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Getlink paie la normalisation des prix de l’électricité / Mais d’autres turbos seront bientôt activés pour nourrir la croissance

Malgré un recul attendu de ses résultats semestriels, lié à la normalisation de son activité Eleclink, Getlink affiche sa solidité. Porté par des performances record du trafic passagers grande vitesse et une stratégie affirmée de développement du ferroviaire international, le groupe mise sur ses fondamentaux pour maintenir ses objectifs annuels et préparer l’avenir, entre nouvelle interconnexion électrique et ouverture à de nouveaux opérateurs sous la Manche.
Eurotunnel, Getlink (Photo by Sameer Al-DOUMY / AFP)
Eurotunnel, Getlink (Photo by Sameer Al-DOUMY / AFP)

Ce n’est pas une surprise. Getlink a publié ce jeudi matin des résultats financiers globalement en baisse au premier semestre. Mais ce recul s’explique avant tout par la forte contribution d’Eleclink, son interconnexion électrique sous la Manche, lors des exercices précédents, dans un contexte de crise énergétique européenne.

 

Eurotunnel reste toujours le pilier de croissance

 

Ainsi, sur les six premiers mois de l’année, le chiffre d’affaires consolidé de Getlink s’établit à 739 millions d’euros, en baisse de 9 % par rapport à la même période en 2024. L’Ebitda atteint 366 millions d’euros, en repli de 14 % sur un an, tandis que le résultat net chute de 35 %, à 113 millions d’euros. "Les chiffres apparaissent en diminution, mais je suis très satisfait des résultats. Il faut garder en tête que l’on compare aujourd’hui à une période historiquement exceptionnelle pour Eleclink", a rappelé Jacques Gounon, président de Getlink, lors d’un point presse. "Nos métiers hors électricité, eux, sont en grande forme. Et notre message principal est simple : les gens ont envie de voyager", a-t-il voulu rassurer.

C’est en effet du côté des activités ferroviaires qu’il faut chercher les meilleures nouvelles. Eurotunnel affiche une progression de 4 % de son chiffre d’affaires sur un an, qui s’élève à 564 millions d’euros au premier semestre. Cette croissance est portée par une fréquentation record d’Eurostar : 5,6 millions de voyageurs ont emprunté la liaison transmanche au cours des six premiers mois de l'année, un trafic jamais vu. "Les activités historiques du groupe sont en excellente santé. Le trafic grande vitesse est à un niveau record, ce qui démontre que le tunnel répond pleinement à une demande très forte. Nous avons atteint un taux de disponibilité de 99,7 %, ce qui est exceptionnel pour une infrastructure fonctionnant 24 heures sur 24", s’est félicité Yann Leriche, directeur général du groupe.

 

Eleclink : la normalisation après le pic

 

Le segment des navettes passagers a également progressé durant le semestre, avec une hausse de 2 % du nombre de véhicules transportés (près de 986 000 véhicules) et une part de marché consolidée à près de 60 %. Certes, sur le marché fret, le trafic camions recule de 2 % en raison du ralentissement de l’économie britannique, mais la part de marché d’Eurotunnel progresse légèrement à 35,7 %, confirmant la compétitivité du service.

À l’inverse, l’interconnexion Eleclink, mise en service en 2022 rappelons-le, voit son chiffre d’affaires chuter lourdement de 50 %, à 92 millions d’euros, contre 185 millions un an plus tôt. L’Ebitda passe ainsi de 117 à 52 millions d’euros, impacté notamment par une provision de 23 millions d’euros au titre du mécanisme de partage des profits. "Même si la contribution d’Eleclink baisse mécaniquement par rapport à des années exceptionnelles, la rentabilité de l’actif reste extrêmement intéressante ", a assuré Yann Leriche.

Pour mémoire, plusieurs arrêts techniques sont venus perturber le fonctionnement de l’infrastructure au cours du semestre : du 1er janvier au 5 février, puis du 19 mai au 2 juin. L’on notera néanmoins que si le taux de disponibilité est resté modéré à 71 %, 92 % de la capacité annuelle a d’ores et déjà été vendue, garantissant un chiffre d’affaires sécurisé de 205 millions d’euros sur l’année.

 

Le ferroviaire international, mais pas que

 

Au-delà des résultats semestriels, Getlink se projette avec ambition vers l’avenir. Le groupe compte s’imposer comme un acteur central du renouveau du ferroviaire européen, en facilitant l’émergence de nouveaux opérateurs sur l’axe transmanche.

Trois annonces favoriseraient cette dynamique : la confirmation par l’ORR (le régulateur ferroviaire britannique) des capacités disponibles au dépôt de Temple Mills à Londres. "Nous sommes désormais dans une phase opérationnelle très concrète. Les opérateurs ont déposé leurs dossiers au régulateur britannique le 18 juillet. Ce sont des plans de recrutement, des financements, des matériels roulants. On parle ici d’industrialisation de la croissance ferroviaire européenne", s’est réjoui le directeur général. Autres décisions : le projet d’agrandissement de la gare de Saint-Pancras, et surtout, l’arrivée officielle de nouveaux entrants comme Trenitalia, aux côtés de Gemini Rail, Evolyn ou encore Virgin.

Mais Getlink n’a pas dit son dernier mot sur le marché de l’énergie, en se projetant déjà sur Eleclink 2, un deuxième câble sous le tunnel. "Le régulateur de l’énergie britannique nous a délivré une licence nous permettant de poursuivre nos études. Par ailleurs, lors du sommet franco-britannique qui a eu lieu début juillet, les autorités ont réaffirmé le besoin de créer une nouvelle interconnexion entre la France et la Grande-Bretagne. Nous savons que les procédures sont longues et l’objectif a été fixé pour avant 2035 mais le ‘go’ est en train d’être formalisé ", a-t-il souligné.

 

Un objectif 2025 confirmé

 

Autant de bonnes raisons pour Getlink de maintenir son objectif d’Ebitda annuel compris entre 780 et 830 millions d’euros. Une prévision qui repose sur la poursuite de la bonne dynamique d’Eurotunnel, la stabilité des revenus pré-engagés d’Eleclink, ainsi qu’une préparation rigoureuse à l’entrée en vigueur du système EES en octobre prochain, qui pourrait devenir un avantage compétitif pour le Tunnel.

A noter qu'en marge de la publication de ses résultats, le groupe a annoncé la cooptation au sein de son conseil d’administration d’Andrea Mangoni, directeur général de la société d’infrastructure et de mobilité Mundys, en qualité d’administrateur non-indépendant. Il remplace ainsi Jean Mouton, démissionnaire, pour la durée restant à courir du mandat de ce dernier. "Je suis ravi d’accueillir Andrea en tant qu’administrateur de Getlink. Au-delà de son profil exceptionnel et de ce qu’il apportera en tant que directeur général de notre deuxième actionnaire, son arrivée témoigne clairement de l’engagement de Mundys à soutenir notre stratégie de long-terme en faveur de la croissance et de l’excellence", a commenté Jacques Gounon.

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