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Moody's; S&P

Macro-économie / Taux / Taux-dette souveraine / Natixis CIB / Fitch Rating

Macro-économie / Taux
Taux-dette souveraine / Natixis CIB / Fitch Rating

Les fourches caudines des agences de notation se présentent à nouveau pour la France / Elles pourraient ne pas épargner sa note

Septembre, octobre, novembre... autant de mois qui verront successivement les mastodontes américains de la notation avoir des occasions de réviser leur évaluation de la solvabilité de la France. Difficile d’espérer mieux qu’un maintien des perspectives et notes actuelles, les aléas étant plutôt baissiers tant sur la capacité d’un budget à être adopté rapidement que sur le plan politique et économique. Natixis Corporate & Investment Banking donne près de 55 % de chances à Fitch Ratings de passer la note de la France de AA-, avec perspective négative, à A+ ce soir.
Fitch Ratings doit rendre sa décision sur la France dans la soirée. Photo by Jean-Marc Barrère / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Fitch Ratings doit rendre sa décision sur la France dans la soirée. Photo by Jean-Marc Barrère / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Ouverture du bal ce vendredi par Fitch Ratings. L’agence de notation américaine doit se prononcer dans la soirée sur le maintien ou la dégradation de la notation souveraine tricolore, celle-ci est actuellement d’AA- avec une perspective négative et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il s’agit plutôt d’éviter une dégradation qu’autre chose. La partie n’est pas gagnée d’avance au vu des probabilités accordées à chaque scénario par les équipes de recherche de Natixis Corporate & Investment Banking.

Présenté cette semaine par la voix d’Hadrien Camatte, économiste senior France, Belgique et zone euro chez Natixis Corporate & Investment Banking, celui-ci "expliquant qu’on voit, notamment pour Fitch un risque de downgrade à hauteur de 55 % et un statu quo à hauteur de 55 %. C’est vraiment un call qui est très serré ". Tout en soulignant que ce n’était en aucun cas certain qu’un tel choix soit posé, étant donné qu’il affirme "que nous avons d’autres raisons extrêmement solides qui peuvent nous conduire à anticiper un statu quo de la part de Fitch". Les éléments en faveur d’une dégradation se trouvant à ses yeux dans l’apparition de surprises négatives sur la situation économique ou les finances publiques, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

 

Fragilité

 

Difficile de faire fi du manque de stabilité politique depuis de longs mois et de l’incertitude sur la capacité de l’Hexagone à adopter un budget d’ici la fin de l’année. En additionnant la trajectoire de dette et l’évolution du déficit en France, il est compliqué de s’attendre à autre chose qu’une dégradation de la perspective chez Moody’s - actuellement stable pour une notation Aa3 - avec une probabilité de près de 90 % qui est accordée par les équipes de Natixis CIB.

La dernière des trois grandes agences est la seule pour laquelle le statu quo a les faveurs des économistes du groupe dirigé par Mohamed Kallala ; Hadrien Camatte ne "jugeant absolument pas certain [que l'on voie une dégradation de la part de Standard & Poor's]. Puisque S&P nous a dégradés récemment et nous a placés sous perspective négative cette année. Donc ça ferait une dégradation sur une période extrêmement courte ". Ce scénario adverse nécessiterait des développements négatifs pour se réaliser, pour l’heure l’occurrence d’un statu quo est fixée à 60 % pour cette revue d’automne.

 

Résilience

 

Si le catastrophisme n’est pas de mise dans les différentes probabilités communiquées, c’est parce que la France a quelques atouts à faire valoir et notamment avec "une croissance économique qui est globalement en ligne entre notre scénario et celui des agences de notations et celui du gouvernement. Le gouvernement attend 0,7 % de croissance pour cette année, c’est également notre prévision. On voit qu’on est aujourd’hui en ligne compte tenu d’un acquis de croissance à 0,6 %". La possibilité d’un dérapage budgétaire a quant à elle beau demeurer, aucun signal n’est repéré pour l’heure par Hadrien Camatte et ses collègues.

Un dernier point sur lequel Natixis CIB n’est que légèrement plus pessimiste que le gouvernement, s’attendant à ce qu’il soit de l’ordre de 5,5 % - contre 5,4 % - en raison du risque identifié sur certaines recettes notamment sur la TVA. "Quand vous n’avez pas d’écarts avec votre scénario central, a priori vous n’avez pas forcément de raisons de dégrader la note du pays souverain", expose l’économiste en charge de la France.

 

Mal embarqué

 

Ce qui ne veut pas dire que tout est au beau fixe dans l’Hexagone, les 5,5 % de déficit public évoqués précédemment constitueraient le déficit le plus élevé de l’Union européenne - à l’exception de la Roumanie - et sont préoccupants rapporté au niveau de déficit qui permettrait de stabiliser la dette. Ce déficit stabilisant est estimé par Hadrien Camatte comme se situant autour de 2,8 %. Là où parmi nos voisins l’Italie serait très proche de stabiliser sa dette et l’Espagne est largement dans les clous.

De quoi inquiéter lorsqu’on connaît l’attention portée par les agences de notation à la charge d’intérêts d’une économie. Les niveaux passés pour le moins favorables à l’Hexagone pourraient bel et bien appartenir au passé et l’économiste de rappeler que d’après les calculs effectués par Natixis CIB "que quoi fassent les prochains gouvernements […] on a une dette publique française qui va augmenter au moins jusqu’en 2030". Seule possibilité pour la moins ténue pour y échapper, l’apparition d’un choc positif de croissance potentielle.

 

Sur les marchés

 

La façon dont l’Hexagone est perçu sur les marchés tranche néanmoins avec la notation souveraine dont il bénéficie, Théophile Legrand, stratégiste taux chez Natixis CIB, expliquant que "le marché perçoit, en tout cas au niveau du spread avec le Bund, la note de la France comme étant équivalente à un triple B. Soit 4 à 5 rangs en dessous de la note actuelle qui est de AA-". Son analyse est que le marché a déjà intégré une possible révision de la note par Fitch et un changement de perspective pour Moody’s dans les prochains mois. A contrario une mauvaise nouvelle de la part de Standard & Poor's est encore incertaine dans le marché à ses yeux.

La dette publique française n’en demeure pas moins de très bonne qualité, explique-t-on chez Natixis CIB, où on reprend les propos du chef économiste du FMI au début de l’été lorsqu’il considérait que l’institution ne devrait intervenir en France "ni demain, ni après-demain". Le risque existe comme pour tous les pays qui resteraient les bras croisés face à leur situation. Les institutions françaises ou encore l’épargne abondante des ménages restant des éléments extrêmement positifs.

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