été progressivement défait au profit d’une coopération plus souple, recentrée sur des projets communs. Un changement qui, soit dit en passant, n’a pas particulièrement souri au constructeur japonais, dont la situation financière s’est nettement détériorée.

 

Un ajustement non cash, sans impact sur le dividende

 

Pour revenir à l’aspect comptable, la perte de 9,5 milliards d’euros annoncée au 30 juin 2025 correspond à l’écart entre la valeur comptable historique de la participation dans Nissan et sa valeur de marché actuelle, nettement plus faible. Il ne s’agit toutefois pas d’une sortie de trésorerie, mais d’une simple réévaluation comptable, qualifiée d’" impact non cash " par le constructeur. L’opération reste sans effet sur la trésorerie, la dette ou la politique de retour aux actionnaires, le résultat net ajusté — utilisé pour le calcul du dividende — n’étant pas affecté. En somme, un effet de miroir comptable d’un changement stratégique. Impressionnant dans les chiffres, neutre dans les faits.

Au point où en sont les relations entre les deux constructeurs, et compte tenu de la dégradation des résultats de Nissan, ce changement comptable apparaît non seulement salutaire, mais sans doute indispensable. Renault a longtemps consolidé dans ses comptes la quote-part du résultat net de Nissan, à l’époque où celui-ci générait des bénéfices confortables. Mais la règle vaut aussi en cas de pertes. C’est exactement ce qui s’est produit au premier trimestre 2025 : la nette détérioration des comptes de Nissan s’est traduite, après retraitements IFRS, par une contribution négative estimée à 2,204 milliards d’euros dans les comptes de Renault, au titre du quatrième trimestre de l’exercice fiscal 2024/2025 de son ex-partenaire, clos au 31 mars 2025. Et il serait pour le moins risqué de continuer à intégrer dans ses comptes les pertes d’un groupe totalement émancipé de son influence.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article