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Marge d’intérêt : un souffle nouveau pour les banques françaises / La baisse des taux d’août sur l’épargne réglementée prolonge l’élan
Les marges nettes d’intérêt (MNI) des banques françaises ont poursuivi leur progression au deuxième trimestre 2025, confirmant le rebond observé en début d’année. C’est l’un des enseignements majeurs des résultats semestriels publiés fin juillet, qui ont mis en lumière le redressement de cet indicateur central de la rentabilité bancaire, après deux années sous pression des taux servis sur les dépôts réglementés.
Après l’envolée des taux directeurs de la BCE en 2022-2023, les banques françaises avaient subi de plein fouet la revalorisation rapide du Livret A, du LDDS et du LEP, dont les taux administrés avaient bondi à des niveaux inédits depuis vingt ans. Or ces produits représentent une part importante de la collecte, et leur coût avait grignoté les marges. L’année 2025 inverse la donne : la décrue de l’inflation - tombée à 0,88 % au premier semestre - a entraîné deux baisses du Livret A et du LDDS, de 3 % à 2,4 % en février, puis à 1,7 % en août. Le LEP, de son côté, est passé de 4,1 % à 3,5 % en février puis à 2,7 % cet été.
La détente sur l’épargne réglementée redonne de l’air
Les effets se voient déjà dans les comptes. Chez BPCE, la MNI bondit de 28 % sur un an au premier semestre, à 4,5 milliards d’euros. Une forte progression qui s’appuie logiquement sur la bonne tenue de la banque de détail, les réseaux Banque Populaire et Caisse d’Épargne, adossés à d’importants volumes de dépôts, affichant des hausses respectives de 18 % et 21 %. Elle bénéficie aussi du financement aux entreprises, de la gestion de trésorerie et du crédit-bail. Parmi les autres données disponibles, de son côté, Société Générale a vu sa marge d’intérêt croître de 14,8 % sur un an au deuxième trimestre ; BNP Paribas, au sein de sa Banque commerciale en France, a enregistré une hausse de 4,3 %, portée par les marges sur dépôts.
Ce redressement a des allures de rattrapage. Dans d’autres pays de la zone euro, comme l’Espagne ou l’Italie, où les prêts immobiliers sont majoritairement à taux variable et les dépôts faiblement rémunérés, la MNI avait bondi dès 2022, atteignant un pic en 2023-2024. En France, la mécanique avait été contrariée par la flambée des dépôts réglementés. Leur détente depuis février, amplifiée cet été, allège brutalement le coût de la ressource tandis que les encours de prêts anciens, à taux fixes, restent rémunérateurs.
Un soutien prolongé à la rentabilité
Cette dynamique a toutes les chances de se prolonger dans les prochains trimestres. Selon Fitch Ratings, la dernière baisse des taux des comptes d’épargne réglementés Livret A et Livret de Développement Durable Solidaire (LDDS), qui passeront de 2,4 % à 1,7 %, "soutiendra davantage la reprise progressive des marges d’intérêt nettes et de la rentabilité opérationnelle des banques françaises". Selon les calculs de l’agence, cette réduction de 70 points de base entrée en vigueur le 1er août pourrait gonfler le chiffre d’affaires annuel du secteur d’environ 2 milliards d’euros, soit l’équivalent de 1 % de celui de 2024, l’économie sur les coûts de financement devant compenser toute érosion des dépôts. D’autant que cette dernière devrait rester limitée : "la perte de clientèle sur les dépôts réglementés devrait être contenue compte tenu du profil prudent des épargnants français et, avec la baisse des taux des dépôts à terme concurrents, les déposants ont peu d’intérêt à changer de produit", souligne Fitch.
La baisse des taux du Livret A, du LDDS et du Livret d’Épargne Populaire devrait ainsi continuer de doper les marges d’intérêt nettes et la rentabilité des banques françaises en 2025. Fitch Ratings estime ainsi que cet allègement du coût des dépôts réglementés, combiné aux efforts d’efficacité et de diversification des revenus des banques devrait faire progresser un indicateur clé : le ratio moyen de bénéfice d’exploitation rapporté aux actifs pondérés par le risque (RWA). Mesurant la rentabilité d’une banque au regard du capital réglementaire qu’elle doit immobiliser pour couvrir ses risques, il pourrait atteindre environ 2 % cette année, contre 1,7 % en 2023, selon l'agence.
De plus, le fait que la courbe des taux soit déjà nettement pentue, avec un écart d’environ 128 points de base entre l’OAT à deux ans (2,07 %) et l’OAT à dix ans (3,35 %), a son importance. Si cette configuration perdure, elle offrira aux banques la possibilité de maintenir des taux de prêts relativement élevés tout en se finançant à moindre coût, renforçant ainsi la dynamique actuelle.
La reprise du crédit immobilier reste déterminante
La poursuite du redressement dépendra toutefois du rythme de reprise de la production de nouveaux crédits, en particulier sur le marché immobilier. Certes, la reprise du marché du crédit commence à se refléter dans les comptes : plusieurs grandes banques signalent une hausse des volumes de prêts, qui participe à la progression des revenus nets d’intérêt évoquée plus haut. Mais Fitch souligne la fragilité de ce mouvement, en raison de prix immobiliers toujours élevés par rapport aux revenus, du ralentissement de la construction neuve et d’un environnement économique et politique incertain.
À plus long terme, les nouvelles contraintes issues de la finalisation de Bâle III viendront compliquer l’équation. En relevant le niveau minimal des actifs pondérés par le risque, elles alourdiront les besoins en fonds propres, surtout après 2030. Les banques pourraient chercher à s’adapter en ajustant davantage leurs prix au risque, en exigeant des apports plus importants des emprunteurs, ou en transférant une partie du risque à des tiers. Mais, prévient Fitch, ces stratégies pourraient se heurter à la pression concurrentielle du marché.
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