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Bolloré / Vivendi

Résultats conformes pour Bolloré, mais un dossier Vivendi toujours sous tension / UMG sert de variable d’ajustement

Derrière des résultats attendus, Bolloré révèle les premiers effets de la scission de Vivendi et une recomposition active de ses participations. Mais la solidité de sa trésorerie se heurte toujours à une incertitude majeure : le risque d’une offre publique sur Vivendi, suspendue au verdict de la Cour de cassation.
La tour Bolloré à Puteaux - Hans Lucas via AFP
La tour Bolloré à Puteaux - Hans Lucas via AFP

Les résultats semestriels de Bolloré n’ont pas créé la surprise, la plupart de ses participations ayant déjà elle-même présenté leurs comptes. Mais ce constat n’ôte rien à l’intérêt de l’exercice, en ce qu’il éclaire les effets de la scission de Vivendi et la recomposition du portefeuille qu’elle a entraînée.

Le changement le plus visible réside dans la contribution des sociétés mises en équivalence, en forte hausse de 131 % sur un an à 203 millions d’euros. Depuis la scission intervenue au printemps, les filiales de Vivendi - Havas, Canal + ou encore Lagardère rebaptisé Louis Hachette Group - sont désormais incluses dans ce périmètre. Ainsi, "Bien que les chiffres de ventes soient en demi-teinte, tirés par une baisse des prix du pétrole dans le cas de Bolloré Energy, la rentabilité est solide", observe le cabinet Oddo BHF.

 

Des résultats façonnés par la scission de Vivendi

 

Lorsqu’on descend dans le compte de résultats, on observe également que la déconsolidation de Socfin, société agricole cotée au Luxembourg, a mécaniquement fait grimper le résultat financier net à 95 millions d’euros, contre 61 millions un an plus tôt. " Le groupe a également bénéficié de dividendes plus élevés reçus en raison de la déconsolidation du groupe Socfin ", souligne le cabinet indépendant AlphaValue. Auparavant, ces dividendes étaient neutralisés par les écritures de consolidation ; ils apparaissent désormais directement dans les comptes. En contrepartie, le résultat net des sociétés mises en équivalence non opérationnelles recule à – 1 million d’euros, puisqu’il n’intègre plus la quote-part de Socfin.

Dans ce contexte, le résultat net part du groupe ressort à 240 millions d’euros, loin des 3,76 milliards engrangés au premier semestre 2024. La comparaison est trompeuse : elle incluait l’an dernier la plus-value exceptionnelle de 3,7 milliards sur la cession de Bolloré Logistics. Par conséquent, "c’est une performance relativement bonne compte tenu de la plus-value de 3,7 milliards d’euros sur la cession de Bolloré Logistics enregistrée l’année dernière", relativise AlphaValue.

 

Odet renforce ses positions

 

Au-delà des chiffres, l’attention se porte sur les mouvements capitalistiques. Les participations directes de Bolloré dans Canal +, Havas et Louis Hachette Group sont demeurées stables à 30,4 % depuis la scission. Mais la Compagnie de l’Odet, qui contrôle 71,5 % de Bolloré, a accru ses positions. Elle a acquis 2,62 % supplémentaires de Canal + et 7,38 % d’Havas, via la Compagnie de l’Étoile des Mers, entité partagée entre Bolloré Participations et Odet. La consolidation des deux groupes fait donc apparaître des niveaux portés respectivement à 33,7 % et 38,4 %. Havas est, de fait, la cible privilégiée de ces renforts.

Pour financer ces mouvements, Odet a cédé pour 165 millions d’euros d’actions Universal Music Group (UMG). L’opération, combinée à la démission de Cyrille Bolloré du conseil d’administration d’UMG, marque clairement un retrait de la famille Bolloré de ce fleuron de la musique. De quoi renforcer la conviction des analystes que la priorité stratégique se situe ailleurs, autour du pôle médias et communication.

 

L’incertitude qui domine

 

Bolloré dispose par ailleurs toujours de sa "cash pile", une trésorerie nette de 5,5 milliards d’euros, un coussin de sécurité dans la mesure où il pourrait être mobilisé si le groupe était contraint de lancer une offre publique sur Vivendi. Mais AlphaValue souligne qu’il ne serait "pas surprenant que Bolloré utilise ses actions UMG s’il était forcé de prendre le contrôle de Vivendi, ce qui laisserait entière la question de la trésorerie".

Ce n’est pas la seule incertitude. Oddo BHF souligne à la fois " le manque de visibilité sur l’agenda juridique" du dossier Vivendi-Bolloré et l’incertitude entourant la valorisation d’une éventuelle offre. On rappelle que le groupe et Vivendi ont formé un pourvoi en cassation contre l’arrêt de la Cour d’appel de Paris d’avril 2025 les contraignant à lancer une OPA. L’AMF a précisé que la clôture de l’opération n’interviendrait qu’après la décision de la Cour de cassation, attendue plutôt vers la fin de l’année. D’ici là, Bolloré reste tenu de déposer un projet d’offre avant janvier 2026, sachant que sa mise en œuvre effective dépendra du dénouement judiciaire…

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