Macro-économie / Taux
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France : investissement et consommation montrent (toujours) peu d’entrain / L’aéronautique, lui, carbure sans délivrer encore
La croissance a souri à la France au printemps. D’après les données publiées par l’Insee, la hausse du Produit intérieur brut (PIB) en volume a atteint 0,3 %. C’est davantage que ce qu’attendaient l’institut statistique ainsi que la Banque de France (respectivement 0,2 % et 0,1 %). La ventilation des contributions à cette croissance montre que la demande intérieure (hors stocks) n’y est hélas pour rien.
En effet, les dépenses de consommation des ménages ont progressé de seulement 0,1 %, évoluant ainsi encore en dessous de leur niveau du quatrième trimestre 2024, malgré une inflation aux alentours de 1 % l’an. Du côté de l’investissement, le recul des taux d’intérêt découlant de la normalisation de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) n’a pas empêché celui des entreprises non-financières (ENF) de reculer de 0,4 % sans doute en lien avec le contexte d’incertitude au plan domestique et international. Ainsi, la formation brute de capital fixe (FBCF) des ENF se situe à plus de 4 % en dessous de son pic historique du troisième trimestre 2023.
Les variations de stocks, elles, ont porté la croissance de ce trimestre à hauteur de 0,5 point. "Cette surprise s’explique essentiellement par l’aéronautique", explique à WanSquare Marie Leclair, cheffe du département des comptes nationaux à l’Insee. "De nombreux avions ont été produits au cours du trimestre, mais n’ont pas pu être livrés. Ces avions, presque finalisés, ont donc été stockés en attendant leur exportation, probablement au troisième trimestre. Il en va de même pour le secteur automobile, où une hausse des importations de véhicules a coïncidé avec une demande intérieure toujours faible, entraînant là aussi un stockage", indique l’économiste. En miroir de ce phénomène, la contribution du commerce extérieur à la croissance a été négative à hauteur de 0,2 point.
Peut-on en déduire la trajectoire de la croissance pour le restant de l’année ? "Le fait que les variations de stocks soient la principale raison de l’accélération de la croissance au deuxième trimestre nous fait douter que ce rythme puisse être maintenu au troisième trimestre ", juge Fabien Bossy, chef économiste France chez Société Générale CIB.
"Un signe plus concret et rassurant, en revanche, est que l’investissement des ménages semble avoir touché un point bas, ce que confirment de nombreux indicateurs du marché immobilier ", ajoute-t-il, estimant que la reprise du marché immobilier devrait s’accompagner d’un regain de confiance des ménages, ce qui mettrait fin à la hausse du taux d’épargne, voire amorcerait son inversion. Ce scénario de ménages plus confiants doit toutefois encore être confirmé par les enquêtes de conjoncture.
Sur RTL, Eric Lombard, ministre de l’Economie et des Finances, s’est montré ravi du chiffre paru ce matin. "C’est vraiment une bonne nouvelle : 0,3, ça veut dire que depuis le début de l’année, on a une croissance légèrement supérieure à 0,5 %", a-t-il souligné. L’acquis de croissance, c’est-à-dire l’augmentation du PIB qui serait enregistrée sur l’ensemble de 2025 s’il demeurait aux troisième et quatrième trimestres à son niveau du deuxième, s’élève aussi à 0,5 %. Pour mémoire, le gouvernement attend une croissance de 0,7 % cette année. Aussi, une croissance trimestrielle de 0,2 % en moyenne lors des troisième et quatrième trimestres suffirait à atteindre l’objectif.
Il n’est néanmoins pas certain que cela soit de bon augure pour les finances publiques du pays. "Le ministre peut se réjouir parce que l’objectif de 0,7 % pourrait être atteint. Cela ne fera pas pour autant de rentrées fiscales puisque ce sont des stocks accumulés et pas des transactions", a réagi Philippe Waechter, chef économiste d’Ostrum Asset Management. Les très récentes alertes sur les rentrées de TVA du rapporteur général du Budget de l’Assemblée nationale, Charles de Courson, allaient dans ce sens. A ce propos, l’acquis de croissance de la consommation des ménages s’établit à 0,3 % à mi-année, quand le gouvernement vise 1,2 % pour 2025. Cela supposerait une croissance - irréaliste - de celle-ci de 1,2 % par trimestre en moyenne.
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