Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Thomas Métivier, président-directeur général de Cdiscount
Le commerce en ligne figure, sans conteste, parmi les secteurs de l’économie les plus en proie aux évolutions de ce monde. Un environnement jeune par essence, où le champ des possibles en matière d’innovation est plus que vaste. Mais se caractérisant aussi par une pression concurrentielle et par la nécessité, pour les plateformes qui y opèrent, de savoir faire preuve d’agilité et d’intuition pour s’adapter – et anticiper – les tendances de consommation, ainsi que les besoins de ses acheteurs et de ses vendeurs. Autant de sujets dont Thomas Métivier, le président-directeur général de Cdiscount, est un observateur de premier rang, lui qui a rejoint l’entreprise où il opère il y a désormais près d’une décennie, en 2016.
Une histoire de rencontre avec son prédécesseur, Emmanuel Grenier, raconte le patron du leader français de l’e-commerce, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare : "Les transformations qui nous paraissent aujourd’hui naturelles étaient en devenir. Et Cdiscount était particulièrement bien positionné pour les saisir. À l’époque, la marketplace ne représentait que 20 % de l’activité… Le discours du groupe, de vouloir faire émerger un acteur français pertinent, sur un marché déjà dominé par d’autres grands acteurs, répondant aux attentes des consommateurs et défendant une idée de souveraineté, était aussi novateur". L’énergie de l’entreprise, sa composante innovante et son terrain d’activité où tout restait à créer le convainquent alors d’y signer son entrée. C’est au département de la stratégie, d’abord en tant que chargé de mission, puis en qualité de dirigeant de celui-ci, que cet ingénieur y fera ses premiers pas.
Les premiers apprentissages
"Le premier sujet dont j’ai eu la charge était celui de la publicité sur la marketplace. Depuis, nous sommes devenus le deuxième acteur en France sur ce business du retail marketing, juste derrière Amazon. Cela illustre la capacité de Cdiscount à être aux avant-postes des sujets d’innovation", observe Thomas Métivier. Un succès que le dirigeant explique notamment par l’ADN commerçant de la filiale du groupe Casino et par la performance de sa propre plateforme publicitaire, qui permet aux vendeurs et aux marques d’activer des solutions publicitaires spécifiques, comme des bons de réduction ciblés. "Cdiscount c’est une histoire d’innovation, de technologie et de proximité avec nos différentes parties prenantes", résume-t-il. Ce secteur n’était pourtant pas forcément celui dans lequel il s’imaginait évoluer en sortie d’école. Diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris et polytechnicien, il a néanmoins toujours eu un goût pour les sujets d’entrepreneuriat, d’économie et d’innovation, autour desquels il articulera son cursus d’études dans la grande école.
"Quand je suis entré à l’X, j’ai aussi très vite rejoint la Junior Entreprise, que j’ai d’ailleurs présidée", retrace Thomas Métivier. S’il se voyait initialement plutôt rejoindre une direction industrielle d’entreprise, il débutera sa carrière professionnelle au sein du Corps des Mines. Un corps d’État qui l’intéressait tout particulièrement, pour comprendre comment les politiques publiques s’articulent aux réalités privées. Mais aussi car le dirigeant savait qu’il lui permettrait de côtoyer bon nombre d’entreprises, notamment implantées dans les territoires. De quoi, également, être sur le terrain : un exercice qui lui plaît particulièrement et auquel il s’attache à se prêter au moins deux jours et demi par semaine, depuis qu’il a pris la tête de Cdiscount, afin d’échanger avec les équipes opérationnelles pour mieux cerner les besoins des clients, sur chacun de leurs périmètres.
En formation dans le Corps des Mines, il passera notamment une année et demie chez Lafarge, à travailler sur des sujets de construction durable, puis fera un passage à la direction centrale du marketing chez Pernod Ricard, au sein de sa division de whiskys. "J’y ai découvert l’exercice de construction d’un actif de marque, d’histoire et de positionnement à l’échelle internationale", se souvient Thomas Métivier. En 2012, le dirigeant sera nommé chargé de mission, auprès du Préfet de la Région Aquitaine. Une période au cours de laquelle il exercera différentes fonctions à responsabilités à la Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’emploi (DIRECCTE) d’Aquitaine. Il sera aussi Commissaire à la relance productive en Région Aquitaine, de 2014 et 2016.
L’entrepreneuriat maison
Parmi ses sujets de prédilection, lorsqu’il évoluait dans la fonction publique française ? La création de dynamiques territoriales autour d’acteurs leaders dans leur secteur, participant aussi à drainer tout un écosystème d’innovation de proximité. "Je considère que les entreprises ont un rôle majeur à jouer dans les territoires dans lesquels elles sont implantées", souligne-t-il. Une conviction qui résonne tout particulièrement au cœur de ses fonctions actuelles. "Cdiscount a été fondé à Bordeaux, beaucoup de nos collaborateurs sont venus s’y installer pour nous rejoindre, car nous recrutons au niveau national. Un écosystème bordelais de services s’est aussi structuré autour des dimensions de marketplace, de technologie, d’opérations, de gestions des vendeurs… Nous n’avons pas vraiment d’alter ego en France, les acteurs qui ont voulu se lancer dans notre secteur ont donc ouvert des bureaux à Bordeaux", remarque Thomas Métivier.
BackMarket, ManoMano ou encore Mirakl font partie de ces noms de la French Tech, désormais bien connus, et s’étant, dans un premier temps, installés sur les terres de Cdiscount. "Il y a des anciens de chez nous un peu partout, certains ont même fondé des start-ups avec qui nous collaborons. C’est une belle reconnaissance de voir que les compétences que nous développons soient reconnues dans d’autres entreprises. Cela participe aussi au développement du e-commerce en France", se félicite Thomas Métivier, rappelant l’implication de son groupe dans la French Tech Bordeaux, ou encore dans l’association Digital Aquitaine. D’autant que le parcours de Thomas Métivier est, lui aussi, imprimé d’une fibre entrepreneuriale – ou plutôt intrapreneuriale, puisqu’il portera la création d’une nouvelle entreprise au sein de Cdiscount, Octopia.
Peu de temps après avoir pris la direction de la stratégie de l’entreprise, Thomas Métivier s’installera en effet à la tête du développement, de l’international, de la stratégie et de l’innovation de Cdiscount. Un poste qui lui donnera notamment l’occasion de travailler de concert avec d’autres distributeurs européens, afin de donner un coup d’accélérateur à leurs propres plateformes. Ce qui entraînera ainsi la naissance d’Octopia, une filiale dédiée à la vente de services et de solutions technologiques de marketplace à d’autres pairs. "Cela m’a fait découvrir le monde du ‘software as a service’ pour les professionnels. Aujourd’hui, nous accompagnons une trentaine de distributeurs et de e-commerçants en Europe. D’un autre côté, cela permet à nos propres vendeurs d’avoir un accès facilité aux autres plateformes. Octopia améliore finalement la proposition de valeur pour nos vendeurs. Cette logique de maillage européen est un vrai plus", explique Thomas Métivier, qui se consacrera à cette aventure durant deux années, avant d’être nommé directeur général de Cdiscount en janvier 2023, d’intégrer le comité exécutif du groupe Casino, puis de devenir président-directeur général de la plateforme d’e-commerce en mai 2024.
Une culture en évolution
"Cette responsabilité s’est accompagnée de celle de mener le repositionnement du groupe, d’accélérer sa transformation et de conduire son recentrage sur ses activités les plus rentables. La restructuration financière de Casino a aussi été motrice d’incertitudes. Mais nous avions une vision claire : il fallait retrouver un modèle rentable, pérenne et permettant de retrouver une forme d’agilité alors que nous avions considérablement grandi", indique Thomas Métivier, soulignant que le retour de la croissance des volumes d’affaires a été acté au deuxième trimestre de 2025. Un travail de transformation que le patron de Cdiscount a tout d’abord voulu insuffler au niveau de la culture d’entreprise. Historiquement organisée de manière plus verticale, en raison d’un modèle de croissance, son marché désormais plus mature nécessitait que les équipes disposent de davantage d’autonomie, pour prendre les décisions les plus pertinentes. "Il faut les mettre en condition de réussite, que le management vienne finalement en soutien des décisions du terrain", relève Thomas Métivier.
Car dans tous les cas, l’objectif principal est clair : être une plateforme de marché articulée à la stratégie de ses vendeurs, au service de ses clients et de leurs attentes. "Les vendeurs apprécient notre culture commerciale, sur laquelle nous nous sommes construits. Ce qui fait notre force, c’est aussi d’accompagner leur transformation technologique. Nous portons surtout une attention particulière aux retours des clients, plus difficiles à percevoir lorsque vous opérez en ligne. C’est le défaut du digital. Nous étudions un cas client chaque semaine en comité exécutif", détaille Thomas Métivier, rappelant que ces derniers ne rendent pas visite à Cdiscount pour acheter de la technologie, mais seulement des produits au meilleur prix, doublés d’une expérience d’utilisation rassurante.
Une longueur d’avance utile
Tout ceci reste néanmoins possible grâce au virage précurseur pris par Cdiscount pour devenir une véritable plateforme technologique, et résulte aussi du travail ayant été réalisé autour de la science des données. "Au départ, la data science répondait à un problème business simple : quel produit montrer au consommateur lorsqu’il inscrit une requête dans un moteur de recherche ? Dix ans plus tard, nous avons plus de 40 algorithmes qui tournent en permanence en production, une dizaine d’entre eux utilisent l’intelligence artificielle générative. Ce sont des éléments clés de la performance de l’entreprise. Avec l’IA, nous avons divisé par deux les erreurs de classement sur notre site. Et un produit dans la bonne catégorie, ce sont 30 % de ventes en plus", assure Thomas Métivier. Cdiscount reste donc bien concentré sur la suite et entend, grâce à ses particularités, conserver sa place de choix dans le commerce en ligne français, il est vrai, bousculé par la concurrence. Pour autant, Thomas Métivier tient à mettre deux éléments en perspective de ces évolutions.
D’une part, la culture de la distribution et du commerce est particulièrement forte en France, ce qui permet au secteur de ne pas vivre la même domination que dans d’autres pays européens, malgré les parts de marché significatives d’acteurs comme Amazon. Deuxièmement, du fait de son positionnement affirmé dans la vente d’équipements, Cdiscount n’est pas nécessairement en première ligne, pour l’heure, de la menace des grandes plateformes chinoises, qui n’entrent pas sur le marché par ce vecteur. "Nous opérons au cœur d’un secteur qui fait partie des plus concurrentiels. Cela fait 25 ans que de nouveaux acteurs viennent nous disputer nos parts de marché. Nous demandons simplement à ce que la concurrence soit juste, elle ne peut s’opérer contre des produits contrefaits, qui ne respectent pas nos normes et vendus par des entreprises sur-subventionnées. Appliquons tout d’abord les règles qui existent avant d’en créer de nouvelles", pointe le président-directeur général de Cdiscount.
Selon lui, le facteur de différenciation du groupe reste de ce fait clair. Soit celui de la relation de confiance entre l’entreprise et ses clients. Un axe stratégique fondateur. Cela passe par exemple par la proposition d’offres de produits plus responsables (reconditionnés, made in France, plus réparables, moins énergivores…), sans que cela ne renchérisse leurs prix, souligne Thomas Métivier. Ces produits représentent aujourd’hui un quart des ventes du site. De quoi répondre aux évolutions des souhaits des consommateurs de Cdiscount, et rester ainsi leur destination d’achat favorite.
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