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Worldline opte pour la transparence totale face à la crise / Le groupe entend couper court à la pression médiatique et vendeuse

La crise de réputation que traverse Worldline prend une nouvelle dimension. En réponse aux révélations du consortium EIC, le groupe mandate deux cabinets pour auditer ses pratiques, dans un climat alourdi par l’ouverture d’une enquête judiciaire en Belgique et par une montée historique des ventes à découvert sur son titre.
Illustration App - Hans Lucas via AFP
Illustration App - Hans Lucas via AFP

Changement de pied pour Worldline. Une semaine après avoir dénoncé une campagne médiatique aux relents "inacceptables", le groupe de paiement amorce un virage stratégique dans sa réponse à la crise d’image qui menace sa relance. Sous la pression des révélations du consortium European Investigative Collaborations (EIC) sur la gestion passée de clients à haut risque, Worldline a annoncé mercredi le lancement de deux missions d’évaluation externes. Le cabinet Accuracy auditera la base clients résiduelle à risque, tandis qu’Oliver Wyman passera au crible l’ensemble du dispositif de conformité du groupe. Une inflexion claire, tant Pierre-Antoine Vacheron, le nouveau directeur général, semblait jusqu’ici réticent à "provoquer des perturbations" en mandatant de tels audits, comme il l’avait confié lors de la conférence téléphonique du 26 juin.

Désormais, le cap est à la transparence proactive. Un comité ad hoc du conseil d’administration a été mis en place pour superviser la démarche, conduite avec l’appui du cabinet Paul Hastings LLP. Les premières conclusions seront présentées le 30 juillet, en même temps que les résultats semestriels. Les audits complets, eux, sont attendus pour fin octobre.

 

Un changement de ton révélateur

 

Ce revirement stratégique illustre une prise de conscience : la simple affirmation que "le ménage a été fait" il y a deux ans ne suffit plus. Même si les clients à haut risque ne représentent aujourd’hui que 1,5 % des volumes traités, selon la direction, le groupe sait désormais qu’il doit en apporter la preuve concrète. Et vite. "Cette communication coupe sans doute l’herbe sous le pied aux médias qui pourraient publier de nouveaux éléments dans les jours à venir", estime le cabinet Octo Finances. Il s’agit aussi, en creux, de se démarquer d’un passé encore trop associé à l’ancien management.

Surtout, les risques dépassent désormais le seul champ réputationnel. L’enquête journalistique, baptisée Dirty Payments, a débouché sur l’ouverture d’une procédure judiciaire en Belgique pour blanchiment d’argent. Le parquet de Bruxelles cible la filiale locale de Worldline, soupçonnée d’avoir facilité des paiements électroniques pour des acteurs liés à des activités illégales (casinos non régulés, pornographie, streaming illicite) pendant près de dix ans, sans respecter les obligations de vigilance.

 

La menace d’une dégradation financière

 

Sans clarification rapide, le rouleau compresseur médiatique risque à lui seul de fragiliser le redressement auquel le nouveau directeur général commence tout juste à s’atteler. L’affaire n’a d’ailleurs pas échappé aux agences de notation. Mercredi, S & P Global Ratings a indiqué suivre de très près l’évolution du dossier. La note BBB – de Worldline reste pour l’heure inchangée, mais "la marge de manœuvre est limitée", avertit l’agence. Une révision à la baisse des prévisions d’Ebitda pour 2025 pourrait faire passer l’endettement au-delà du seuil critique de 3,5 fois, entraînant une dégradation à BB +, dans la catégorie spéculative. S & P insiste toutefois sur la solidité de la position de liquidité du groupe, qu’elle juge "exceptionnelle".

 

Une cible toute désignée

 

Une chose est sûre : Worldline présente le profil idéal pour devenir la cible d’une campagne médiatique à fort impact. Groupe affaibli, secteur hypersensible à la réputation, valorisation au plus bas… tous les ingrédients sont réunis. À la différence près qu’ici, aucun fonds activiste n’a revendiqué l’opération. Ni Muddy Waters, ni Gotham City Research, par exemple, que l’on avait vus à l’œuvre dans les dossiers Vusion Group ou Solutions 30. Cette fois, les révélations émanent d’un consortium de journalistes d’investigation et portent sur des faits anciens, a priori traités depuis un moment par le groupe, ce que l’audit devra confirmer.

Mais force est de constater, en tout cas, que la séquence a été largement exploitée par de nombreux fonds vendeurs, dont les positions s’étaient accumulées progressivement depuis plusieurs semaines, pour culminer à près de 7 % du capital le 25 juin, selon le site Shortsell.nl. Parmi les acteurs qui se sont signalés à l’AMF figurent notamment AHL Partners LLP, Marchant MC Ltd, Astaris Capital Management, Systematica Investments, Voleon Capital Management, ainsi que deux entités de BlackRock. Un faisceau d’intervenants très divers.

Il convient toutefois de garder à l’esprit que, dans ce genre de configuration, les retournements boursiers peuvent être aussi rapides à la hausse qu’ils l’ont été à la baisse.

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